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Football : Noël Le Graët quitte la FFF et pourrait rebondir à la FIFA

Rattrapé par les polémiques et les accusations de harcèlement moral et sexuel, le président de la Fédération française de football (FFF) Noël Le Graët a démissionné mardi, après un règne de 11 années et plusieurs mois d'obstination qui ternissent son bilan.

Il était fragilisé depuis des mois par une mission d'audit accablante, diligentée par le ministère des Sports, et plusieurs dérapages. Selon les inspecteurs, le dirigeant ne disposait plus_ "de la légitimité nécessaire pour administrer et représenter le football français"_, compte tenu notamment de son "comportement inapproprié (...) vis-à-vis des femmes". Il est aussi visé depuis mi-janvier par une enquête pour harcèlement moral et sexuel.

Au siège parisien de la FFF, qu'il dirigeait depuis 2011, Noël Le Graët a prévenu le comité exécutif de sa démission lors d'une réunion cruciale pour l'avenir du football français.

Autour de la table, les membres de ce "gouvernement" fédéral lui ont rendu "un hommage", selon un membre de ce "Comex", avant de tirer un bilan de l'audit de l'IGESR. Celui-ci épinglait aussi l'instance pour sa politique de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, qui "manque d'efficacité et d'efficience" selon les inspecteurs.

Dans un communiqué, la FFF a ainsi dénoncé un rapport d'audit ayant "parfois conduit à un dénigrement disproportionné de l'instance", regrettant un "défaut de réelle procédure contradictoire".

La démission de Noël Le Graët permet au vice-président Philippe Diallo d'assurer l'intérim à la présidence "jusqu'au 10 juin 2023, date de la prochaine assemblée fédérale", selon la FFF. Plusieurs sources internes le verraient même prolonger son intérim au-delà.

Noël Le Graët, qui vient de démissionner de la présidence la Fédération française de football (FFF), a pris "la bonne décision pour la FFF et pour lui-même", a réagi mardi la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra dans une déclaration à l'AFP.

"J'ai confiance dans l'avenir de la 3F, dans la qualité de ses équipes et dans la capacité de ses instances à tirer les leçons des derniers mois pour en sortir plus fortes, au service du football français", a-t-elle ajouté à l'issue de ce bras de fer de plusieurs mois avec Noël Le Graët.

Un poste à la FIFA ?

"Le président (Le Graët, ndlr) a été nommé à la FIFA par Gianni Infantino. Il va diriger le bureau de Paris. Il a été nommé en raison de ses compétences, son expertise et son expérience", a déclaré Eric Borghini, président de la Ligue Méditerranée et membre du "Comex" de la FFF.

"Il va continuer sa carrière, il a un boulot qui débute à la FIFA", a de son côté lâché Vincent Labrune, président de la Ligue de football professionnel (LFP).

"Il aura des responsabilités à la FIFA, il est très proche de Gianni Infantino, ils ont un bureau du côté de l'hôtel de la Marine, je trouve que c'est très bien pour lui", a aussi indiqué le président de Strasbourg Marc Keller, autre membre du "Comex".

Noël Le Graët, membre du Conseil de la FIFA depuis 2019, a été ces dernières années l'un des rares soutiens de Gianni Infantino au sein de l'UEFA, malgré l'opposition du président de la Confédération européenne, Alexander Ceferin, aux nombreux projets controversés du dirigeant suisse, comme celui avorté d'une Coupe du monde tous les deux ans.

Le Graët avait également soutenu Infantino lors de son élection à la tête de la FIFA en 2016.

La Fédération internationale de football, sollicitée par l'AFP, n'a pas confirmé cette nomination.

Corinne Diacre fragilisée

La reconstruction de la FFF peut désormais s'ouvrir, et elle sera sans doute agitée. Le président de la Ligue de Paris-Île-de-France, Jamel Sandjak, a déjà accentué le flou en démissionnant ces derniers jours du comité exécutif.

Beaucoup lui prêtent des ambitions présidentielles et rappellent qu'une Assemblée générale peut, statutairement, être convoquée par le quart de ses membres, composés de délégués des clubs, Ligues et districts locaux. Cette hypothèse pourrait conduire à la révocation du Comex.

Mais, mardi, aucun autre membre n'a souhaité démissionner de manière individuelle, ont précisé plusieurs participants.

Au cœur de ces débats, l'état-major de la "Fédé" devait aussi se positionner en cours de journée sur un cas très inflammable, celui de l'équipe de France féminine et de sa sélectionneuse Corinne Diacre, fragilisée après la mise en retrait de ses trois joueuses phares Wendie Renard, Kadidiatou Diani et Marie-Antoinette Katoto, qui critiquent le manque de professionnalisme du fonctionnement de l'équipe.

A cinq mois de la Coupe du monde en Australie et en Nouvelle-Zélande (20 juillet - 20 août), la crise est insoluble. Donner raison aux joueuses en écartant Diacre reviendrait à leur donner le pouvoir, une dangereuse jurisprudence. Mais l'inaction face à une fronde inédite réduirait sans doute à néant les chances de titre en Océanie.