Espagne: la mort d'un ouvrier agricole révèle les conditions de travail des migrants

Robin Verner
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La victime travaillait dans une exploitation produisant des pastèques.  - Karim SAHIB
La victime travaillait dans une exploitation produisant des pastèques. - Karim SAHIB

Il aura été tué par la chaleur extrême, la déshydratation mais surtout par le mépris et l'inhumanité des gens qui l'exploitaient. Samedi, Eleazar Benjamin Blandón, un Nicaraguayen de 42 ans, est mort à Murcie, dans le sud-est de l'Espagne, après qu'on l'a abandonné, inconscient, devant les portes du dispensaire, rapporte le quotidien El Pais, qui relate toute l'affaire.

44°C sans eau

Ce travailleur sans papiers était un journalier, un ouvrier agricole embauché et payé à la journée. Arrivé samedi, dès 5h du matin, comme l'a précisé ici Le Figaro, dans la plantation de pastèques, Eleazar Benjamin Blandón a dû trimer sous 44°C sans eau et a perdu connaissance au bout de onze heures de travail.

Jamais les secours n'ont été prévenus. Il a seulement été chargé dans la camionnette qui avait transporté plus tôt les ouvriers agricoles jusqu'au site, lorsqu'elle est venue les récupérer à la fin de la journée. Le véhicule n'a d'ailleurs pas pu partir immédiatemment, les personnes encadrant les travailleurs exigeant qu'ils finissent leurs ultimes tâches avant de pouvoir rembarquer. C'est après ce dernier délai que le Nicaraguayen a été déposé devant le centre de soin.

Arrivé en Espagne en octobre

L'enquête est en cours mais pour le moment seul un Equatorien de 50 ans, qui avait embauché Eleazar Benjamin Blandón pour l'exploitation mais qui semble n'être qu'un intermédiaire, a été interpellé. Il a été laissé en liberté. Toutefois, il est désormais sous le coup de plusieurs chefs d'accusation.

"Ici, on humilie les gens"

Eleazar Benjamin Blandón n'était arrivé en Espagne qu'en octobre dernier, débarquant d'abord à Bilbao. Il avait fui le Nicaragua pour assurer l'avenir de sa famille - sa femme Karen, mère de ses quatre enfants, qui attendait alors le cinquième, est quant à elle restée au pays - mais cherchait aussi à s'éloigner de menaces reçues après qu'il avait manifesté contre le président Daniel Ortega.

Son séjour à Murcie l'avait vite atterré, comme il s'en était ouvert par téléphone à sa sœur Ana, résidant elle aussi en Espagne. Celle-ci a rapporté une de leurs conversations à El Pais:

"Un jour, il m’a appelé en pleurant: ‘Ici, on humilie les gens. Ils me traitent d’imbécile, me crient dessus, ils disent que je suis lent. Ils te jettent de la poussière dans la face quand tu es accroupi. J’ai pas l’habitude qu’on me traite comme ça.’ Lui et ses collègues pleuraient d’impuissance, comme des petits enfants, quand ils revenaient de la plantation."

Jeudi dernier, il avait déjà éprouvé des difficultés à respirer et avait fait un malaise.

Le souvenir de son père

Le tout pour un salaire famélique: une de ses compatriotes a ainsi expliqué à El Pais que les travailleurs de ces exploitations ne touchaient que 30 euros par jour. La précarité du statut d'Eleazar Benjamin Blandón a bien sûr ajouté à ses difficultés mais, si le quadragénaire avait bien entamé des démarches pour accomplir une demande d'asile en bonne et due forme, la saturation des services et le coronavirus les avaient enlisées.

La mort d'Eleazar Benjamin Blandón est de surcroît le second drame ayant frappé sa famille ces dernières années. Il y a trois ans, son père, qui s'était exilé au Texas en 2001, avait en effet succombé dans des circonstances similaires.

Article original publié sur BFMTV.com