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Entre euphorie et ambition, le récit des heures qui ont suivi la qualification de l'OL pour la finale de la Coupe de France

L’échange furtif, à la sortie des vestiaires, résume la soirée. "Comment tu qualifies la saison, toi qui aimes faire des phrases", demande une personnalité du monde du football lyonnais à un suiveur patenté et proche de lui. Ce dernier sèche. Le premier reprend alors la main:"c’est inqualifiable!"

Tout le monde se pince en effet peu avant 23h, ce mardi soir dans cet après-match qui joue les prolongations festives après l’envahissement plutôt bien géré de la pelouse par les supporteurs. Il y a de la joie sur la pelouse, dans une communion "plus vue depuis le titre de 2002 face à Lens à Gerland", estime un fan de longue date.

"En finale, avec vous"

Dans la zone d’interview, les journalistes peinent aussi à prendre la mesure de la soirée. Eux, les témoins privilégiés du début de saison catastrophique de l'OL, et notamment de cette défaite face au PSG (1-4), finalement pas si lointaine, qui scella le sort de Laurent Blanc.

"Et dire que le 3 septembre dernier, les joueurs se faisaient 'gronder' par le kapo des Bad Gones. Et là, ils font un tour d’honneur et c’est la fiesta", rappelle l’un deux.

Rentrés dare-dare aux vestiaires après l'envahissement du terrain, les joueurs ont ressenti l'envie, une fois enfilés leur maillot "en finale, avec vous", de goûter de nouveau à la célébration collective. Les appels du speaker pour faire retourner tout le monde à sa place ont ainsi été récompensés par un tour d’honneur.

Après une haie d’honneur faite par les joueurs lyonnais à leurs adversaires déçus du soir, la célébration a pu se dérouler. Une bonne quarantaine de minutes, avec un tour d’honneur et des chants, immortalisés par joueurs et supporters. Et même se poursuivre ce mercredi midi entre fans, encore un peu sur leur nuage. "Regarde ce que c’est que d’aller en finale, chambre un client d’un restaurant dans le quartier de Confluence, en montrant à son voisin de table, les vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux d’une pelouse du Groupama Stadium, masquée par la foule. "M’en parle pas, j’ai mon Gone qui m’a appelé en vidéo, hier soir en me disant: 'Papa, regarde où je suis…', il me montrait les buts. Je n’en revenais pas", témoigne le patron de l’établissement.

"On était simplement euphoriques et heureux", conclut un autre client, présent lui aussi au stade avec ses enfants qui ont pu faire la grasse matinée, sans école au programme, mercredi matin oblige.

Un autre se mêle à la conversation. Connu pour être parisien et donc supporteur du PSG, cet habitué coupe l’élan de la salle: "et dire que c’est juste pour une demie gagnée, face au dernier de Ligue 2…" En guise de réaction, le chambrage se fera sur la Ligue des champions qui se refuse encore au club de la capitale. Mais il n’est pas question de rendez-vous en finale de Coupe de France - il faudra attendre ce mercredi soir et l'autre demi-finale PSG-Rennes.

En tribune officielle aussi, les envies de prolonger le plaisir envahissent les VIP, d’ordinaire plus "dans la retenue", comme le décrit l’un d’eux. Beaucoup d’élus fans de l’OL restent en place pour communier avec une vue imprenable sur le spectacle en multipliant les posts sur leurs réseaux sociaux.

"Tout le spectre politique de l’agglomération était présent, c’était un soir de Coupe d’Europe pour une demie de Coupe de France", résume Pierre Oliver, maire LR du 2e arrondissement de Lyon.

Le gratin lyonnais au rendez-vous

Car même les moins assidus du Groupama Stadium, les élus EELV de Lyon, dont le premier d’entre eux, le maire Grégory Doucet – dont la présence se compte sur les doigts d’une main pour les matches au masculin – profitent du moment, non loin de David Friio, le directeur sportif, de Sonny Anderson en grande discussion avec le DG Laurent Prud’homme, de Bafé Gomis, ancien joueur du club entre 2009 et 2014 ou encore de Jean-Michel Aulas et de tous les dirigeants d’Eagle Football, dont le dernier arrivé dans la galaxie, le directeur global du football, Michael Gerlinger, ex-patron du Bayern Munich.

Arrivé le matin de Londres, John Textor s’offre lui aussi un bain de foule au milieu des supporteurs, après un passage au vestiaire pour féliciter les joueurs. Ce mercredi matin, accompagné d'Artur Jorge, son nouvel entraîneur de Botafogo, le patron de l’OL s’est envolé pour Rio pour la présentation médiatique de son nouveau technicien à la tête d’un des autres clubs de sa galaxie.

Il est bientôt minuit. Juste avant d’aller rejoindre ses coéquipiers et les familles, qui vont dîner comme de coutume dans une pièce qui jouxte le vestiaire, Alexandre Lacazette satisfait au protocole média en zone d’interview. "C’était bien, c’était beau de voir une communion avec le public, savoure le capitaine. On revient de loin. Ca change de ce qu’il s’est passé en début de saison mais je pense que le club, les supporteurs, la ville, tout le monde est content, tout le monde est heureux et ça fait plaisir surtout après le non-match de l’an passé à Nantes, en demi-finale. Je m’en voulais beaucoup de ne pas avoir pu emmener l’équipe. Là c’est un autre destin."

Jake O’Brien en remet une couche, encensant "les fans merveilleux". "Il y a deux ou trois mois, on ne l’aurait pas imaginé. Je retiens les moments magiques vécus après le match", jubile le défenseur. Justement, ce monde d’avant où l’OL pataugeait à la dernière place – c’était il y a à peine plus de 100 jours. Y a-t-il un parfum de revanche pour les joueurs? "Oui et non, répond en normand–lyonnais, Maxence Caqueret. C’est sûr qu’avec tout ce qu’on a pu entendre sur nous, il y a cet esprit revanchard mais c’est surtout les caractéristiques de ce club. L’OL est un club qui doit gagner des titres. Ce soir on se qualifie pour une finale et ce sera à nous d’aller chercher ce titre qui peut rendre la saison exceptionnelle".

Pierre Sage, le gourou

L’ambition revient en effet dans le club avec à sa tête, Pierre Sage, l’inconnu d’hier devenu la coqueluche de tout un peuple.

"Il est incroyablement zen, je ne sais pas comment il fait", constate un proche qui trouve en le nouveau coach lyonnais le porte-parole de l’ADN de son club.

"J’ai bien aimé ses propos, il pense à la Coupe d’Europe via le championnat. Il remet le club à sa place quand il affirme que l’objectif, à partir de maintenant, c’est de finir dans les sept premiers qui ne sont qu’à quatre points", argumente le passionné. Car sauvés de l’accident industriel d’une chute à l’étage inférieur, les Lyonnais fixent désormais un autre horizon: le 25 mai à Lille dans 53 jours. Douze ans après le dernier trophée ramené dans le musée, cette cinquième Coupe de France brandie par Cris, Lloris, Réveillère, Gonalons, Källstrom, Gourcuff, Lisandro mais aussi, les "rescapés" de 2024, Lacazette, Lovren et Rémy Vercoutre, alors doublure du gardien de l’équipe de France.

Un objectif que les exigeants supporters lyonnais ont déjà en tête. "La saison ne sera belle que si nous la gagnons", tranchent-ils en chœur dans ces heures d’après, où il est déjà questions des heures de mai dans un millésime 23-24 qui s'offre une prolongation heureuse à Lille. Une perspective bien plus séduisante que celle, longtemps redoutée, d'un barrage Ligue 1/Ligue 2. C'était il y a si peu et cela semble si lointain.

Article original publié sur RMC Sport