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Européennes 2024 : Valérie Hayer fait hurler les historiens avec sa « comparaison stupide »

À Lille, la tête de liste macroniste a cru bon de dresser un parallèle entre Marine Le Pen et Édouard Daladier, au mépris de toute cohérence historique.

POLITIQUE - Convoquer l’histoire, c’est bien. Le faire en ne commettant pas de contresens, c’est mieux. Valérie Hayer, qui lançait hier sa campagne pour les européennes entourée de tous les poids lourds de la Macronie, devrait s’en souvenir. Alors que le camp présidentiel a consacré l’essentiel de son discours à cibler le Rassemblement national et sa russophilie, la tête de liste Renaissance est allée beaucoup trop loin dans l’analogie historique. Au point de dresser un parallèle hasardeux qui a fait bondir plusieurs historiens.

« Hier Daladier et Chamberlain, aujourd’hui Le Pen et Orban. Les mêmes mots, les mêmes arguments, les mêmes débats. Nous sommes à Munich, en 1938 », a lancé la candidate macroniste. Or, si on comprend bien que Valérie Hayer fait référence à ce que l’on appelle « l’esprit munichois » pour fustiger ceux qui appellent à tout céder à Vladimir Poutine dans l’objectif de « sauver la paix » entre Moscou et Kiev, le parallèle dressé entre les acteurs des accords de Munich (Édouard Daladier pour la France et Neville Chamberlain pour la Grande-Bretagne) et Marine Le Pen et Viktor Orban est plus qu’inadéquat.

Car au moment où la France ratifie cet accord visant à régler la crise des Sudettes avec un Adolf Hitler triomphant et fort d’une position dominante en Europe, le milieu politique français est majoritairement favorable à la paix avec l’Allemagne nazie. À l’inverse du Président du Conseil des ministres français d’alors, qui ne croyait pas que le Führer allait se contenter de cette région frontalière avec la Tchécoslovaquie. Minoritaire au sein des alliés, et conscient de la supériorité de l’aviation allemande, Édouard Daladier signe cet accord à contrecœur, à l’issue d’une réunion perçue rétrospectivement comme un « traquenard ».

Incohérences

À son retour en France, il s’attend à recevoir un accueil hostile et d’être accusé d’avoir cédé aux Allemands. Mais à la descente de son avion au Bourget, il est acclamé par la foule. Ce qui provoquera ce commentaire, resté célèbre, fait à son chef de cabinet : « Ah, les cons ! S’ils savaient ! » Autre incohérence, l’identité politique d’Édouard Daladier, figure du Parti radical socialiste porté au pouvoir par la vague du Front populaire. Pas exactement la même étoffe politique que Marine Le Pen ou que son ami Viktor Orban.

Plus gênant encore pour l’analogie de Valérie Hayer, l’intéressé a été arrêté par Vichy après l’échec de son embarquement sur le Massilia, navire qui devait permettre aux parlementaires français de rejoindre l’Afrique du Nord afin d’y organiser un gouvernement de Résistance.

Édouard Daladier a ensuite été déporté en Allemagne en 1943, et a été jugé au célèbre procès de Riom. Un procès politique voulu par le maréchal Pétain où le radical-socialiste a comparu aux côtés de Léon Blum. Pas de quoi donc faire de l’intéressé un clone de Marine Le Pen, elle-même héritière d’un parti politique d’extrême droite fondée par d’anciens collaborateurs.

Sans surprise, plusieurs historiens ont donc bondi en découvrant ce parallèle. « Comparaison historique stupide. Qui est Daladier aujourd’hui ? Le Pen ? Qui est Chamberlain aujourd’hui ? Orban ? », a interrogé sur X Christian Delporte, professeur émérite en histoire contemporaine à l’université de Versailles. « Édouard Daladier mérite mieux que ce genre de petite instrumentalisation minable de notre histoire », renchérit sur le même réseau social Maxime Michelet, qui rappelle que l’ancien président du Conseil était « autrement moins naïf que son homologue britannique ».

Professeur d’histoire et auteur de plusieurs ouvrages démontant les mythes historiques et leur instrumentalisation politique, Christophe Naudin s’est montré plus direct : « Faut arrêter avec les parallèles historiques à la con, à droite comme à gauche, 1914 comme 1938. Et plus encore quand on n’y connaît rien ». Voilà qui est dit.

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