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« Je suis devenue femme au foyer, et c’est bien plus difficile que ce que j’imaginais » - Témoignage

« Je suis partie en congé maternité rêveuse, en pensant à tout ce que je pourrais faire après la naissance de ma fille. Deux ans plus tard, je ris de ma propre naïveté. »
Oliver Rossi / Getty Images « Je suis partie en congé maternité rêveuse, en pensant à tout ce que je pourrais faire après la naissance de ma fille. Deux ans plus tard, je ris de ma propre naïveté. »

TÉMOIGNAGE - Je n’avais jamais imaginé devenir mère au foyer un jour, mais quand mon conjoint et moi avons décidé d’avoir un enfant, l’idée m’est venue directement. Petite, j’ai souffert de l’absence de mes parents, très pris par leur travail, et j’avais envie de pouvoir offrir l’inverse à mon enfant en étant disponible en permanence.

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Financièrement, cela semblait possible : mon mari et moi avons un style de vie très simple, et nous pouvions nous en sortir avec son seul salaire. Parallèlement, j’avais beau aimer mon travail, je pouvais imaginer ma vie sans. Devenir mère au foyer était une option.

Se protéger financièrement

En parler n’a pas été facile. Tiraillée entre les discours misogynes qui estiment que les femmes au foyer sont des profiteuses et ceux qui les considèrent comme des femmes soumises et manipulées, j’ai appréhendé le moment de proposer ce mode de vie à mon partenaire. Bonne surprise, il était ouvert à cette idée.

Faire ce choix implique de renoncer à un salaire et à sa retraite, et ce n’est pas rien. La première question que nous nous sommes posée a donc été de savoir comment me protéger financièrement. D’abord, nous nous sommes mariés pour avoir un minimum de sécurité en cas de décès ou de séparation. Ensuite, nous avons acheté une maison pour qu’en cas de gros problème, je puisse y vivre ou la revendre. Enfin, nous avons décidé de mettre nos économies majoritairement sur mon compte en banque. C’est symbolique, puisque nous gérons notre budget ensemble, mais c’est une belle preuve de confiance de la part de mon mari, et c’est une sécurité pour moi.

La réalité est bien plus chaotique que ce que j’imaginais

Je suis partie en congé maternité rêveuse, en pensant à tout ce que je pourrais faire après la naissance de ma fille. Deux ans plus tard, je ris de ma propre naïveté. Je m’imaginais vivre dans une maison ultrapropre avec des bouquets de fleurs fraîches partout, passer énormément de temps avec ma fille tout en ayant le temps de cuisiner des plats élaborés chaque jour, faire un potager… Le tout en étant très sereine, comme les « tradwives » américaines sur les réseaux sociaux.

La réalité a été bien plus chaotique. Après la naissance de ma fille, quand mon mari a repris le travail, j’avais extrêmement peur qu’il se dise que je ne faisais rien de mes journées et je me suis mis énormément de pression. Les premiers temps ont été durs : en plus des chamboulements que sont l’arrivée d’un bébé et la responsabilité de cette petite vie, il y avait l’épuisement. Ma fille se réveillait toutes les deux heures, j’essayais d’allaiter et ça ne fonctionnait pas tellement… Impossible pour moi de me reposer ou de m’occuper de la maison et des repas. Je me sentais absolument nulle sur tous les points.

Mon mari avait beau me rappeler sans cesse qu’il ne fallait pas avoir autant d’attentes, j’avais l’impression d’être une mauvaise personne et de l’exploiter.

Accepter un nouveau rythme

Dans le même temps, je découvrais une quantité ménage à faire bien plus élevée que ce que j’imaginais. Saviez-vous qu’un bébé qui vit 24 heures/24, 7 jours/7 dans votre maison multiplie par dix le ménage et le rangement ? Moi, je n’y avais pas pensé une minute ! Je ne me rendais pas compte que quand un enfant est en crèche la journée, le ménage à faire n’est pas du tout le même que lorsqu’il a tout le loisir de retourner la maison en continu.

D’autant plus que nos choix éducatifs n’étaient pas les plus simples. Plats faits maison, balade tous les jours pour prendre l’air, motricité libre… Et moi, je refusais de prendre des pauses quand ma fille dormait en me disant « celles et ceux qui sont au bureau toute la journée ne font pas de sieste ». J’avais peur de ne pas réussir à en faire assez ou autant que les autres, et je pensais qu’il fallait que je sois à fond de 8 heures à 18 heures comme si j’étais encore salariée. Avec le recul, ça me semble idiot : c’est le meilleur moyen de s’effondrer tant ces rythmes n’ont rien à voir !

La société est dure avec les parents et les enfants

Devenir mère au foyer a aussi eu un impact sur ma vie sociale. J’ai toujours été assez introvertie, et je n’imaginais pas à quel point l’isolement me toucherait. La société peut être brutale avec les parents : si je sors avec ma fille et qu’elle fait du bruit, je reçois des regards mauvais, dans les transports, on me fait comprendre que ma poussette gêne, il y a peu d’endroits adaptés aux enfants… C’est sur les réseaux sociaux que j’ai trouvé le soutien et l’aide dont j’avais besoin, auprès d’autres mères.

Après un an, j’ai sorti la tête de l’eau. J’ai accepté que mon rythme de vie devait être en lien avec celui de mon bébé : m’autoriser à dormir avec elle contre moi, me laver avec elle, profiter du temps long qu’une vie au foyer permet d’avoir.

Ma fille a grandi, et j’ai appris à prendre du recul sur mon rôle. Pas besoin de rejouer La Petite maison dans la prairie, tant pis s’il y a un peu de poussière, tant pis si je n’ai pas préparé un repas de luxe. J’ai accepté que la vie de mère au foyer était chaotique. Loin des images calmes des réseaux sociaux, je vis dans le bruit permanent, l’agitation. Mon emploi du temps change en fonction des évolutions de mon bébé, et je sais que je n’aurais pas de jour de congé ou des vacances. Nous n’avons pas de famille pour prendre le relais, et financièrement, une nounou n’est pas envisageable.

Lutter contre les clichés sur les femmes au foyer

J’ai toujours énormément à faire, du rangement au ménage, de l’intendance aux courses, de l’éveil de ma fille aux rendez-vous médicaux, le tout avec en permanence un petit être plein de vie qui ne demande qu’une chose : participer. Et même si certaines choses prennent 20 minutes au lieu de trois, je goûte à ce plaisir de vivre plus lentement.

La répartition des tâches avec mon mari est devenue plus fluide. Plutôt que de partir du principe que je dois tout faire et culpabiliser, j’accepte de déléguer. Nous nous organisons de manière souple : si je sens que je n’y arrive plus, nous nous ajustons.

J’essaye de m’exprimer et de lutter contre les discours clichés sur les parents et surtout les mères au foyer. Nous ne sommes pas des feignantes aigries, nous ne sommes pas non plus des saintes sacrificielles que toutes les femmes devraient imiter. Au foyer, au travail, toutes les organisations sont les bonnes tant qu’elles sont des choix. Et je n’ai jamais regretté le mien, même dans les moments difficiles.

Par contre, j’ai regretté de voir à quel point les enfants étaient vus comme des indésirables. J’ai regretté de voir à quel point le travail des assistants et assistantes maternelles, des nounous est très largement sous-estimé. J’ai regretté de ne pas avoir su soutenir les nouveaux parents dans mon entourage avant d’avoir vécu tout cela. Et j’espère qu’un jour, la société acceptera les parents au foyer et les enfants comme ce qu’ils sont, des acteurs à part entière de celle-ci.

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