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La « déforestation sous-marine » émet presque autant de CO2 que les émissions de la France chaque année

Grâce à un filet traîné le long du fond de l’océan,le chalutage permet de capturer des espèces comme la sole ou la langoustine, mais il libère également beaucoup de carbone.
Europa Press News / Europa Press via Getty Images Grâce à un filet traîné le long du fond de l’océan,le chalutage permet de capturer des espèces comme la sole ou la langoustine, mais il libère également beaucoup de carbone.

CLIMAT - C’est un phénomène « trop important pour être ignoré ». En publiant une nouvelle étude ce jeudi 18 janvier, un groupe de chercheurs alerte sur l’impact d’une technique de pêche particulière : le chalutage de fonds. Grâce à un filet traîné le long du fond de l’océan, cette méthode permet de capturer nombre d’espèces marines, comme la sole ou la langoustine.

Cette pratique est largement dénoncée par les écologistes et les activistes pour le climat pour plusieurs raisons : elle est gourmande en carburant, mobilise de lourds équipements, récolte tous les êtres vivants sans faire de distinction, et laisse les fonds marins en piteux état. Les chercheurs alertent désormais à nouveau, dans une nouvelle étude, sur la libération de CO2 que génère cette activité.

En effet, « le fond de l’océan est le plus grand réservoir de carbone au monde. Si nous voulons réussir à stopper le réchauffement de la planète, nous devons laisser les fonds marins riches en carbone intact », expliquait déjà en 2021 à l’Agence France Presse l’autrice de l’étude en question, Trisha Atwood, de l’Utah State University. « Pourtant, chaque jour, nous raclons les fonds marins, appauvrissons sa biodiversité et mobilisons du carbone millénaire, exacerbant ainsi le changement climatique », ajoutait-elle.

Des émissions comparables à celles de la France

Dans sa nouvelle étude, parue ce jeudi, la chercheuse donne désormais une estimation chiffrée des émissions de CO2 induites par le chalutage, et le résultat est impressionnant, « trop important pour être ignoré », souligne l’association de protection des océans Pristine Seas. Chaque année, la pêche par chalutage rejette dans l’atmosphère 370 millions de tonnes de dioxyde de carbone.

Pour donner un ordre d’idée de l’importance de ce chiffre, cela revient à dire que cette méthode de pêche participe au réchauffement climatique au même niveau que la France. En effet, en 2022, la France a émis 403,8 millions de tonnes équivalent CO2* de gaz à effet de serre, et son objectif pour 2030 est d’émettre 311(Mt) de CO2e.

L’équivalent d’une « déforestation marine »

Le problème n’est pas nouveau : entre 1996 et 2020, les chercheurs estiment que le chalutage de fonds a rejeté dans l’atmosphère entre 8,5 et 9,2 milliards de tonnes de CO2. Les scientifiques comparent cette méthode à une « déforestation marine » qui cause des « dommages irréparables » pour le climat.

Selon leur étude, 55 à 60 % du dioxyde de carbone libérée des fonds marins par les chalutiers et actuellement contenu dans l’eau se retrouvera dans l’atmosphère dans les neuf prochaines années. Par ailleurs, ce carbone libéré des fonds marins provoque une acidification locale des océans, ce qui réduit leur capacité à absorber le carbone.

« Notre étude est la première à montrer que plus de la moitié du carbone libéré par le chalutage de fond finit par s’échapper dans l’atmosphère sous forme de CO2 en l’espace d’une dizaine d’années, contribuant ainsi au réchauffement de la planète », s’est réjoui Trisha Atwood. Car au-delà du chiffre désolant, cette étude donne aussi selon elle « une solution importante pour le climat ».

Au début de l’année 2023, l’Union européenne avait ambitionné d’interdire le chalutage de fonds dans les aires marines protégées. La mesure avait largement été saluée par les associations et une partie de la communauté scientifique. Le texte avait finalement été abandonné, suite à une vaste mobilisation de la profession dénonçant les pertes économiques engendrées par un tel règlement.

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*L’unité « tonne équivalente de CO2 » est utilisée pour mesurer les émissions de tous les gaz à effet de serre en équivalents CO2, en prenant en compte leur potentiel de réchauffement global. Cela permet de comparer les impacts climatiques de différentes émissions de gaz à effet de serre en les ramenant à une unité commune, le dioxyde de carbone (CO2).

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