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Démission du recteur de Paris : un camouflet de plus pour la ministre de l’Éducation Amélie Oudéa-Castéra

Recteur de l’académie de Paris depuis juillet 2020, Christophe Kerrero s’en va après avoir été désavoué par son ministère sur un projet de réforme des classes prépas.

Face à la décision d’Amélie Oudéa-Castéra concernant son projet de réforme des classes prépas, le recteur de Paris Christophe Kerrero claque la porte.
THOMAS COEX, ALAIN JOCARD / AFP Face à la décision d’Amélie Oudéa-Castéra concernant son projet de réforme des classes prépas, le recteur de Paris Christophe Kerrero claque la porte.

ÉDUCATION - Les jours se suivent et se ressemblent pour la nouvelle ministre de l’Éducation nationale. Empêtrée dans une série de polémiques depuis sa nomination dans le gouvernement de Gabriel Attal, la ministre Amélie Oudéa-Castéra doit faire face à un nouveau coup dur avec la démission de l’un des plus hauts cadres de l’Éducation nationale.

Le recteur de Paris Christophe Kerrero démissionne, face au projet controversé de réforme des classes prépa

Ce vendredi 2 février, le recteur de Paris Christophe Kerrero a surpris en annonçant sa démission dans une lettre adressée aux personnels de l’académie. Cette décision -très rare pour un recteur- est une conséquence directe des choix du ministère dirigé par Amélie Oudéa-Castéra depuis le début de l’année civile.

« Je quitte aujourd’hui mes fonctions de recteur de l’académie de Paris, quand notre école est en proie au doute, et que la situation exige pourtant la mobilisation de chacun de ses acteurs », a écrit ce vendredi le désormais ex-recteur de la capitale.

Christophe Kerrero était en effet porteur d’une réforme des classes prépas, destinée à introduire davantage de mixité sociale, avec la fermeture de plusieurs classes préparatoires à la rentrée 2024 pour en ouvrir trois autres à vocation « plus sociale ». Pourtant, son projet a été visé par un « moratoire » du ministère ce mercredi. Un désaveu complet, qui l’a poussé à démissionner.

Selon une source proche du rectorat, « M. Kerrero ne pouvait pas continuer à porter la carte scolaire après que la ministre Oudéa-Castéra l’a désavoué sans l’en prévenir dans une instance qui est le Conseil supérieur de l’éducation ».

« Que la ministre tranche dans le sujet de la carte nationale des classes prépas, cela fait partie de ses prérogatives, mais cela aurait pu être amené autrement », a également réagi auprès de l’AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU pour les collèges et lycées.

Des mesures « soutenues et financées »

Quelques heures avant l’annonce de Christophe Kerrero, Amélie Oudéa-Castéra, en pleine tourmente médiatique et politique, avait été interrogée au micro de TF1 quant à son avenir Rue de Grenelle. Elle avait toutefois assuré ne pas « song(er) à démissionner ». Mise au courant de la décision du recteur de Paris, c’est finalement sur X (ex-Twitter) que la ministre a réagi, affirmant « prendre acte » de sa décision.

« Toutes les mesures de soutien des élèves en termes de promotion et de mixité sociale prises par le recteur de Paris sont soutenues et financées », confirme pourtant l’entourage de la ministre.

« Le rectorat de Paris avait envisagé trois fermetures de classes pour financer ces initiatives. La ministre assume son choix de lancer un moratoire sur ces fermetures, et de soutenir ainsi plus fortement encore le projet social du rectorat et l’offre existante », précise-t-il à l’AFP.

Au départ, le rectorat avait décidé de fermer trois classes préparatoires aux grandes écoles : une prépa aux écoles de commerce (prépa ECG) au lycée Jacques Decour, dans le IXe arrondissement, une classe de première année littéraire (hypokhâgne) au lycée Lamartine (IXe) et une de deuxième année littéraire (khâgne) au lycée Chaptal (VIIIe).

Une casserole de plus pour les syndicats

Si la fermeture des classes prépas n’était pas forcément soutenue par les syndicats et les étudiants, comme l’indique Jean-Rémi Girard, du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), d’autres solutions semblaient pourtant envisageables pour éviter cette démission : « Je suis certain que des marges budgétaires étaient possibles à trouver pour ouvrir celles que proposait M. Kerrero, qui en plus se tournaient vers les lycéens professionnels ».

Le syndicaliste affirme au passage comprendre et soutenir la décision du recteur : « Ça nous paraît même sain pour un haut fonctionnaire de faire ça ». Sophie Vénétitay ajoute que cette démission particulièrement rare est un acte « très fort » et donc « une pierre de plus dans le jardin pour la ministre ». En d’autres termes, cette nouvelle casserole de la ministre pourrait lui coûter cher, au moment où son poste est plus menacé que jamais.

« Si on lit en creux le message du recteur, on note aussi un désaccord de fond sur les questions de mixité sociale et réussite des élèves. Les classes prépas ont été la goutte d’eau », conclut la secrétaire générale du Snes-FSU collège lycée.

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