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Entre crues et sécheresses, la France en proie aux extrêmes (et ce sera pire d’ici 2050)

En mars 2024, la France a connu de nombreuses crues, et une grave sécheresse dans les Pyrénnées-Orientales.
montage photos AFP En mars 2024, la France a connu de nombreuses crues, et une grave sécheresse dans les Pyrénnées-Orientales.

ENVIRONNEMENT - « L’eau est là, l’eau qui danse, c’est la chance ! » Comme dans Kirikou, on pourrait fêter le retour de la pluie qui endiguerait la sécheresse sur la France. Mais la réalité est bien plus cruelle et complexe : non seulement les crues survenues en Bourgogne durant le week-end de Pâques provoquent de lourds dégâts, mais, en plus, elles ne résolvent que partiellement la sécheresse qui sévit dans l’Hexagone.

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Malgré les inondations à répétition dès cet automne, dans le Pas-de-Calais notamment, les nappes phréatiques en France ne sont pas au meilleur de leur forme partout sur le territoire. Au 1er mars, 36 % des nappes étaient encore en dessous des normales mensuelles, selon le dernier rapport du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), dont les chiffres ne prennent donc pas encore en compte les récents épisodes de pluies intenses.

Entre deux extrêmes

Surtout, la situation est très contrastée dans l’Hexagone. Comme vous pouvez le voir sur la carte du service géologique français ci-dessous, les nappes de Loire-Atlantique ou du Nord sont très abreuvées. Elles sont également bien remplies en Bretagne ou en Bourgogne, et au niveau des normales en Île-de-France ou autour de Lyon. En revanche, la situation se gâte dans le Sud, avec un gros cercle rouge en région Occitanie, et notamment dans les Pyrénées-Orientales, département frappé par une sécheresse sévère depuis trois ans.

« On a deux extrêmes. Dans le Nord et dans le Centre, que ce soit sur le bassin de la Seine et de la Loire, on a des sols complètement saturés, où le niveau d’eau est élevé dans les nappes. Dans le même temps, la sécheresse est catastrophique dans les Pyrénées-Orientales. Si la situation ne s’améliore pas dans les trois prochains mois dans ce département, il risque d’y avoir des tensions énormes sur la ressource en eau », analyse Emma Haziza, hydrologue et spécialiste de l’adaptation face au changement climatique.

La présidente fondatrice du centre de recherches Mayane ajoute que le risque de sécheresse estivale n’est non plus écarté dans les départements qui ont été inondés : « Il suffit qu’on subisse une canicule de trois semaines pour qu’on rebascule dans une situation de sécheresse. » Et de citer un précédent éloquent à ce propos : « C’est ce qui s’était passé en 2018 : après une très grande crue de la Seine et beaucoup de pluie entre janvier et mars, on avait terminé l’année par une sécheresse record », ajoutant que « tout va être conditionné par l’orientation des vents et les températures ».

Excès de pluie, manque de pluie, la météo nous en fait voir de toutes les couleurs, et le changement climatique n’y est pas pour rien. En effet, les sécheresses sont de plus en plus récurrentes, longues et intenses sous l’effet du réchauffement de la planète. Quant aux crues liées à des précipitations qui font déborder des cours d’eau, leur intensité augmente aussi à mesure que le climat se réchauffe.

Une situation qui se complique à l’horizon 2050

« Le changement climatique vient exacerber les pluies torrentielles. C’est-à-dire que les pluies fortes seront encore plus fortes et plus fréquentes », précise Françoise Vimeux, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. Et la climatologue de détailler : « Dans une atmosphère plus chaude, on peut emmagasiner plus de vapeur d’eau. Quand une situation météorologique vient refroidir l’atmosphère, comme une dépression, il y a donc une quantité énorme d’eau au-dessus de nos têtes qui peut conduire à des volumes de pluie très importants, et en très peu de temps. » Le Giec estime ainsi que l’intensité de tels épisodes augmente de 7 % à chaque degré de réchauffement supplémentaire.

Pour autant, on ne peut pas dire que les crues, comme celles survenues en Indre-et-Loire ce week-end, sont causées par le changement climatique. « C’est plus complexe. Il faut faire des études d’attribution qui prennent plusieurs semaines pour associer un événement particulier au réchauffement climatique », nuance Françoise Vimeux. Une crue est « multifacteurs », ajoute la chercheuse, citant « la durée et les volumes de pluie mais aussi l’état des sols –perméable ou non–, la topographie –plaine ou cuvette– et l’exposition des personnes et des biens ».

Dans tous les cas, on se dirige dans les trente prochaines années vers un régime de pluies qui déraille. Françoise Vimeux l’explique : « Les projections à l’horizon 2050 montrent un déficit de pluie l’été, particulièrement marqué sur le pourtour méditerranéen, mais aussi un changement dans la manière dont il pleuvra : de longues périodes sans pluie seront entrecoupées de pluies très volumineuses. » Face à ces prévisions peu optimistes, l’hydrologue Emma Haziza s’alarme : « On n’a pas encore pris conscience que l’urgence. Elle n’est pas dans 50 ans, elle est dans 5 ans. »

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