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Felwine Sarr : au Sénégal, “nous sentions venir le coup”

Nous sentions venir le coup. Mais nous n’osions y croire, car la ficelle nous semblait trop grosse. Mais il est là, porté à notre démocratie, à nos sacro-saints principes de vie collective, à notre vieille tradition de respect du calendrier électoral pour ce qui concerne l’élection présidentielle au Sénégal.

Après avoir dissous le principal parti de l’opposition [Le 31 juillet 2023, le gouvernement sénégalais avait annoncé la dissolution du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, sérieux rival du parti présidentiel pour 2024], mis en prison ses dirigeants, embastillé plus d’un millier de citoyens ayant exprimé leurs opinions, désacralisé nos institutions, voilà que le président de la République [Macky Sall], ayant tâté le pouls de l’opinion et craignant une défaite de son camp à l’élection présidentielle, prend un décret pour annuler/reporter l’élection présidentielle [prévue le 25 février prochain].

Piège du chaos

Pendant des mois, les Sénégalais ont supporté l’injustice politique, sociale et institutionnelle, la dégradation de leurs institutions, les brimades, la violence carcérale et policière, pleuré leurs morts tombés lors des manifestations ou disparus dans les mers, sur les chemins de l’immigration clandestine.

Pendant des mois, ils se sont dit qu’il ne fallait pas répondre au piège du chaos qu’on leur tendait, en sortant dans les rues, mais qu’il fallait qu’ils attendent patiemment le jour du vote, pour exprimer leur volonté ; retrouver leur pays, le remettre sur les rails, restaurer leur démocratie, la qualité de leurs institutions et des individus qui les incarnent, se réapproprier leur pays et le guérir des maux qui le gangrènent.

Et voici que le président de la République, un homme seul parmi les 18 millions que nous sommes, vient de confisquer la possibilité donnée par la Constitution au peuple d’exprimer sa volonté à une date fixée et connue d’avance.

Ce peuple qui a démontré son attachement aux principes démocratiques, à son désir de transmission pacifique du pouvoir, attendait ces élections comme une possibilité de libération et de restauration de sa respiration collective. Le voici pris en otage et sa respiration entravée. Il lui appartient de la désentraver.

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