En Ecosse, les hommages à la reine ne freinent pas les velléités d'indépendance

Un manifestant pro-indépendance de l'Écosse à Glasgow, le 1er mai 2021. - ANDY BUCHANAN / AFP
Un manifestant pro-indépendance de l'Écosse à Glasgow, le 1er mai 2021. - ANDY BUCHANAN / AFP

Elizabeth II est morte jeudi au château de Balmoral, dans la campagne écossaise qu'elle estimait tant. Si la reine y était relativement appréciée, c'est un peu moins le cas pour l''Union". L'Écosse, qui demandait dès les années 1960 une délégation des pouvoirs politiques, réclame par la voix de certains mouvements politiques, son indépendance. La période de fragilité du changement de monarque pourrait se révéler décisive pour son appartenance au Royaume-Uni.

La fin du règne d'Elizabeth II, qui a duré 70 ans, représente un bouleversement pour l'institution monarchique. Un sondage réalisé par le think tank Bristish Future lors du jubilé de la reine, en juin dernier, montre qu'un tiers des Écossais estime que la mort de la reine serait le bon moment pour abolir la monarchie et devenir une république. De la même façon, plusieurs pays du Commonwealth pourraient saisir cette opportunité pour le quitter.

La question d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse était d'ailleurs déjà bien présente avant la mort de la reine. Elle est notamment poussée par Nicola Sturgeon, la première ministre écossaise. Elle avait obtenu l'organisation d'un premier scrutin, en 2014. Malgré la campagne du parti national écossais (Scottish national party, SNP), 53.5% des bulletins ont exprimé le souhait de rester dans le Royaume-Uni, avec une participation d'environ 85%.

La possibilité d'organiser un second référendum étudiée par la Cour suprême

Depuis le Brexit, en 2016, Nicola Sturgeon demande l'organisation d'un nouveau référendum. Après l'échec du premier, la décision du Royaume-Uni change la donne: les Écossais étaient 62% à vouloir rester dans l'Union européenne.

En juin 2021, Boris Johnson lui répond que ce type de référendum ne devrait être tenu qu'une fois par génération, soit tous les quarante ans environ. La première ministre écossaise a depuis demandé à la Cour suprême de statuer sur la possibilité pour le Parlement écossais d'organiser un référendum consultatif sans l'accord du gouvernement.

La question sera examinée les 12 et 13 octobre. Si elle était tranchée en faveur du gouvernement écossais, dirigé par le SNP, le nouveau scrutin pourrait avoir lieu dès le 19 octobre.

Un soutien à l'Union majoritaire mais fragile

Pour sortir du Royaume-Uni il faudra encore convaincre les Écossais. Dans les enquêtes d'opinion, les indépendantistes demeurent souvent légèrement minoritaires. Mais dans le dernier sondage sur la question, réalisé par Panelbase pour le Sunday Times en août, 44% des personnes interrogées sont contre l'indépendance, contre 43% de pour et 13% de neutres et d'indécis.

Si l'heure est pour l'instant au deuil national, le déplacement de Charles III à Édimbourg et ses premières semaines en tant que roi seront très scrutés. "Il ne fait aucun doute que [la reine] était une partie intégrante de la colle, du ciment qui tenait la nation, et qu'elle est désormais partie", explique Adam Tomkins, professeur de droit public à l'université de Glasgow, dans un article du Financial Times, soulignant la popularité d'Elizabeth II au-delà des clivages politiques.

"Il n'est pas évident que ce sera remplacé par quelque chose d'aussi fort ou solide, poursuit-il. Je pense que c'est un moment de fragilité, de risque, et potentiellement de changement pour l'Union. [...] Le nouveau roi devra reconstruire ce soutien personnel."

Article original publié sur BFMTV.com