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Euro de hand: le taulier Nikola Karabatic a mis tout le monde d’accord

Un vieux proverbe dit qu’un champion ne meurt jamais. S’il y en a bien un qui incarne cet adage c’est Nikola Karabatic. A bientôt 40 ans le 11 avril prochain, certains doutes avaient été émis sur les capacités de la légende du sport français à assumer une compétition aussi rude que l’Euro. Sur le terrain les chiffres ne mentent pas. 16 buts, 20 passes décisives, Karabatic est le titulaire indiscutable sur le poste. Il fait même partie de la sélection désignée par l’EHF pour être élu meilleur arrière gauche du tournoi.

"Il ne se cache jamais, admire son coéquipier Dika Mem. C’est ça, la force de Nikola Karabatic. Ce n’est pas un joueur qui se cache. Juste le fait de le côtoyer, de voir comment il s’entraîne, s’arrache sur chaque ballon, dans chaque match… Il n’y a jamais de petits matchs avec lui, il se donne à fond. C’est ce qu’il nous a transmis." Kara est le guide de cette génération. N’évoquez pas avec le lui le terme "d’ancien" pour le catégoriser. Il préfère celui "de grand frère". "C’est fidèle à ce que je connais de Niko, confie son ancien partenaire en bleu et désormais sélectionneur Guillaume Gille. Il est de tous les combats avec peut-être même encore plus d'envie que d'habitude, avec toujours un petit sourire pour aller à se confronter à la prochaine équipe. Il a cette idée dans la tête que plus les matchs avancent, plus la fin se rapproche pour lui mais dans une forme aussi de grande tranquillité."

Nikola Karabatic: "Avant, il fallait que je sois le meilleur du monde"

Ce qui frappe quand on fait le premier bilan de l’Euro du joueur du PSG, c’est son sourire, rayonnant. Une insouciance totale qui tranche avec l’expérience de ses 26 compétitions internationales et ses 10 médailles d’or décrochées avec les Bleus. "Depuis que j'ai annoncé que c'était ma dernière saison je joue avec une énergie différente, confie le plus beau palmarès des sports collectifs français. C'est un bonheur d'être sur le terrain, d'être là avec l'équipe. L’équipe de France, c’était mon rêve depuis tout petit et je sais que ce rêve-là va bientôt s'éteindre. Il ne reste plus beaucoup de temps donc je prends un maximum de plaisir."

A chaque Marseillaise depuis le début de l’Euro, Karabatic s’époumone. Profiter de chaque seconde, de chaque action est devenu un leitmotiv, au point de célébrer le moindre geste défensif, d’haranguer les supporters français et sa famille présente à Cologne à la moindre occasion. "C’est une super sensation de ressentir ça et j'aurais bien aimé avoir cette sagesse un peu plus tôt dans ma carrière, poursuit-il. Il y a des années où je jouais avec une pression qui était différente, on était les meilleurs au monde, il ne fallait pas se laisser détrôner de notre podium, c’était un peu plus négatif. Je n'avais pas le droit à l'erreur, je devais être à chaque match le meilleur joueur du monde. Là, ce n’est pas la même chose et c'est juste trop bien." Cette énergie et cette joie de vivre ont contaminé les Bleus. "Cette envie-là qu’il dégage et cette joie aussi, ça nous fait du bien, souffle Kentin Mahé. Peut-être qu’avant il était trop mordu, trop habité par cette envie de gagner. Pour moi l’image de l’Euro c’est quand il stoppe l’Autrichien Wagner en défense et qu’il célèbre comme un fou. C’est rare de célébrer une telle action."

Luka Karabatic, sur les performances de son frère: "Je vais vous dire que c’est normal alors que ça ne l’est pas"

Tobias Wagner, monstre physique d’1m98 pour 125 kilos, stoppé par la hargne de Karabatic. "Mais je ne suis plus impressionné, réagi le maître à jouer des Bleus Nedim Remili. Je le côtoie depuis tellement longtemps... J’ai vu comment il bosse depuis 20 ans. Je l’ai vu se remettre d’un croisé en sept mois après un travail acharné… Rien ne me surprend. C’est le meilleur de notre sport même à 40 ans. Il kiffe comme un gamin, si l’équipe s’en sort il est tout le temps heureux." Face au Danemark, il disputera la quatrième finale européenne de sa carrière. L’ancien légende de Kiel les a toutes remportées.

"La pression va monter petit à petit. Je veux me concentrer sur ses derniers moments, être avec les gars tous ensemble, se projette le grand frère Kara. Il ne faut pas penser aux enjeux. Je suis déjà hyper heureux d’être là, il n’y avait rien d’acquis. Je vais me concentrer sur le bonheur d’être là à presque 40 ans et j’en suis très fier." Et bien qu’il ne veuille pas évoquer l’avenir, sur le terrain d’une Lanxess Arena, pleine à craquer, Niko pourrait disputer sa dernière finale internationale avec son frère Luka à ses côtés. "Je me suis mal habitué de le voir évoluer à ce niveau-là, plaisante le cadet de la famille, capitaine des Bleus. Je vais vous répondre que le voir à ce niveau c’est normal alors que ça ne l’est pas. Quand on voit ce qu’il a accompli, qu’il est toujours performant, ça force juste le respect."

Pour sa dernière quête d’un Euro, Karabatic se frottera à celui qui peut lui contester le trophée honorifique de meilleur joueur de tous les temps. Son ancien partenaire au PSG, Mikkel Hansen, 36 ans. "Il a très bien joué sur cet Euro. Il est impressionnant, je ne trouve pas un mot pour expliquer son importance, l’impact qu’il a eu sur le hand. Sa carrière, sa personnalité, c’est un super mec sur le terrain, un gars qui veut tout le temps gagner. C’est juste impressionnant." A la démarche sereine de Nikola Karabatic en regagnant les travées de la Lanxess Arena, on pouvait ressentir un sentiment de plénitude dont les Bleus auront bien besoin pour remporter un titre qui les fuit depuis 10 ans.

Article original publié sur RMC Sport