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Emmanuel Macron veut limiter l’accès des jeunes aux écrans, voici quelques idées

Pour lutter contre la surexposition des enfants aux écrans, le chef de l’État dit vouloir mieux contrôler leur accès. Mais pour être efficace, la solution doit être à la fois technique et éducative.

« Déterminer les bons usages des écrans pour nos enfants. » Voici l’un des objectifs d’Emmanuel Macron en matière de santé, comme il l’a martelé lors de sa conférence de presse fleuve du mardi 16 janvier. Une volonté qui se fonde sur un constat : trop d’enfants sont surexposés aux tablettes, télévisions et smartphones, à un âge où ils ont très rarement conscience des enjeux et des implications de cette exposition.

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Selon les données de l’enquête Elfe - publiée en 2022 et effectuée auprès de 18 000 enfants nés en 2011 -, « seuls quatre enfants sur dix sont durablement maintenus à distance des écrans » durant les six premières années de leur vie. Dès sa deuxième année, un petit passe en moyenne 53 minutes par jour devant les écrans numériques et la télévision.

Les usages numériques en cause, mais pas seulement

Face à ce constat, le chef de l’État a diligenté un groupe d’experts, chargés d’établir un consensus scientifique sur l’impact des écrans sur la santé physique et mentale des jeunes. Ces spécialistes doivent également évaluer les dispositifs déjà en place et élaborer une doctrine de régulation adaptée à chaque âge. Et Emmanuel Macron de prévenir lors de sa conférence de presse : il y aura peut-être des « restrictions et des interdictions ».

Sauf que d’après Carine Aillerie, maîtresse de conférences en science de l’information et communication à l’université de Poitiers, le consensus scientifique existe déjà : « Globalement, les différents points de vue s’accordent pour dire que c’est mieux de ne pas exposer les enfants aux écrans. » D’autant, ajoute-t-elle, que les usages numériques ne sont pas les seuls facteurs qui conduisent à cette exposition, la dimension sociale jouant également à plein par exemple.

De ce fait, pour elle, la solution ne « doit pas être seulement technique ». Selon la chercheuse, « le problème est avant tout social, et les inégalités numériques et sociales se recoupent. Et il n’y a pas de fonctionnalité technique qui éduquera au numérique ».

Partant de ce constat et des dispositifs déjà en vigueur mais sans grand succès, voici donc quelques idées sur lesquelles Emmanuel Macron et ce groupe de chercheurs pourraient s’appuyer pour lutter contre la surexposition aux écrans.

Ce qui existe déjà (mais qui ne marche pas forcément)

Plusieurs dispositifs existent pour limiter l’accès aux écrans. Mais certains sont inefficaces. Par exemple, s’inscrire sur les réseaux sociaux est interdit pour les moins de 13 ans, selon leurs conditions d’utilisation. Problème : il suffit d’indiquer une autre date de naissance lorsque l'on crée un compte pour contourner cette règle.

Il existe aussi une loi, adoptée en 2022, qui prévoit d’obliger les fabricants d’appareils connectés à installer un dispositif de contrôle parental et de proposer son activation gratuite lors de la première mise en service de l’appareil. Ce qui « ne mange pas de pain », concède Carine Aillerie, sauf que cela « ne réglera pas les problèmes ». Derrière cette mesure, « il y a l’idée que des gens savent éduquer leur enfant et d’autres pas : ceux qui ne savent pas bien faire seront punis ».

Une proposition de loi encore en cours de discussion a été déposée en janvier 2023 par la députée Renaissance du Loiret Caroline Janvier. Elle vise à prévenir de l’exposition excessive des enfants aux écrans. Le texte entend, entre autres, « limiter l’utilisation des téléphones, tablettes et ordinateurs portables et assimilés au sein des structures de la petite enfance et des écoles maternelles et primaires, en imposant à ces établissements de prévoir à cet effet des règles restrictives qui concernent les professionnels d’encadrement ».

Là encore, le bât blesse à entendre Carine Aillerie. « C’est mettre la faute sur les enseignants. Alors que l’utilisation de leur téléphone portable vient souvent pallier l’absence de connexion dans les écoles. » Selon elle, le corps enseignant est victime d’une double injonction : celle d’intégrer le numérique à l’école, mais aussi de limiter l’exposition des enfants aux écrans.

Ce qui pourrait être mis en place

Selon la chercheuse, les mesures d’interdiction reviennent à rejeter la responsabilité de la surexposition aux écrans sur les enseignants, parents et enfants. Alors que « c’est de la responsabilité des dirigeants que de mettre en œuvre les moyens d’action les plus efficaces ».

D’abord, explique-t-elle, il faut former les enseignants, parents, éducateurs aux usages et à la culture du numérique. Ils doivent avoir les moyens pour ensuite éduquer les enfants à ces mêmes enjeux. « Organiser davantage d’ateliers de parentalité numérique me paraît vraiment utile », glisse-t-elle, avant d’ajouter : « Il faut s’intéresser aux objets en tant que tel et se demander comment marche un réseau social, comment fonctionne un algorithme… Ce sont des enjeux de culture numérique populaire pour tout le monde. »

La réponse technique, Carine Aillerie n’y croit pas vraiment. Quid de la restriction de certains usages, ou de limiter l’utilisation ? « On peut imaginer des fonctionnalités », selon elle, avant d’évoquer à titre d’exemple la politique suédoise, qui a opéré en 2023 au retour des manuels scolaires dans les classes au détriment des écrans, comme le rappelle un article du Monde. Mais cette interdiction ne se fait pas au détriment de l’enseignement, puisque « les professeurs sont formés au numérique et à l’éducation aux médias dans ce pays », assure-t-elle.

Carine Aillerie « ne voit pas trop comment mettre en œuvre techniquement des interdictions, à cause des intérêts économiques qui ont toujours primé ». Idem pour le contenu des plateformes : elle ne pense pas non plus qu’une loi permettra de réguler ce qui y est diffusé, à moins d’une « décision politique forte ». En clair : la balle est dans le camp du gouvernement.

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