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Diamants, soupçons de corruption: un nouveau scandale éclabousse l'ex-président brésilien Bolsonaro

L'affaire des diamants, comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de l'ex-président brésilien Jair Bolsonaro.  - JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
L'affaire des diamants, comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de l'ex-président brésilien Jair Bolsonaro. - JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Certes, Jair Bolsonaro n'a pas bougé de son lieu d'exil volontaire en Floride depuis son arrivée le 30 décembre dernier, deux jours avant la passation de pouvoir avec son successeur à la présidence du Brésil, Lula. Mais il ne quitte pas pour autant l'actualité politico-judiciaire de son pays.

Déjà poursuivi pour son rôle hypothétique dans la tentative de coup d'État conduit le 8 janvier par ses partisans contre les institutions à Brasilia, l'ex-chef de l'exécutif est confronté à un nouveau soupçon, comme le raconte ce mercredi le correspondant du Monde. La presse nationale l'accuse en effet d'avoir essayé de ramener au Brésil de somptueux bijoux que lui a destinés - ainsi qu'à son épouse -, Mohamed ben Salmane, prince héritier d'Arabie saoudite. Et ce, dans le dos des douaniers. Puis, la tentative ayant échoué, d'avoir fait pression (toujours en vain) sur ceux-ci pour récupérer le cadeau.

Pire encore, les observateurs et les acteurs de la vie publique brésilienne se demandent si la générosité saoudienne n'a pas influencé la politique économique et étrangère de la nation.

La joaillerie saisie

Telle est, en quelques lignes, la teneur de l'affaire révélée le 3 mars par le journal Estadao. Elle remonte toutefois à octobre 2021.

Le ministre des Mines et de l'Énergie - par ailleurs amiral dans la flotte brésilienne -, Bento Albuquerque, est alors envoyé à Riyad pour représenter le Brésil au sommet "Moyen-Orient vert" dont le vaste programme est de faire la publicité des mesures écologiques affichées par le royaume.

L'amiral revient le 26 octobre, à l'aéroport international Garulhos de Sao Paulo. Il transporte dans son sac un écrin rempli de diamants. S'y trouvent une paire de boucles d'oreilles, un collier, une bague. Manque de chance pour le fraudeur: les douaniers mettent la main sur l'ensemble. Ce qui pose un problème immédiat puisque tout bien ramené de l'étranger dont la valeur est supérieure à 1000 dollars (ou 930 euros) doit être déclaré en amont. Il aurait donc fallu déclarer le coffret. Et pour cause: il chiffre à trois millions d'euros, signale Le Monde. La joaillerie, griffée Chopard, est donc saisie.

L'objectif de cette volonté de dissimulation est évident. Il s'agissait pour Jair Bolsonaro de s'éviter de payer la moitié de la valeur du produit en droits de douane, ou d'avoir à le confier au Trésor public.

Tentatives de récupération

La probité des douaniers suscite en tout cas l'ire de celui qui est encore président du Brésil à l'époque. Ses envoyés font même plusieurs fois le déplacement jusqu'à l'aéroport au cours des mois suivants - jusque trois jours avant l'expiration de son mandat - pour les adoucir et récupérer le grisbi. Ceux-ci refusent.

Jair Bolsonaro était en revanche en possession d'un (petit) lot de consolation, comme l'a également découvert la presse brésilienne. Il disposait d'autres bijoux, évalués cette fois à 70.000 euros, et qui étaient quant à eux passés à l'as. Devant la bronca médiatique, et les menaces judiciaires, il les a finalement rendus.

Passer du soupçon à la certitude

Cette restitution n'éteint pas l'action de la justice. La police fédérale, la Cour des comptes, et le parquet se sont emparés du dossier. Jair Bolsonaro est même visé par deux enquêtes distinctes, précise ici TF1. Des parlementaires poussent à l'ouverture d'une commission d'enquête.

Au Brésil, on est de surcroît dubitatif quant au désintéressement de tels présents de la part de la dynastie saoudienne. Surtout vu la cordialité de Jair Bolsonaro à l'égard de Mohamed Ben Salmane tandis que celui-ci était cornérisé sur la scène internationale en raison des atteintes aux droits de l'Homme commises par la monarchie et du meurtre du journaliste Jamal Kashoggi.

Le doute se nourrit d'éléments plus tangibles. Le triplement des importations en provenance de l'Arabie saoudite entre 2019 et 2022 - qui ont atteint 5 milliards d'euros - et la vente à un prix dérisoire par Petrobras d'une raffinerie à un fonds d'investissement dubaïote, émirat proche de l'Arabie saoudite et pas seulement géographiquement. Autant de transactions qui peuvent alourdir le regard sur les cadeaux du prince, et leur donner des airs de backchich. Le Monde, qui a listé ces accords, cite encore un haut-fonctionnaire proche du dossier: "Trois millions d’euros, c’est un montant totalement inhabituel pour un cadeau entre chefs d’État".

À la justice maintenant de lever les soupçons pour dégager quelques certitudes.

Article original publié sur BFMTV.com