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Dette : comment l’exécutif cherche à sauver la face sur le Budget

Alors que le déficit public s’annonce plus grave que prévu, l’exécutif s’agite pour trouver la parade économique. Et politique.

POLITIQUE - Un vent de panique est-il en train de gagner de Bercy et l’Élysée ? La question peut se poser au regard de la révision à la hausse du déficit public qui, selon le ministre délégué aux Comptes publics Thomas Cazenave, devrait être « supérieur à 5 % » du PIB. Or, il y a moins d’un moins, l’exécutif tablait encore sur son objectif fixé à 4,4 %, même en prenant en compte le ralentissement de la croissance et les 10 milliards d’euros d’économies annoncées par Bruno Le Maire pour contenir le dérapage.

Selon Les Échos, l’exécutif travaille désormais sur un scénario à 5,6 % du PIB. Preuve de la gravité de la situation, Emmanuel Macron a réuni mercredi soir ministres et cadres de la majorité pour trouver des solutions et éviter les procès en amateurisme déjà instruits par les oppositions. « On doit faire face à un choc économique conjoncturel lié notamment à la géopolitique. On assume et on dit la vérité aux Français », a déclaré le chef de l’État, selon des propos rapportés par l’AFP. Selon l’agence de presse et Le Parisien, Emmanuel Macron voudrait éviter de passer par un projet de budget rectificatif : trop risqué au regard de la majorité relative à l’Assemblée, avec l’hypothèse d’une censure en cas de 49-3.

Le couperet des agences de notation

Pour se sortir du bourbier, l’exécutif explore deux pistes : la première consiste à aller piocher dans les dépenses sociales (dans le contexte où Gabriel Attal a déjà annoncé sa volonté de rouvrir le dossier de l’assurance chômage) et celles des collectivités territoriales. Le temps presse. Car le couperet de la notation des agences Fitch et Moody’s sur la dette française est attendu pour la fin du mois d’avril. Autant dire demain, vu de Bercy. Reste qu’au-delà de la crédibilité économique de la France, l’exécutif doit aussi assumer les dommages politiques de ce dérapage de la dette.

Pour y faire face, le ministre de l’Économie a invité les oppositions à Bercy fin avril. L’idée : donner l’image (factice) d’une co-construction du Budget avec les autres forces politiques, avec – pourquoi pas – la possibilité d’assumer à plusieurs des mesures impopulaires. « Moi je ne prépare pas tout seul le budget dans mon bureau à Bercy. Ça ne marche pas comme ça », a affirmé sur franceinfo ce jeudi Thomas Cazenave, alors que plusieurs pistes avancées par les oppositions sont d’ores et déjà balayées par l’exécutif. « Il faut écarter la tentation de Venise d’une hausse d’impôt. Quand on commence par taxer les milliardaires, ça finit toujours par retomber sur les classes moyennes », confirme dans Le Figaro Mathieu Lefèvre, député Renaissance, alors que la gauche presse le gouvernement d’agir en ce sens.

Mais tandis que l’exécutif se refuse à actionner le levier des recettes pour renflouer les caisses, l’idée commence à faire son chemin dans la majorité. « Il va y avoir forcément une question de fiscalité (...). On pense que les ultra-riches doivent faire plus en ce moment », souligne auprès de l’AFP le député MoDem Bruno Millienne. Même argument utilisé par Jean-Paul Mattei, président du groupe MoDem à l’Assemblée, qui plaide dans La Tribune pour la hausse de la « flat tax » instaurée en 2018, ce qui permettrait d’augmenter la taxation des revenus du patrimoine. Soit l’argent de la rente qui ne participe pas (ou peu) à l’activité économique.

Sous le feu des critiques

Des pistes auxquelles l’exécutif est toujours resté sourd, préférant, sur le plan des recettes, mettre en avant la lutte contre la fraude. « C’est plus difficile, c’est peut-être moins rapide, c’est sans doute moins visible, mais c’est plus juste », a salué Gabriel Attal lors de la présentation mercredi 20 mars à Bercy des résultats qu’il juge « historiques » en la matière. Une affirmation qui a fait bondir plusieurs élus socialistes, qui contestent un mode de calcul prenant en compte les sommes en recouvrement (et non uniquement recouvrées) et affirment que le record en la matière avait été établi sous François Hollande. L’ancien secrétaire d’État au Budget, Christian Eckert, va même jusqu’à qualifier le Premier ministre de « menteur ».

En attendant, c’est la crédibilité économique de l’exécutif qui est remise en cause. Réagissant à l’invitation des groupes parlementaires par Bercy, Marine Le Pen a sorti les griffes : « Bruno Le Maire a quand même tous les culots ! La Macronie a ruiné la France et ose demander “des comptes” à l’opposition. » Président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau a affirmé sur Sud Radio avoir tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme.

« Ça fait des mois et des mois que nous les avons avertis. Nous avons dit que le budget 2023 était insincère. On nous présentait à 1,4 % de croissance. Ils le savaient, jamais l’économie française ne pouvait faire 1,4 %. Le consensus des grands établissements économiques, c’était autour de 0,8 % », a fustigé l’élu vendéen. Des critiques qui ne manqueront pas de redoubler d’intensité si la note de la France venait à être dégradée fin avril.

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