Ex-détenu accusé de viol sur une mineure: comment le parquet justifie sa libération de prison

Par Mélanie Bertrand et Esther Paolini
·3 min de lecture
La prison de Lyon-Corbas (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Jean-Philippe Ksiazek - AFP
La prison de Lyon-Corbas (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Jean-Philippe Ksiazek - AFP

Y a-t-il eu une défaillance à la prison de Lyon-Corbas? Le 4 mai 2020, en pleine pandémie, un détenu condamné pour des infractions de nature sexuelle bénéficiait d'une libération conditionnelle. Six mois plus tard, Anne-Lise*, 17 ans, était victime d'un viol dans l'Isère. L'homme, qu'elle a désigné comme son agresseur, a depuis été mis en examen pour ces faits. Écoeurée, la famille de la victime va attaquer l'État pour faute lourde. Mais le ministère de la Justice assure ce mardi à BFMTV que sa libération n'a aucun rapport avec la crise sanitaire.

Un taux d'occupation à 130%

Pour justifier cette procédure visant l'État, la famille de la victime n'hésite pas à dénoncer "un scandale judiciaire", qui serait, selon leur avocat Me Fabien Rajon, lié au coronavirus. Au printemps dernier, plus de 6000 détenus en fin de peine ont effectivement été libérés de façon anticipée pour limiter la propagation du Covid-19 en prison. La maison d'arrêt de Lyon-Corbas connaissait alors un taux d'occupation à 130%. Pour le père de la victime, interrogé par RMC, "la justice ne fait pas son travail et c’est nous qui en subissons les conséquences".

Dans un communiqué, le parquet de Lyon contredit la version des faits présentée par l'avocat, soulignant que l'homme n'a pas bénéficié d'une remise en liberté à cause du coronavirus.

En effet, il purgeait une peine de cinq ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis, pour des faits de "violences", "agression sexuelle", "arrestation, enlèvement et séquestration" commis dans un contexte conjugal, mais aussi pour détention ou consommation de stupéfiants. L'homme avait déjà été condamné à six reprises pour d'autres faits de violences physiques ou sexuelles.

De fait, et comme le confirme la Chancellerie à BFMTV, l'homme était d'office exclu du dispositif de libération de détenus lié au coronavirus. Les personnes condamnées pour des faits de viols, de violences conjugales, d'homicide ou d'actes terroristes ne pouvaient en effet pas en bénéficier.

Le parquet de Lyon précise que la décision de libération résulte d'une décision du juge d'application des peines, "prise sur requête du condamné et après avis favorable du service pénitentiaire d'insertion et de probation, de l’administration pénitentiaire et du parquet de Lyon."

Un risque de récidive "faible"

Pour justifier ce choix, le juge indiquait que "l’intéressé sembl[ait] prendre conscience de la gravité des faits et du dommage causé à la victime". Selon l’expert psychiatre qui a examiné l'individu lors de sa demande, le risque de récidive était qualifié de "faible".

"Le suivi psychologique initié en détention sembl[ait] porter ses fruits [et] une promesse d’embauche avait été adressée au détenu à la suite d’une rencontre avec un employeur lors d’une permission de sortir qui s’était bien déroulée."

Si l'homme était libre, il était par ailleurs soumis à un contrôle très strict: se soumettre à des mesures de soins, exercer une activité professionnelle, s'abstenir d'entrer en contact avec la partie civile, qu'il devait indemniser.

Ces justifications sont en tout cas loin de calmer la colère de la victime et de ses proches. "Cela me prend aux tripes. Comment on peut libérer des individus d’une extrême violence? Combien de criminels errent encore dans nos rues?", s'insurge le père de la jeune fille.

*Le prénom a été modifié

Article original publié sur BFMTV.com