Publicité

"Dire je t'aime": le rappeur Ben PLG fait "l'éloge de la normalité" dans son nouvel album

Avec son premier album qui sort vendredi, avant un concert à La Cigale le 5 avril, le rappeur du Nord Ben PLG veut raconter son quotidien dans ce qu'il peut avoir de plus banal et incarner "le prolétariat avec de l'attitude".

Dans ce disque de 14 titres, Dire je t'aime, le rappeur de 32 ans évoque l'amour de ses proches, son rêve de "colorier des HLM" ou, plus simplement, sa volonté de "renvoyer sa box internet chez SFR".

"Ma musique et mon parcours, c'est l'éloge de la normalité. On est tous des gens normaux avec des histoires extraordinaires", assure à l'AFP Thomas Léger, de son vrai nom.

La sienne s'écrit d'abord à Tourcoing, où il grandit avec sa mère et ses deux frères, puis entre Dunkerque et Lille à sa majorité: il travaille brièvement à l'usine, se met au rap et devient travailleur social dans différents milieux, de l'hôpital psychiatrique à la prison pour mineurs en passant par l'Ehpad.

Récit d'images du quotidien

Depuis son premier projet sorti en 2019, Ben PLG (acronyme de "Pour La Gloire") fait avant tout le récit du Nord, ses centres-villes désertiques et ses classes populaires, l'héritage sidérurgique des anciens et les espoirs brisés des plus jeunes.

Des images du quotidien, chirurgicales, parsèment ses textes: le gobelet en plastique du centre social, une "pause-clope" sur l'aire d'autoroute ou le gratin préféré de sa grand-mère.

"C'est bien plus efficace qu'un jeu de mots" pour faire passer de l'émotion, explique le rappeur. Une plume nourrie par ses rencontres en prison ou avec des adultes souffrant d'une déficience mentale.

"Ça a été très formateur de me confronter à ces histoires intenses. (...) C'est une bouffée d'air, pour moi et pour eux", poursuit-il.

"Maladie des émotions"

"Il a une écriture quasi journalistique, il décrit ce qu'il voit au niveau du sol avec beaucoup de poésie: un ancien ouvrier qu'il croise au PMU, un sans-abri qu'il va voir dans la rue", décrypte Matthieu Bidan, journaliste du site d'informations Streetpress et réalisateur d'un documentaire sur le rappeur en 2022.

Celui-ci montre sa maison familiale, parle de son petit frère Martin atteint d'une trisomie. "C'est rare que des rappeurs donnent un tel accès à leur famille. On a vu que c'était pour de vrai", déroule le journaliste.

Sur YouTube, Ben PLG invite aussi son grand-père ou sa cousine à table avec des rappeurs et des producteurs le temps d'un repas. Il faut "dire je t'aime" à sa famille et à ses proches masculins, qui ont trop tendance à taire leurs émotions, rappelle-t-il avec tendresse dans l'album. En 2022, il s'insurgeait déjà de cette "maladie des émotions sans sous-titres".

Revanche après "Nouvelle École"

Dans ses morceaux, les sonorités électro et dansantes dominent, mais tout peut s'écrouler pour des moments de rage où il lâche prise et hurle, dans un style vocal brut qui se raréfie dans la scène rap actuelle.

Le natif de Villeneuve-d'Ascq s'est fait remarquer en 2022 pour sa trilogie "Réalité rap musique" mais surtout pour son échec à l'émission Nouvelle Ecole, télé-crochet rap produit par Netflix.

Son élimination dès le premier tour, injustifiée pour la majorité des observateurs, fera grossir sa communauté et inspirera le titre Mauvaise Nouvelle, qui comptabilise quelque 3 millions de vues sur YouTube.

Aujourd'hui, il considère même être "un des vainqueurs de l'émission", grâce à l'exposition qu'il a pu en retirer. "Il faut se servir de l'industrie pour être comme le ver dans la pomme", sourit-il.

Article original publié sur BFMTV.com