Dembélé, à point nommé

ÉQUIPE DE FRANCE – Revenu du diable vauvert après avoir passé de longs mois à l’infirmerie, la recrue phare de l’été catalan a su hausser son niveau de jeu au meilleur des moments. Suffisamment tôt en tout cas pour gratter du temps de jeu au Barça, et convaincre Didier Deschamps de l’intégrer dans sa liste des 23 à trois mois du Mondial. Le sens du timing, il n’y a que cela de vrai.

Ousmane Dembélé a l’habitude des contre-la-montre. En jeune homme pressé, il n’a laissé s’écouler que 21 mois entre son premier match pro avec Rennes, le 6 novembre 2015, et son transfert au Barça en août dernier. Le temps pour l’ailier gauche d’aguicher la Ligue 1 pendant six mois, et de flirter une saison avec la Bundesliga sous le maillot du Borussia Dortmund. Une idylle brève mais intense – 8 buts et 18 passes décisives en 42 matchs disputés avec le BvB – qui lui a suffi à s’attirer les faveurs d’un prétendant d’un tout autre calibre l’été dernier. Le grand Barça, orphelin de Neymar, n’a en effet pas hésité longtemps avant de signer le chèque de 105M€ (plus 45 de bonus) réclamé par le club allemand en échange de son prodigieux draxter.

Habitué à ne pas perdre de temps pour faire admirer sa pointe de vitesse, Dembélé a pourtant dû apprendre la patience pour la première fois de sa jeune carrière lors de ses premiers mois en Espagne. En cause : une rupture du tendon fémoral de la cuisse gauche intervenue dès le troisième match de la saison en Liga, qui l’a laissé sur le flanc du 15 septembre au 2 janvier dernier. Coup dur pour le prodige normand et pour les Culés, qui espéraient sans doute autre chose des débuts du quatrième transfert le plus cher de l’histoire. Coup double, surtout, lorsque le 14 janvier, le gamin récidive face à la Real Sociedad, et s’adjuge un nouveau séjour de trois semaines à l’infirmerie.

Fast-food et accident industriel

A l’approche de son retour à la compétition, le 10 février dernier, le bilan est rude : une feuille de stats presque vierge, seulement 292 minutes passées sur le pré, et 134 jours d’I.T.T en six mois et demi passés en terre catalane. Des standards plus proche de ceux d’un Gareth Bale moribond que de la pépite brésilienne qu’il était censé suppléer à son arrivée. En Espagne, l’enthousiasme gourmand des débuts a depuis longtemps cédé sa place au scepticisme. La fragilité manifeste de son corps interroge. Tout comme son hygiène de vie – Dembélé aurait davantage d’appétence pour les fast-food que pour les légumes vapeur. De là à crier à l’accident industriel, il y a pourtant un pas que personne ne se hasarde à franchir.

Car en Catalogne, on sait au fond que le jeune homme est un bijou. Un diamant brut, poli la saison passée par l’entraîneur du BvB, Thomas Tuchel, qui a su révéler son éclat, en le poussant à affiner ses dribbles et sa qualité de transmission, tout en préservant sa créativité. Certes, à 20 ans à peine, Dembélé a encore des progrès à faire – notamment dans le travail défensif, comme l’a relevé Ernesto Valverde avant le match contre l’Atletico -, et l’arrivée de Philippe Coutinho lors du mercato hivernal aurait pu retarder son éclosion en terre catalane.

Briller sur scène

Il n’en a rien été. Car l’ex-Rennais n’est pas joueur à laisser filer sa chance. Condamné à voir Messi rompre son mutisme face à Chelsea à Stamford Bridge depuis le banc de touche, au match aller des 8è de finale de la C1, « Ous’ » a attendu le moment opportun pour briller sur la plus prestigieuse des scènes, et sceller son entente naissante avec le boss. Plus précisément, la 20è minute de la manche retour contre les Blues au Camp Nou. Idéalement servi par la Pulga à l’entrée de la surface de Thibaut Courtois, le néo-Barcelonais a pris tout son temps pour ajuster le portier belge, donner de l’air à la bande à Iniesta, et effacer quelques doutes persistants.

Depuis, la machine ne s’est pas enrayée. Passeur décisif face à Gérone pour son premier match plein de la saison, et contre Malaga deux semaines plus tard, Dembélé a soigné ses copies ces dernières semaines. Bilan : 1 but et 3 assists en 271 minutes de jeu. Apparemment rassuré par ses performances, Didier Deschamps n’a d’ailleurs pas hésité à intégrer l’ailier français du Barça à la liste des 23 Bleus qui disputeront prochainement les joutes amicales contre la Colombie et la Russie. De bon augure pour le n°11 catalan, à trois mois du coup d’envoi de la Coupe du monde. D’autant plus que le sélectionneur des Bleus s’est montré prévenant à son égard lors de son point presse de lundi à Clairefontaine : « L’été a été très compliqué pour lui, ce qui l’a empêché d’être là en septembre, avant sa blessure puis sa légère récidive, a-t-il expliqué à nos confrères de L’Equipe. Mais il est bien revenu, il a pu enchaîner quelques matchs, et ses dernières performances prouvent bien qu’il a retrouvé des jambes, du jus, avec ses caractéristiques spécifiques de vitesse, sa capacité à éliminer. Et s’il fait marquer et qu’il marque c’est encore mieux. » Cela tombe bien : en ce moment, Dembélé a l’air pressé de gonfler sa feuille de stats.

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