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Espagne : avant un vote crucial des députés sur l’amnistie des indépendantistes catalans, la justice s’en mêle

L’amnistie des indépendantistes catalans après la tentative de sécession de la Catalogne en 2017 pourrait ne pas concerner le leader Carles Puigdemont.
OSCAR DEL POZO / AFP L’amnistie des indépendantistes catalans après la tentative de sécession de la Catalogne en 2017 pourrait ne pas concerner le leader Carles Puigdemont.

ESPAGNE - Les souvenirs de la pire crise politique moderne de l’Espagne resurgissent. Ce mardi 30 janvier, les députés espagnols s’apprêtent à prendre une décision cruciale sur l’amnistie controversée des indépendantistes catalans poursuivis par la justice. Ce vote en première lecture devra déterminer l’arrêt (ou non) des poursuites lancées contre des centaines de militants et de dirigeants séparatistes pour leur implication dans la tentative de sécession de la Catalogne en 2017.

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Après les manifestations massives de novembre pour dire « non à l’amnistie » dans plus de 50 villes espagnoles, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez avait fini par concéder cette amnistie aux partis catalans, dont celui de Carles Puigdemont, principale figure de la tentative de sécession de 2017, qui a fui en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires. En échange de cette amnistie controversée, Pedro Sánchez demandait leur soutien à sa reconduction mi-novembre par le Parlement pour un nouveau mandat.

Mais cet accord se heurte désormais à la justice espagnole, qui compte bien mettre son nez dans cette affaire. Deux magistrats cherchent en effet à empêcher l’application de cette mesure à Carles Puigdemont.

Le parti de Puigdemont fait pression

Avant ce vote des députés prévu à 15 heures, le texte reste soutenu depuis plusieurs mois par une majorité de députés, venant des rangs socialistes, de l’extrême gauche et des partis catalans et basques. Toutefois, le parti de Carles Puigdemont (Junts) n’a pas écarté ce mardi, selon les médias espagnols, de voter finalement contre le texte.

« L’amnistie doit inclure tout le monde (...) Nous négocierons jusqu’au bout » mais « si les changements (exigés) ne sont pas acceptés, Junts ne pourra pas voter en faveur de la loi », a indiqué la formation ce mardi.

Si Junts obtient gain de cause et vote le texte, il passera au Sénat, dominé par l’opposition de droite. Cette dernière a d’ailleurs modifié le règlement de la chambre haute pour ralentir au maximum l’examen du texte qu’il amendera forcément pour l’obliger à repasser devant les députés en vue d’être voté définitivement. Si Junts vote non, le texte sera rejeté et devra revenir devant une commission parlementaire, ce qui constituerait un revers politique majeur pour Pedro Sánchez et sa fragile majorité.

Imprévisible, le parti de Carles Puigdemont fait pression en exigeant l’incorporation au texte de nouveaux amendements. Son but ? Contrer par tous les moyens l’offensive menée par deux magistrats afin d’empêcher l’application de l’amnistie à l’ancien président régional catalan.

« Tsunami Démocratique » et liens avec le Kremlin

La veille de ce vote crucial, les deux juges avaient annoncé la poursuite de leur instruction pour six mois de plus. Leurs enquêtes s’attardent sur deux affaires distinctes. La première vise une mystérieuse organisation (« Tsunami Démocratique »), à l’origine du blocage de l’aéroport de Barcelone en octobre 2019 pour protester contre la condamnation de dirigeants indépendantistes à la prison.

À ce sujet, un magistrat du haut tribunal madrilène de l’Audience nationale estime que Carles Puigdemont, accusé d’avoir dirigé cette organisation dans l’ombre, pourrait être accusé de « terrorisme ». Cette première affaire a d’ailleurs conduit les députés socialistes à faire marche arrière en acceptant un amendement supplémentaire pour que l’amnistie bénéficie aussi aux personnes accusées de « terrorisme », à condition que les faits reprochés ne constituent pas « une violation grave des droits de la personne humaine ».

Dans le second dossier visant Carles Puigdemont, un magistrat de Barcelone le soupçonne d’avoir cherché à obtenir le soutien du Kremlin pour une éventuelle indépendance de la Catalogne. Une hypothèse basée sur des « données » confirmant les « relations personnelles étroites » entre des proches de l’indépendantiste et des personnes occupant « des fonctions diplomatiques ou (ayant) des liens avec les services secrets russes ».

En cas de poursuite dans cette seconde affaire, Carles Puigdemont pourrait être jugé pour « trahison ». Ce qui ne serait donc pas couvert par l’amnistie qu’il espère tant.

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