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Féminicide: un an de prison ferme pour un homme qui a tué sa femme alcoolique et bipolaire

Un relief représentant le blason de la justice et sa balance (illustration) - Jacques Demarthon © 2019 AFP
Un relief représentant le blason de la justice et sa balance (illustration) - Jacques Demarthon © 2019 AFP

Huit ans de prison ferme avaient été requis vendredi contre Patrice Lenoel, jugé pour avoir étranglé son épouse, alcoolique et bipolaire, alors qu'elle faisait une nouvelle crise. Un féminicide "atypique", l'acte d'un "aidant" à bout, a reconnu l'avocat général, devant les assises de l'Hérault. Il a finalement été condamné à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis. Il est reparti libre du tribunal.

"Ne nous trompons pas, ce n'est pas un féminicide tel qu'on l'entend. Mais ce n'est pas non plus de la légitime défense, ni un homicide altruiste", a insisté le magistrat "C'est un dossier complètement atypique, dans lequel l'aidant n'a pas supporté cette crise et est allé jusqu'à tuer sa femme."

Un couple et ses trois enfants sous tension

Ana-Paula De Jesus Bernardes et Patrice Lenoel étaient mariés depuis 42 années, dont trente envahies par la bipolarité et l'alcoolisme de l'épouse. Dans leur maison proche de Montpellier, le couple et ses trois enfants vivaient dans une tension permanente, rythmée par les tentatives de suicide répétées, une dizaine, de la mère de famille. À chaque fois, son mari l'avait secourue à temps.

Après une énième crise, le soir du 20 juin 2019, Patrice Lenoel a étranglé et asphyxié son épouse,retrouvée sans vie sur le sol de la chambre conjugale, le corps et le visage tuméfié. L'accusé, aujourd'hui âgé de 67 ans, a été interpellé dans le garage, prostré, assis dans ses excréments, une corde avec un noeud coulant à ses côtés.

Au centre des auditions, la mère a quasiment occupé toute la place des déclarations. Sa personnalité débordante, ses amants répétés, son alcoolisme, ses violences physiques et verbales, sur son mari et ses enfants, ont été racontés, dénoncés, par la famille, les amis et même les experts.

Les enfants accablent plus leur mère que leur père

À la barre, les trois enfants du couple, tous parties civiles, ont longuement décrit les déboires de leur mère, bien plus que l'acte criminel de leur père.

"On s'est constitués parties civiles parce qu'on est tous victimes de cette très longue histoire, parce qu'on doit honorer la mémoire de notre mère, et pour comprendre ce qu'il s'est passé avant nous", a justifié, après avoir longuement témoigné, l'un des deux fils, 43 ans.

Avocat des parties civiles, Maître Rémi Bertrand a plaidé, tel un équilibriste, pour des enfants qui "ont grandi avec des secrets monstrueux", mais sans jamais enfoncer l'accusé, demandant aux jurés d'"épargner à cette famille un drame supplémentaire" et de "laisser une chance à Patrice Lenoel".

L'avocat général a lui tenu à rappeler le contexte du meurtre: "Il y avait eu une victoire sur l'alcoolisme, une hypersexualité qui s'était calmée, des projets, des progrès et une diminution des médicaments. Dans ce contexte, en 2019, Paula demandait à vivre. Au moment des faits, elle n'avait aucune envie de mourir".

Article original publié sur BFMTV.com