Face aux accidents de chasse, le compte Instagram qui libère la parole

Les accidents de chasse font de plus en plus débat.
Philippe Turpin / Getty Images/Photononstop RF/Le HuffPost Les accidents de chasse font de plus en plus débat.

CHASSE - #BalanceTonPorc, #BalanceTon-Hosto, #BalanceTonStage et bientôt… #BalanceTonChasseur ? Les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés pour libérer la parole sur des sujets de société jusqu’ici passés sous silence. La page Instagram « Un Jour, Un chasseur », suivie par 43 000 personnes, en est l’incarnation. En deux ans d’existence, elle a réussi à devenir plus qu’un recueil de témoignage : un véritable contrepoids face aux discours des chasseurs et fait des accidents de chasse un problème politique.

En zone rurale, 41 % des Français déclarent avoir été (eux ou leurs proches) victimes d’une situation d’insécurité liée à la chasse, selon un sondage YouGov mené en janvier 2022. Jusqu’à présent le sujet restait pourtant peu évoqué, par peur de représailles de la part des chasseurs ou faute de média adapté pour en parler. Difficile en effet de rassembler des histoires dispersées dans les zones les plus rurales, d’autant plus que les chasseurs mis en cause sont organisés sous forme d’associations locales et nationales. Mais l’utilisation des réseaux sociaux est en train de changer ce rapport de force.

La méthode du compte Un Jour Un Chasseur est simple et efficace : rassembler puis publier les témoignages de victimes d’accidents de chasse ou de comportements dangereux lors de contacts avec des chasseurs. « Un jour, j’ai chanté pour ne pas être pris pour du gibier », « Un jour une balle a traversé notre maison », « Un jour, mon oncle a tué mon petit frère ». Au total, le compte a posté près de 350 publications.

Le #MeToo de la chasse

« Nous n’étions pas les premiers à dénoncer la chasse, mais nous avons été les premiers à utiliser les réseaux sociaux pour le faire, c’est ce qui change la donne » explique Léa Jaillard, l’une des quatre femmes derrière Un Jour Un Chasseur. Toutes étaient proches de Morgan Keane, un homme mort à 25 ans, le 2 décembre 2020, une balle de fusil dans le thorax. Il coupait du bois dans son jardin.

Après l’accident, ses proches découvrent plusieurs histoires similaires, et décident de lancer un appel à témoignages sur les réseaux sociaux. « On s’est inspiré des comptes Instagram féministes, des mécanismes qui ont permis de libérer la parole sur les violences faites aux femmes en se disant que ça marcherait peut-être aussi concernant les violences liées à la chasse » se rappelle Léa Jaillard. « Assez rapidement, notre compte est devenu un genre de #MeToo de la chasse ».

En période de chasse, le collectif reçoit une trentaine de témoignages par semaine. Reste à vérifier que ces histoires sont bien fiables. « Les seuls témoignages qui sont fiables ce sont ceux collectés par la police après des accidents signalés » estime Constance Bouquet, directrice déléguée de la Fédération nationale des chasseurs. « C’est sûr, on ne peut prouver que tous ces témoignages sont vrais. Notre démarche est de croire les victimes, de leur faire confiance et de leur offrir un espace où elles peuvent s’exprimer librement sans peur de représailles » répond Léa Jaillard.

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Pour décrédibiliser le compte Un jour Un Chasseur, certains pro-chasse ont tenté de lui envoyer de faux témoignages. « Mais depuis le début nous avons l’habitude de poser des questions, de demander des précisions, le lieu, les détails des faits » appuie Léa Jaillard. Malgré ces précautions, elles se sont fait prendre au piège, une fois, comme raconté dans la publication ci-dessus.

Porté par son succès, le collectif lance en septembre 2021 une pétition intitulée « Morts, violences et abus liés à la chasse : plus jamais ça ! ». Déposée sur le site du Sénat, elle dépasse rapidement les 100 000 signatures, seuil à partir duquel l’institution donne suite aux pétitions. Un an plus tard, le Sénat publie un rapport et formule une trentaine de propositions pour mieux sécuriser la chasse.

La moitié des Français favorables à l’interdiction de la chasse

« On n’avait jamais été aussi loin. On a réussi à rendre le sujet politique, et à lui faire une place dans les médias. Lorsqu’il y a des accidents de chasse désormais on en parle au JT De 20 heures, on le voit parfois même en une des journaux. C’était inimaginable il y a quelques années. » observe Léa Jaillard.

Résultat : une prise de conscience médiatique...et une hostilité grandissante vis-à-vis de la chasse en tant que telle. À tel point que les Français sont aujourd’hui majoritairement favorables, d’un cheveu, à l’interdiction pure et simple de la pratique. Dans notre sondage mené par YouGov début novembre, 51 % des personnes interrogées prônent une interdiction « totale » de la chasse. Ils sont 39 % à y être opposés.

Le nombre d’accidents de chasse est en baisse. Office français de la biodiversité - Pôle de d’Auffargis
Office français de la biodiversité - Pôle de d’Auffargis Le nombre d’accidents de chasse est en baisse. Office français de la biodiversité - Pôle de d’Auffargis

« Pourtant sur les vingt dernières années, les accidents de chasse ont baissé de 46 %, et le nombre de morts de 74 %, selon les données de l’Office français de la biodiversité (OFB) » défends Constance Bouquet, directrice déléguée de la Fédération nationale des chasseurs. La chasse serait donc de plus en plus sûre ? Pas forcément, ou en tout cas pas seulement. Car le nombre de chasseurs a lui aussi diminué. Ils étaient 1,4 million en 2000, et sont aujourd’hui 1 million.

Pour autant, ces dernières années des premières mesures ont été prises par la Fédération des chasseurs pour mieux sécuriser la pratique « Nous avons mis en place la formation décennale : les chasseurs doivent désormais suivre une formation tous les dix ans, pour leur rappeler les bonnes pratiques et leur faire prendre conscience du risque d’accident ». Mais l’actualité tragique continue de rattraper les adeptes.

De nouvelles mesures contre les accidents de chasse

La dernière saison de chasse (2021-2022) a ainsi provoqué 8 accidents mortels, et a été marquée « par une augmentation significative de la proportion de victimes non-chasseurs » souligne l’OFB. 26 % de victimes non-chasseurs, contre 12 % en moyenne ces vingt dernières années.

Ces chiffres, et la prise de conscience croissante de l’insécurité liée à la chasse ont conduit le gouvernement à faire de nouvelles annonces ce lundi 9 janvier : interdiction de la consommation d’alcool pendant la chasse, amélioration de la formation des chasseurs… Et mise en place d’une application, pour informer les promeneurs des zones et les horaires de chasse en temps réel.

« Il ne s’agit pas de mesures fortes » soupire Léa Jaillard, pour qui ce plan est loin du compte. « Encore une fois, c’est aux promeneurs de s’adapter face aux chasseurs, alors que nous sommes majoritaires ». Le collectif réclame notamment l’interdiction de la chasse deux jours par semaine, un encadrement strict des battues et des sanctions pénales à la hauteur des accidents de chasse.

« Nous regrettons de ne pas voir figurer dans ces mesures une augmentation de police de la chasse, des contrôles sur le terrain » ajoute de son côté Constance Bouquet, de la Fédération nationale des chasseurs. L’interdiction de la chasse le dimanche , demandée par Un Jour Un Chasseurs et plusieurs associations, a aussi été écartée des annonces. 8 Français sur 10 sont favorables à l’interdiction de la chasse le dimanche.

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