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Face aux agriculteurs en colère, le RN et le gouvernement se disputent la place de meilleur allié du monde rural

Le RN et l’exécutif se disputent la place de meilleur allié des agriculteurs en colère (photo d’illustration de Jordan Bardella au Salon de l’agriculture en mars 2023)
CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP Le RN et l’exécutif se disputent la place de meilleur allié des agriculteurs en colère (photo d’illustration de Jordan Bardella au Salon de l’agriculture en mars 2023)

POLITIQUE - Surtout, ne pas laisser le terrain à l’adversaire. Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau et le président du Rassemblement national Jordan Bardella consacrent tous les deux leur samedi 20 janvier à la même cause : entendre la colère des agriculteurs français, alors qu’un mouvement de contestation européen touche désormais la France.

Depuis le début de la semaine, les agriculteurs français multiplient les actions localisées pour faire entendre leur colère, née de la hausse des coûts, de normes – notamment européennes – jugées excessives, et d’un sentiment de manque de considération. Mardi, ce sont des centaines de tracteurs et de camions agricoles de plusieurs départements d’Occitanie qui ont convergé à Toulouse.

Jeudi, l’autoroute 64 Toulouse-Bayonne près de Carbonne (Haute-Garonne) a été bloquée et une explosion a visé à Carcassonne un bâtiment vide de la direction régionale de l’environnement, accusée d’entraver l’activité agricole par des tracasseries administratives. Deux tags « CAV », initiales du « Comité d’action viticole », ont été retrouvés sur place. Quant au blocage de l’A64, il était toujours en cours ce samedi, avant une rencontre prévue avec le préfet dans l’après-midi, rapporte La Dépêche du Midi.

« Le ras-le-bol des agriculteurs exprimé depuis des mois se transforme en colère partout en France », a souligné vendredi soir sur X le président de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, Arnaud Rousseau.

Ce climat de colère agricole n’est pas propre à la France. Aux Pays-Bas, en Roumanie, en Espagne et plus récemment en Allemagne comme le racontent nos confrères du Monde, la grogne du monde agricole européen a au moins un point commun : un rejet de la politique européenne du Green Deal dans un contexte d’inflation. Le tout, à six mois d’élections européennes où, en France, l’extrême droite est donnée gagnante dans les enquêtes d’intentions de vote.

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Macron veut des échanges « au plus près du terrain » avec les agriculteurs

C’est dans ce contexte que le président de la République Emmanuel Macron a passé consignes aux préfets – via le ministère de l’Intérieur – « d’aller dès ce week-end à la rencontre des agriculteurs et de leurs organisations représentatives », a fait savoir l’Élysée vendredi 19 janvier. Le chef de l’État « souhaite qu’ils échangent directement sur les problématiques qu’ils expriment, au plus près du terrain, comme le ministre de l’Agriculture le fera demain », a ajouté la présidence de la République.

Marc Fesneau, reconduit récemment dans ses fonctions, est attendu ce samedi à partir de 14h dans une exploitation laitière du Cher. Il y abordera « les grands chantiers du ministère à venir et notamment celui de la simplification déjà lancé dans le cadre du Pacte et du projet de loi d’orientation pour le renouvellement des générations », précise son cabinet. Une réunion de travail avec les organisations professionnelles agricoles est ensuite prévue.

Dans un entretien à La Dépêche du Midi paru vendredi, le ministre a assuré être « très attentif aux expressions des agriculteurs. » « Je comprends le besoin de cohérence entre les politiques et de réciprocité des normes pour éviter de placer nos agriculteurs en situation de concurrence déloyale : c’est un chemin difficile mais sur lequel la France avance », a-t-il promis.

L’exécutif s’engage

Un projet de loi pour favoriser l’attractivité du secteur agricole pour les jeunes générations doit aussi être présenté en Conseil des ministres mercredi. « Il est grand temps que nos politiques fassent vraiment des mesures qui rendent l’agriculture française compétitive, productrice », a déclaré le président du syndicat Jeunes agriculteurs Arnaud Gaillot, sur Europe 1 samedi.

Et comme l’a annoncé Arnaud Rousseau, une rencontre entre la FNSEA et le Premier ministre Gabriel Attal est prévue lundi soir. Interrogé par Le Monde, le patron des agriculteurs souligne d’ailleurs les bonnes relations des cultivateurs avec l’exécutif : « Nous avons un dialogue avec le gouvernement. Nous avons négocié, afin de conserver une partie de l’avantage fiscal sur le gasoil non routier. Nous avons aussi obtenu d’Élisabeth Borne, en décembre 2023, la suspension des taxes supplémentaires sur les produits phytosanitaires. »

Avant même le déplacement de Marc Fesneau, c’est le ministre de l’Économie Bruno Le Maire qui a affiché son soutien lors d’un déplacement à Flavigny (Marne), à l’occasion de la fête de Saint-Vincent, patron des vignerons, où il a promis des contrôles pour veiller au respect de la loi Egalim. En déplacement dans le Rhône pour un échange avec 150 Français, le Premier ministre Gabriel Attal a consacré les premières minutes de la rencontre à l’agriculture. « C’est un sujet absolument majeur et je le prends très au sérieux », a-t-il déclaré.

Le RN « toujours aux côtés de nos agriculteurs, lâchés par le gouvernement »

Mais face à un exécutif qui s’inquiète d’un effet tache d’huile dans la société, le Rassemblement national cherche, lui aussi, à se poser en défenseur du monde agricole. Vendredi, le président du parti Jordan Bardella a demandé au Premier ministre Gabriel Attal de « décréter l’état d’urgence agricole » et d’« instaurer le patriotisme économique pour protéger nos agriculteurs ».

Ce samedi, celui qui est aussi tête de liste du RN aux élections européennes du 9 juin a annoncé sa venue dans le Médoc où il doit rencontrer des vignerons avant une intervention au 13h de TF1 « en duplex depuis la Gironde aux côtés de nos agriculteurs », insiste-t-il sur X.

« Nous sommes comme toujours aux côtés de nos agriculteurs, lâchés par le gouvernement, passés à la moulinette de l’UE qui les submerge de normes, négocie dans leur dos des traités de libre-échange mortifères. Garantir notre souveraineté alimentaire sera un enjeu crucial du 9 juin », renchérit sur X l’ex-candidate à la présidentielle Marine Le Pen.

En face, le gouvernement accuse le parti d’extrême droite « d’opportunisme électoral » en vue des élections européennes. « Comment un parti qui a une position si ambiguë avec l’Union Européenne (...) peut aujourd’hui donner des leçons et se poser en porte-parole des agriculteurs qui évoluent dans un marché unique et mondial ? », fustige Marc Fesneau dans La Dépêche du Midi.

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