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Ces fourmis dévastatrices ont forcé les lions à changer de régime

Ces fourmis dévastatrices ont forcé les lions à changer leur régime
Joao Paulo Burini / Getty Images Ces fourmis dévastatrices ont forcé les lions à changer leur régime

BIODIVERSITÉ - Une toute petite fourmi a complètement changé la dynamique de l’écosystème des savanes. C’est ce qui ressort d’une étude publiée ce jeudi 25 janvier dans la revue Science, axée sur l’impact des fourmis à grosse tête sur la chaîne alimentaire de la savane au Kenya. Et parmi les espèces le plus touchées, figurent les lions, qui ont même dû changer leur alimentation.

Ce qui s’est produit, c’est un véritable effet domino. L’arrivée de l’espèce envahissante des fourmis à tête géante a déclenché une série d’événements drastiques qui n’ont rien de positif. Si les espèces ont su malgré tout s’adapter aux changements, les scientifiques s’inquiètent pour leur avenir.

Dans ces régions, un équilibre très précaire s’était installé au fil des années parmi les différentes espèces. Une relation en particulier soutenait la pyramide : la dépendance réciproque entre les fourmis locales et les acacias siffleurs, les arbres de la savane.

Malgré leur taille, les fourmis agissaient en tant que véritable défenseurs des arbres, tenant à l’écart les gros herbivores qui les auraient autrement détruits. Grâce à une relation que les scientifiques appellent « mutualisme » (pensez par exemple à la symbiose pucerons/fourmis) , les arbres fournissaient alors un foyer sûr à ces petits spécimens, qui en revanche garantissaient la survie des forêts dans la savane. Mais tout a capitulé quand une espèce envahissante a fait son apparition dans la région, en perturbant son équilibre.

Une fourmi très dangereuse

Ce changement s’est fait au long des deux dernières décennies mais il est passé néanmoins inaperçu pour longtemps : les fourmis à tête géante semblaient au départ inoffensives, car elles ne comportent aucun danger pour les humains. En réalité, cette espèce est très nocive pour la biodiversité, s’attaquant aux autres colonies locales, et dévorant tant les spécimens adultes que les larves.

À l’origine de la prolifération des ces fourmis, comme de nombreuses autres espèces invasives, on retrouve le changement climatique et l’activité humaine. Si on ne sait pas exactement d’où ces fourmis proviennent, les scientifiques estiment qu’elles se sont répandues à partir de l’île de Maurice dans l’Océan Indien. Elles sont arrivées ensuite dans les régions tropicales grâce aux déplacements des humains et de leurs produits.

Ces fourmis ont ainsi remplacé les spécimens locaux, mais elles n’ont pas continué à protéger les arbres des savanes, alors pris d’assaut par les espèces herbivores. Les scientifiques ont alors noté que la couverture forestière se faisait de plus en plus rare et cela impactait d’autres espèces qui vivaient dans la zone.

Les lions doivent adapter leur alimentation car ils n’arrivent plus à chasser les zèbres
pexels Les lions doivent adapter leur alimentation car ils n’arrivent plus à chasser les zèbres

C’est notamment le cas des lions. En comparant les zones affectées par l’invasion des fourmis avec celles encore intègres sur une période de trois ans, les experts sont parvenus à la conclusion que l’absence des arbres rendait les lions plus visibles à leurs proies. Les zèbres étaient beaucoup plus en alerte et pouvaient s’échapper à temps.

Pour le roi de la savane, sans l’élément de surprise, attaquer sa proie devient un véritable défi. L’espèce a dû donc surmonter cette complication en changeant sa proie de préférence : la chasse aux buffles, également nourrissants, s’est soudain montrée plus rentable. Ce changement de régime aurait permis alors aux lions de survivre.

Si on savait déjà que l’activité humaine avait un impact sur la biodiversité, les conséquences concrètes sur les rapports entre les espèces restent moins connues. Ici, les scientifiques cherchent à renverser cette dynamique inquiétante : le nombre de lions dans la région a déjà fortement diminué et l’espèce pourrait ne pas supporter un autre changement d’environnement.

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