Élections américaines 2020 : et si Trump refuse de partir ?

Nick Whigham
·Assistant News Editor
·6 min de lecture
U.S. President Donald Trump speaks during a ceremony on the South Lawn of the White House in Washington, D.C., U.S., on Monday, Oct. 26, 2020. The Senate voted 52-48 Monday to confirm Amy Coney Barrett to the U.S. Supreme Court, giving the court a 6-3 conservative majority that could determine the future of the Affordable Care Act and abortion rights. Photographer: Al Drago/Bloomberg
U.S. President Donald Trump speaks during a ceremony on the South Lawn of the White House in Washington, D.C., U.S., on Monday, Oct. 26, 2020. The Senate voted 52-48 Monday to confirm Amy Coney Barrett to the U.S. Supreme Court, giving the court a 6-3 conservative majority that could determine the future of the Affordable Care Act and abortion rights. Photographer: Al Drago/Bloomberg

Alors que certains experts ne prédisent rien de moins qu'une défaite électorale pour le président américain Donald Trump, il semble peu probable que ce dernier disparaisse sans rechigner.

Donald Trump a refusé à plusieurs reprises de s'engager à faciliter une transition pacifique du pouvoir, incitant une armée discrète d'avocats et d'agents politiques à se préparer à un combat post-électoral. Une équipe d'agents politiques bipartite composée d'anciens responsables gouvernementaux et militaires, ainsi que d'experts juridiques et académiques de la Constitution américaine, s'est discrètement réunie en juin dernier pour un wargame simulant les pires scénarios des prochaines élections américaines de 2020. Sous le nom de Transition Integrity Project, le groupe a livré un sombre pronostic dans le cas hypothétique où Donald Trump refuserait de remettre les clés de son bureau ovale. Dans ce qui a été décrit de façon humoristique comme une version “Washington” de Donjons et Dragons, l'équipe d'experts a imaginé comment la Maison Blanche de Donald Trump pourrait se servir des branches du gouvernement fédéral, tels que le service postal, le ministère de la Justice, les agents fédéraux et l'armée pour conserver le pouvoir. Au sein d'un rapport de recherche, le groupe a essayé de comprendre comment l'équipe Trump pourrait discréditer, retarder ou semer le doute sur le résultat des élections. “Un titulaire sortant, candidat à la réélection, peut utiliser les pouvoirs de la présidence à son grand avantage, en particulier si les normes traditionnelles sont considérées comme sans importance et si le titulaire est prêt à prendre le risque qu'un tribunal finisse par déclarer ses actions illégales”, résume le groupe.

“L’exercice a identifié les pouvoirs présidentiels suivants comme les plus susceptibles d’être utilisés à mauvais escient pour manipuler les résultats électoraux ou perturber la transition : la capacité du président à fédéraliser la garde nationale ou à invoquer la loi sur l’insurrection pour déployer des militaires en service au niveau national, sa capacité à lancer des enquêtes sur ses opposants et sa capacité à utiliser le ministère de la Justice ou les agences de renseignement pour semer le doute sur les résultats des élections ou discréditer ses opposants.”

“Un jeu perdu d'avance” ?

Bien qu'elles soient sans doute tirées par les cheveux, les mesures notées par le groupe seraient plus efficaces pour susciter des troubles et des divisions sociales que pour influencer le résultat des élections. Cependant le problème, du moins en partie, est que le système est régi par des normes, et se trouve être peu efficace si la personne qui est censée en être le principal promoteur décide de simplement ignorer ces règles. Le professeur Don Debats, directeur des études américaines à l’université Flinders, pense que le scénario ne justifie pas de s’inquiéter. “Je pense que ce serait un jeu perdu d'avance”, a-t-il déclaré à Yahoo News Australie, à propos de l'idée selon laquelle Donald Trump essaierait de s'accrocher au pouvoir. “Son mandat expire le 20 janvier”, suggérant ainsi qu'il ne pourrait pas faire grand-chose suite à une nette défaite électorale. “La Maison Blanche est une petite résidence, sans doute pas assez grande pour deux présidents.”Alors que l'équipe Trump pourrait faire pression sur les dirigeants républicains, lors de disputes serrées, pour qu'ils se lancent dans des manigances telles que la négation des électeurs, c'est le Congrès américain qui, au final, décidera du vote au sein du système du collège électoral. Une lutte serrée pourrait entraîner des contestations judiciaires devant les tribunaux, mais un tel résultat serait probablement pris en charge d'ici la date limite de janvier pour que le Congrès se réunisse et élise officiellement le président.

L'armée pourrait-elle être impliquée ?

Alors qu'au cours des derniers mois les tensions se sont intensifiées, un haut officier de l'armée américaine a déclaré au Congrès que les forces armées ne joueraient aucun rôle dans la conduite du processus électoral ou dans la résolution d'un vote contesté. “Je crois profondément au principe d'une armée américaine apolitique”, a déclaré le général Mark Milley, chef d'état-major interarmées, dans des réponses écrites à plusieurs questions posées par deux membres démocrates de la Commission des forces armées de la Chambre. “En cas de différend sur certains aspects des élections, la loi oblige les tribunaux américains, ainsi que le Congrès américain, à résoudre ces différends, et non l'armée américaine. Je ne prévois aucun rôle pour les forces armées américaines dans ce processus.” Lorsqu'on lui a demandé si l'armée refuserait un ordre du président s'il tentait d'utiliser une action militaire à des fins politiques plutôt que pour la sécurité nationale, M. Milley a déclaré : “Je ne suivrai pas d'ordre illégal.”

Donald Trump face à une défaite électorale

Le vétéran stratège en politique américaine, Joe Trippi, pense que Donald Trump fera face à une défaite électorale retentissante dans quelques semaines. Alors que beaucoup mettent l'accent sur le résultat surprise de 2016 (et la potentielle répétition de chiffres trompeurs de sondage), M. Trippi pense qu'une comparaison plus plausible à faire sont les élections de 1980, qui ont vu un président impopulaire, Jimmy Carter, se faire expulser de façon écrasante après son premier mandat. “En 1980, nous avions un président fortement impopulaire”, a-t-il déclaré mercredi à Planet America (ABC), rappelant les taux de chômage élevés et la crise des otages iraniens.”Et si vous regardez à présent, nous avons une mauvaise économie, nous faisons face à une crise durant laquelle les chaînes de télévision signalent, chaque soir, un nombre plus élevé [de cas de coronavirus].” À l'époque, M. Trippi travaillait pour les démocrates sortants. « Nous disions en gros que [l'antagoniste] Ronald Reagan était trop vieux, qu'il était un fou de droite, qu'il aurait son doigt sur le bouton et au final, à l'approche du jour des élections, plus les gens l'ont vu dans les débats, plus ils ont commencé à se dire "qu'il semblait beaucoup plus rassurant que ce qu'ils avaient pu dire auparavant".” “Et finalement, il y a eu un grand basculement en faveur de Reagan. Je vois, à présent, exactement le même scénario se profiler pour nos élections [en faveur de Biden], et je ne vois rien qui pourrait changer cela.”

Tandis que M. Biden est véritablement établi au sein de la politique américaine, ses chiffres de sondage semblent s'être légèrement améliorés suite au premier débat présidentiel désastreux. Comme en 1980, les sondages du président restent obstinément bas, alors que Joe Biden est en tête d’environ 10 points de pourcentage dans les enquêtes nationales. “Quand il dépasse les 5 %, il est presque impossible de perdre le collège électoral”, note M. Trippi.

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