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Européennes 2024 : Attaqué sur la Russie, le Rassemblement national tente une riposte (très) bancale

Sébastien Chenu et Marine Le Pen photographiés à l’Assemblée nationale au mois de novembre.
LUDOVIC MARIN / AFP Sébastien Chenu et Marine Le Pen photographiés à l’Assemblée nationale au mois de novembre.

POLITIQUE - Au Rassemblement national, le piège tendu par la Macronie sur l’international et la guerre en Ukraine dans la perspective des élections européennes 2024, est bien identifié. Pour autant, la réponse apportée a de fortes chances de passer à côté de sa cible.

Élections européennes : le RN s’arrange avec la réalité du bilan famélique de Jordan Bardella au Parlement

Régulièrement accusé de complaisance à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine, et alors que ce sujet est au cœur des discussions entre Emmanuel Macron et les chefs de partis ce jeudi 7 mars, le parti lepéniste pense avoir trouvé un axe de riposte : rappeler les liens diplomatiques entre Paris et Moscou avant le déclenchement de la guerre, ce qui permettrait d’atténuer sa russophilie d’alors, en la réduisant à l’ambiance d’une époque révolue et en impliquant Emmanuel Macron.

Une contre-offensive lancée il y a une semaine jour pour jour par Jordan Bardella en conférence de presse. « Entre 2015 et 2020, la France a fourni 152 millions d’euros de matériels pour des chars, pour des avions de combat, pour des hélicoptères, à la Russie. Qui était au pouvoir entre 2017 et 2020 ? », a interrogé le président du RN et tête de liste aux élections européennes. Or, cet angle d’attaque présente plusieurs faiblesses.

Une attaque contraire aux positions du FN

La première est de mettre sur le même plan des relations diplomatiques et des soutiens politiques, qui ne sont pas de même nature car revêtant de problématiques et d’impératifs très différents. Dans le détail, comme l’avait révélé le site Disclose, la France a bien continué de livrer des équipements militaires à Moscou après 2014 et malgré l’embargo européen sur le sujet consécutif à l’annexion de la Crimée (dont l’illégalité est toujours niée par Marine Le Pen). En cause, une faille dans cette interdiction de livrer des armes, qui ne comportait pas de dimension rétroactive pour les contrats passés avant 2014.

Raison pour laquelle plusieurs livraisons de ce « flux résiduel » signées avant 2014 ont été honorées. Effectivement, et le ministère des Armées l’a reconnu auprès du Point, Paris aurait pu couper court. Et c’est ici que l’angle d’attaque du RN se heurte à une impasse. Car à cette époque, le parti lepéniste contestait les mesures d’embargo visant Vladimir Poutine.

Mieux, Marine Le Pen avait vivement contesté la décision du président de la République, François Hollande, d’annuler la livraison de deux navires de guerre Mistral en représailles de l’invasion de la Crimée.

Dans un communiqué toujours visible sur le site du Rassemblement national, la présidente du Front national vilipendait la décision française. « L’officialisation hier de la non-livraison des navires Mistral à la Russie constitue une faute lourde de François Hollande, qui porte gravement atteinte à la crédibilité même de la France », dénonçait la députée du Pas-de-Calais, voyant dans cette décision une « soumission aux États-Unis ». Soit la reprise mot pour mot du vocabulaire de Vladimir Poutine dans ce dossier.

Fragilité de la défense

Plus cocasse, Marine Le Pen jugeait que cette annulation entachait « la fiabilité de la France, en tant que partenaire commercial stratégique ». Une position parfaitement contradictoire avec celle exprimée par Jordan Bardella, qui accuse Emmanuel Macron d’avoir honoré des contrats signés avant l’embargo. Preuve de la fragilité de la défense choisie par le RN, le numéro 2 du parti, Sébastien Chenu, s’est emmêlé les pinceaux ce jeudi 7 mars sur TF1, en réécrivant l’histoire de façon spectaculaire.

« La France d’Emmanuel Macron a livré des Mistral en 2017 qui probablement sont utilisés pour faire la guerre en Ukraine. Lorsqu’on a vendu du matériel de guerre à la Russie, on s’abstient de porter des jugements sur les autres », a osé le député du Nord. Or, comme dit plus haut, non seulement c’est faux, mais Marine Le Pen plaidait à l’époque pour que la France livre ces navires. Sans surprise, Sébastien Chenu a été repris de volée par ses adversaires politiques.

« Nouveau mensonge du RN ! Empêtré dans son allégeance et sa soumission à la Russie, le député RN Chenu affirme que la France aurait livré des Mistral à la Russie en 2017. C’est faux : la vente de ces bateaux a été annulée… en 2014. Ces gens sont dangereux pour la France », a réagi le président Renaissance de la Commission des Lois, Sacha Houlié. « N’importe quoi. C’est Nicolas Sarkozy qui les a vendus, et Hollande qui a annulé. Marine Le Pen avait condamné cette annulation », a renchéri le député de Paris Benjamin Haddad. Même François Hollande accuse le vice-président du RN d’avoir « effrontément menti » sur le dossier. Les propos tenus par Sébastien Chenu sont tellement éloignés de la réalité que TF1 a décidé de retirer l’extrait en question. S’il fallait filer la métaphore marine, on pourrait parler de naufrage.

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