"Doctor Strange 2": comment Sam Raimi a imposé son univers horrifique aux studios Marvel

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Benedict Cumberbatch dans
Benedict Cumberbatch dans

Maître des Arts Mystiques comme son héros Doctor Strange, Sam Raimi a réussi l'impossible: imposer son univers à mi-chemin entre le cartoon et l'horreur à Marvel. Un exploit tant le cahier des charges du studio américain, un des plus puissants de Hollywood, est contraignant, et fait fuir les réalisateurs aux univers personnels.

Six mois après Chloé Zhao et ses Eternels, Sam Raimi signe avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness (en salles ce mercredi) l'un des films Marvel les plus personnels et les plus satisfaisants de ces dernières années. Au programme: de la tension, de l'émotion, une bonne gestion des personnages et des caméos et des moments authentiquement horrifiques, dignes du réalisateur de la trilogie Evil Dead.

Ce nouveau film se développe autour du "Multivers", cet ensemble infini de réalités déjà évoqué dans Spider-Man No Way Home. Le sorcier à la cape rouge rencontre d'une adolescente, America Chavez, ayant le pouvoir d'ouvrir des portails sur différents univers, une capacité convoitée par un démon que devra combattre le Dr Strange. Chacun des mondes visités ayant sa réalité propre, le magicien croise des doubles de lui-même, certains ayant des trajectoires complètement différentes de la sienne.

"Ce film est un précipité de ce que peut être le divertissement populaire à son meilleur", s'enthousiasme Olivier Delcroix, critique du Figaro spécialisé dans les récits super-héroïques. "Si ça marche aussi bien, c'est qu'il a de l'expérience. Ce vétéran, qui a la soixantaine passée maintenant, est suffisamment malin pour être soluble dans l'univers Marvel."

Les fans de Sam Raimi retrouveront sa patte visuelle, confirme la star du film Benedict Cumberbatch dans une interview accordée à BFMTV. "Il n'a pas tourné depuis des années, mais c'est toujours le Sam Raimi que l'on a adoré, avec ses mouvements de caméra particuliers. Il a vraiment pensé à ses fans." "La trilogie Evil Dead hante tout le film", renchérit Philippe Guedj, journaliste au Point et grand spécialiste des récits Marvel. Et d'ajouter:

"Il y a un nombre significatif de plans dans ce film qui sont vraiment typiques du style formel de Sam Raimi. Il y a beaucoup de jeu avec les reflets. Il fait des zooms brutaux, il y a quelques 'jump scares', il y a un vrai travail sur le son, une ambiance un peu horrifique, avec un zombie. On a vraiment l'impression de voir une autre proposition."

"Montrer aux jeunes comment faire"

Dans une interview accordée récemment à Rolling Stone, Sam Raimi, qui n'a pas réalisé de films depuis 2013, confiait avoir accepté Doctor Strange in the Multiverse of Madness "pour montrer aux jeunes comment faire un film de super-héros". Mission réussie avec un film dont les enjeux narratifs sont clairs et les scènes d'action très lisibles - un des principaux défauts des blockbusters contemporains.

"La façon dont il déplace la caméra assez brutalement, de manière assez viscérale, ce sont des choses que je n'ai pas vues auparavant dans des Marvel", assure Philippe Guedj. "Il y a quelque chose d'assez jouissif dans sa manière de filmer, qui ne se prend pas complètement au sérieux", complète Olivier Delcroix, qui salue aussi les trouvailles visuelles du film: "Il y a une bataille de notes entre deux Stephen Strange, qui est fantastique. Dans une autre scène, il se scinde en petits cubes."

Les spécialistes sont formels: chaque scène témoigne de la personnalité de Sam Raimi. Lorsqu'il est arrivé sur le projet, le réalisateur a d'ailleurs "changé à 99% le scénario", raconte-t-il à BFMTV: "C'est une histoire complètement différente de ce qui avait été prévu à la base. On a tout revu. Les retards accumulés à cause de la pandémie nous ont offert le temps nécessaire pour réécrire de fond en comble le scénario." "La seule chose qui n'a pas changé est le titre!", s'amuse quant à lui Benedict Cumberbatch. "On a réécrit jusqu'au dernier moment. Marvel excelle là-dedans."

Plus violent que les précédents Marvel

Sans doute est-ce lié à l'intervention de Sam Raimi, mais Doctor Strange 2 est aussi un peu plus violent que les précédents films de Marvel. Les personnages meurent souvent dans d'atroces souffrances. Et quand leur tête n'explose pas, ils finissent soit empalé soit énucléé. "Il a réussi à infiltrer dans le film quelques plans bien cradingues, mais un peu déguisés. Et il se débrouille pour que ça reste dans le cadre du PG-13 [système de classification américain, qui désigne les films interdits aux moins de 13 ans]. Il a eu une liberté incontestable", estime Philippe Guedj.

"Marvel m'a laissé les coudés franches", acquiesce Sam Raimi. "Kevin Feige, notre producteur, m'a encouragé à m'appuyer sur ce que je sais faire, sur ce qui fait l'ADN de mon cinéma: mon appétence pour l'horreur. Il m'a beaucoup soutenu. Il voulait vraiment faire le premier Marvel avec des éléments horrifiques." Mais comment créer des séquences réellement terrifiantes dans un divertissement familial?

"Le film devait être similaire aux comics de Doctor Strange que je lisais quand j'étais gamin", répond le réalisateur. "Ils étaient effrayants, intrigants, mystérieux et de temps en temps, ils foutaient vraiment les chocottes, mais ils n'étaient jamais réellement terrifiants. C'est l'apanage des vrais films d'horreur d'être terrifiants. Doctor Strange 2 emprunte seulement quelques éléments à ces films, mais pas les plus extrêmes."

Le réalisateur, dont on fête ces jours-ci les 20 ans de son Spider-Man, assure avoir été surtout passionné par le défi de raconter un chapitre de la grande histoire du MCU: "Ce n'était pas un projet pour moi, pour que je repousse les limites du médium. Mon objectif était d'essayer de correspondre aux attentes des fans. Je voulais faire plaisir au public qui suit cette saga depuis une décennie et leur offrir non pas exactement ce dont il rêve, mais la suite logique de cette histoire."

"Apporter quelque chose d'inédit"

Avant de faire son grand retour avec Doctor Strange 2, Sam Raimi a passé la dernière décennie à peaufiner son art. Depuis la sortie de son avant-dernier film Le Monde fantastique d'Oz (2013), Sam Raimi s'est consacré à la production, chapeautant des films d'horreur à succès comme Don't Breathe (2015).

Au contact de jeunes réalisateurs, il a réappris son métier: "J'ai analysé les images qu'ils tournaient, leur manière de mettre en scène, leur méthode de montage. J'ai beaucoup appris grâce à eux." Car le vétéran ne voulait pas revenir sur le devant de la scène à moins de surprendre son public: "Je voulais apporter quelque chose d'inédit à l'art de faire des films."

"J'ai appris de nouvelles techniques de mise en scène, pour mixer la musique et la narration", développe-t-il. "Je n'y avais jamais pensé auparavant. J'ai appris que le silence pouvait parfois être plus puissant que n'importe quelle musique. Si vous imposez un silence pendant un moment très émouvant, le public peut créer ses propres émotions." 876450610001_6305544555112

Il a appliqué ces techniques à Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Et certaines séquences clées sont entièrement silencieuses. "C'était fascinant de voir un réalisateur de cette trempe revenir dans l’arène pour diriger un film de cette ampleur, de le voir se frotter aux nouvelles technologies et de le voir surtout se réinventer", se souvient Benedict Wong. "C'était très impressionnant."

La révolution chez Marvel?

Mais cette liberté créatrice, offerte coup sur coup à Chloé Zhao et Sam Raimi, n'augure pas forcément que du bon, estime Philippe Guedj, qui reste assez méfiant à l'égard des ambitions réelles du puissant studio: "Je n'arrive pas à savoir s'ils ont été engagés pour les bonnes raisons, ou si c'est une espèce de réaction d'orgueil de Kevin Feige qui en avait marre d'entendre des réalisateurs prestigieux dire que ses productions ne sont pas des vrais films, mais des parcs d'attraction."

"Est-ce que ça veut dire que c'est la révolution chez Marvel Studios et que ça va être comme chez Warner, avec une primauté accordée au réalisateur-auteur? Je ne pense pas", poursuit le spécialiste. "Les interpénétrations sont trop nombreuses entre les films et les séries Disney+ pour que les réalisateurs prennent significativement plus de pouvoir qu'ils n'en avaient jusque-là."

Et il reste également une inconnue: le box-office. Les Eternels a été une relative déception, avec seulement 400 millions de dollars de recettes, loin du 1,8 milliard de Spider-Man No Way Home. "Je suis curieux de voir comment ce Doctor Strange va marcher auprès des habituels fans de la formule Marvel, car il n'y a pas cette multiplication des vannes qui désamorcent toutes les scènes", s'inquiète Philippe Guedj. "Mais ils ont assuré leurs arrières avec les séquences situées dans les multivers en glissant un maximum de caméos qui vont faire buzzer les réseaux sociaux. Et ça, on voit bien que ce n'est pas le film de Sam Raimi..."

Article original publié sur BFMTV.com

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