Explosions à Beyrouth: le RN et les insoumis accusent Macron d'ingérence au Liban

Jules Pecnard
·4 min de lecture
Emmanuel Macron à Beyrouth - AFP PHOTO/HO/DALATI AND NOHRA
Emmanuel Macron à Beyrouth - AFP PHOTO/HO/DALATI AND NOHRA

"One man show arrogant", "bon vieux temps des colonies", "brutalité technocratique"... Au Rassemblement national et chez La France insoumise, les réprobations pleuvent à l'encontre d'Emmanuel Macron depuis son arrivée à Beyrouth. Répondant à l'appel à l'aide des Libanais en détresse rencontrés dans les rues de la capitale dévastée, le président français a affiché sa volonté d'inciter la classe politique locale à changer ses habitudes. Et de voir certaines "réformes" aboutir.

De quoi raviver, aux yeux d'une partie de la classe politique française, le spectre de "l'ingérence" dans un pays étranger. Et, avec, le souvenir du protectorat sous bannière tricolore qui veillait, un temps, aux destinées du Liban. Le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a été le premier à dégainer sous cette angle.

"Le Liban n'est pas un protectorat français", a écrit le député des Bouches-du-Rhône sur Twitter, appelant les Libanais à protéger les "revendications de (leur) révolution citoyenne".

"Indigne d'un chef de l'État"

Depuis, plusieurs cadres du LFI, mais aussi du RN, ont repris cette mise en garde. "Le soutien de la France au peuple libanais dans cette tragédie ne se discute pas. En revanche, le one man show arrogant et moralisateur auquel s’est livré Emmanuel Macron, aujourd’hui à Beyrouth, est indécent", a par exemple tweeté le vice-président du parti de Marine Le Pen, Jordan Bardella.

Selon le député européen RN Gilbert Collard, le locataire de l'Elysée "se prend pour le Président de la République libanaise".

"Il donne des leçons et prétend, à lui seul, organiser la coopération européenne et internationale. L'immense malheur des uns révèle la grande vanité de certains", estime l'ancien avocat.

Côté insoumis, le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière a qualifié les propos d'Emmanuel Macron d'"irresponsables et très méprisantes pour le peuple libanais". "Macron se croit peut-être au 'bon vieux temps des colonies'... Indigne d'un chef de l'État", a tweeté son collègue Bastien Lachaud.

Liens anciens

Dans la matinée, le chef de l'État a rappelé que la France portait "l'exigence (...) depuis des mois pour ne pas dire des années de réformes indispensables" dans "certains secteurs", comme "l'énergie, les marchés publics, la lutte contre la corruption".

"Si ces réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s'enfoncer", a-t-il lâché durant sa déambulation à Beyrouth.

Les raisons derrière cette mise sous pression du pouvoir libanais sont connues. Comme nous l'avons rappelé, les liens entre Paris et Beyrouth sont anciens. La France a imposé une tutelle sur le Liban au sortir de la Première Guerre mondiale et ce, durant un quart de siècle (de 1918 à 1943).

Au-delà, il y a des liens issus de la chrétienté, la France se portant garante de la sécurité de la communauté des maronites, qui selon la BBC représentent la majorité des chrétiens du Liban. Le commerce et la francophonie sont par ailleurs deux piliers fondamentaux des relations franco-libanaises contemporaines.

La France, principal bailleur

Cela explique les propos sévères prononcés par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, début juillet dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Face au spectre de la faillite économique qui plane au-dessus du Liban depuis un an et demi, le locataire du Quai d'Orsay s'alarmait du "risque d'effondrement":

"Il faut que les autorités libanaises se ressaisissent et je me permets de dire ici à nos amis libanais: 'Vraiment, nous sommes prêts à vous aider, mais aidez-nous à vous aider, bon sang!'"

Interrogé par Le Parisien, le député La République en marche du Cher Loïc Kervran, président du groupe d'amitié France-Liban à l'Assemblée nationale, rappelle que Paris "a pris le leadership sur les bailleurs internationaux du Liban". Plusieurs milliards d'euros devaient être transférés à Beyrouth, moyennement certaines réformes structurelles. Lesquelles ne sont jamais venues.

Emmanuel Macron a toutefois tenu à souligner, durant sa conférence de presse de ce jeudi, qu'il ne pouvait se "substituer" aux autorités libanaises. Après avoir promis, dans les rues de la capitale, de veiller à la mise en place d'un "nouveau pacte politique" avec le gouvernement de Beyrouth, le président français a insisté sur le fait que c'était aux Libanais - et eux seuls - d'amener le changement nécessaire dans leur pays. Comme une sorte d'"en même temps" diplomatique.

Article original publié sur BFMTV.com