Le Festival de Cannes 2022 lutte contre son image de “festival de boomers” - DOSSIER

Omar Sy, avec Helene Sy et Alassane Diong, transgresse les règles pour un selfie sur les marches du Festival de Cannes, le 18 mai 2022 lors de la projection de
Omar Sy, avec Helene Sy et Alassane Diong, transgresse les règles pour un selfie sur les marches du Festival de Cannes, le 18 mai 2022 lors de la projection de

Omar Sy, avec Helene Sy et Alassane Diong, transgresse les règles pour un selfie sur les marches du Festival de Cannes, le 18 mai 2022 lors de la projection de "Tirailleurs" (Photo: Stephane Cardinale - Corbis via Getty Images)

FESTIVAL DE CANNES - Lorsqu’un papi de 75 ans se met à parler “djeun’s”, ça part souvent d’une bonne intention mais c’est toujours un peu gênant. Voilà un peu l’impression que nous laisse cette 75e édition du Festival de Cannes qui s’achève ce samedi 28 mai.

Car tandis que Vincent Lindon et son jury ont passé quinze jours à regarder les 21 films en compétition pour décerner leur Palme d’or -Armaggedon Time de James Gray et La Femme de Tchaïkovsky de Kirill Serebrennikov nous ont particulièrement tapé dans l’œil- la grand-messe du cinéma avait un tout autre challenge à relever: se trouver une nouvelle jeunesse.

Remplacer Canal+ par France Télévision et Brut pour diffuser ses cérémonies d’ouverture et de clôture, sceller un partenariat avec le réseau social préféré des ados et paradis de la vidéo ultra-courte TikTok... “C’est clairement un nouveau positionnement pour rajeunir l’image de marque du festival pour ne pas en faire un événement de boomers”, commentait pour Le HuffPost Chloé Delaporte, enseignante-chercheuse en socio-économie du cinéma et de l’audiovisuel à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Alors on est allés voir sur place ce que ça a donné.

Le HuffPost vous propose une série d’articles et de vidéos réalisés depuis Cannes pendant toute la durée du festival.

Cannes, paradis des Instagrameurs

Tandis que le cinéaste suédois Ruben Östlund présentait en compétition Triangle of Sadness (Sans filtre, en VF) une satire jouissive sur un couple d’influenceurs embarqués à bord d’une croisière de luxe où rien ne se passe comme prévu, des scènes pas si éloignées se jouaient dans la vraie vie.

À quelques dizaines de kilomètres du Palais des Festivals, le réseau social Instagram avait investi pour deux jours l’une des demeures les plus chères d’Europe: le Palais Bulles de Pierre Cardin, OVNI architectural imaginé par l’architecte hongrois Anti Lovagg à la fin des années 1970.

Dans les innombrables pièces ou sur les terrasses de ce lieu complètement insolite, plus de 300 influenceurs venus du monde entier rivalisaient de selfies et de vidéos. Qui toutes, forcément, ont fini en stories et en albums sur le réseau social sans trop de rapport avec le 7e art d’ailleurs.

Voir notre reportage par ici

TikTok, ça cloche

Après avoir bazardé son partenariat historique avec Canal+ au profit d’un attelage surprenant entre le service public (France Télévision) et le média en ligne Brut, le Festival de Cannes avait aussi surpris en scellant un partenariat avec TikTok.

Sauf que pour sa première sur le tapis rouge, la génération “TikTok” était privée de smartphones puisqu’une des règles d’or du festival interdit les photos ou selfies sur les marches, réservées aux photographes professionnels. Si Omar Sy s’est octroyé un passe-droit le soir de la projection de Top Gun: Maverick, les jeunes créateurs ont dû se contenter de partager les coulisses de leur préparation et les autres moments de l’effervescence cannoise.

Lire notre article par ici

Et le tout nouveau jury TikTok a, lui aussi, été perturbé. À la veille de récompenser les meilleures vidéos de 30 secondes à 3 minutes, Rithy Panh, cinéaste franco-cambodgien et président du jury, démissionnait évoquant l’insistance de la plateforme à imposer ses suggestions.

“Je crois que TikTok a compris ce qu’était un jury et ils ont décidé de faire un pas en arrière et nous offrir notre indépendance”, confiait finalement le réalisateur au HuffPost en réintrégrant le jury.

Mais si la cérémonie de remise de ces Palmes TikTok a finalement bien eu lieu, ce fut en l’absence remarquée de Thierry Frémeaux, le directeur général du Festival de Cannes, dont la présence avait pourtant été annoncée depuis des semaines.

Voir notre interview de Rithy Panh, président du jury TikTok:

Pour ou contre Netflix? Personne n’est d’accord à Cannes

L’autre mouvement symbolique de ce Festival de Cannes, c’est le changement de présidence. Iris Knobloch, une juriste au profil international et à la longue carrière dans le cinéma, aussi première femme à présider ce festival, va succéder à Pierre Lescure pour les trois prochaines éditions.

Loin des profils de ses prédécesseurs, Iris Knobloch a fait l’essentiel de sa carrière chez Warner, l’un des principaux studios américains, où elle a notamment préparé le lancement de HBO Max en Europe. Alors forcément, cela augure du changement. Avec sur toutes les lèvres l’idée que les films crées par et diffusés sur des plateformes de streaming puissent (re)faire leur entrée à Cannes.

Alors que les grands auteurs n’hésitent plus à aller sur les plateformes (Scorsese ou Jane Campion chez Netflix, bientôt Ridley Scott chez Apple...) et que leurs films triomphent à la Mostra de Venise ou aux Oscars, on a demandé aux festivaliers ce qu’ils pensaient de la mesure stricte qui interdit pour l’heure les films de Netlflix ou Amazon à concourir en compétition. Et leurs avis sont tous très tranchés.

Regarder ce qu’ils en pensent ci-dessous:

Cannes fête le cinéma, mais la fréquentation des salles ne remonte pas

Derrière ces changements à pas hésitants, parfois aussi maladroits, se dessine en filigrane un dernier objectif. En rajeunissant ses audiences, le Festival de Cannes - largement soutenu par des fonds publics - espère aussi rajeunir, par ricochet, “les audiences du cinéma en ramenant les plus jeunes vers les salles”, analysait pour Le HuffPost Chloé Delaporte, autrice de l’ouvrage La culture de la récompense: compétitions, festivals et prix cinématographiques.

Une intention confirmée par la nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, nommée le 20 mai et descendue à Cannes pour l’un de ses premiers déplacements officiels. Après avoir rencontré “l’ensemble des représentants de la filière cinéma”, la résidente de la rue de Valois assurait à BFMTV que “l’enjeu c’est de faire venir une nouvelle génération dans les salles de cinéma pour les années qui viennent, et pas juste là à la rentrée pour sauver l’année 2022.”

À l’heure où le cinéma en salles prend un coup de vieux, accéléré par deux ans de crise du Covid et subissant de plein fouet la concurrence des séries et du streaming, les exploitants que nous avons interrogé à Cannes décrivent le Festival comme “une parenthèse” alors que près d’un Français sur deux (48%) confie être retourné moins souvent au cinéma depuis la réouverture des salles.

Voir notre reportage par ici:

À voir également sur Le HuffPost: Khaby Lame, star du Festival de Cannes mais inconnu des festivaliers

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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