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Pour défendre l’IVG dans la Constitution, Éric Dupond-Moretti a convoqué trois grandes figures du féminisme

POLITIQUE - Elles n’étaient pas là, mais leurs voix ont résonné. À la tribune de l’Assemblée nationale ce mercredi 24 janvier, le Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti s’en est remis aux mots d’Annie Ernaux, Simone de Beauvoir et Simone Veil, trois figures du féminisme français, pour défendre l’inscription dans la Constitution de la liberté d’avorter. Ce, alors que des voix continuent à s’élever contre.

Simone Veil « contre » l’inscription de l’IVG dans la Constitution ? Ce n’est pas si simple que ça

C’est en citant le livre L’Évènement d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022, que le ministre de la Justice a commencé son discours. « Les filles comme moi gâchaient la journée des médecins. Elles les obligeaient à se rappeler la loi qui pouvait les envoyer en prison et leur interdire d’exercer pour toujours » a commencé Éric Dupond-Moretti, lisant un extrait de ce récit autobiographique où l’autrice évoque son avortement clandestin dans les années 60, comme le montre notre vidéo ci-dessus.

« Ces mots pourraient être ceux (...) de toutes les femmes qui ont vécu dans leur chair l’interdiction de l’avortement. Ce sentiment de ne pas pouvoir disposer de son corps. Ces mots et la souffrance qu’ils définissent nous obligent », a souligné le ministre avant d’évoquer les États-Unis où en 2022, une décision de la Cour Suprême a considérablement amoindri le droit à l’IVG.

Cet exemple « rend plus que jamais criants de vérité les mots de Simone de Beauvoir rapportés par Claudine Monteil. “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis, vous devrez rester vigilants votre vie durant” », a poursuivi le ministre.

« Je ne suis pas de ceux, de celles, qui redoutent l’avenir »

Défendue par les parlementaires de la majorité comme ceux de gauche, l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution a une première fois été votée par l’Assemblée nationale. Le projet a ensuite été repris par la présidence de la République afin d’accélérer le processus via un vote du Congrès.

Plébiscité par les Français, il se heurte cependant aux réticences de la droite. Le président du Sénat Gérard Larcher a redit la veille son opposition à la constitutionnalisation de ce droit fondamental, estimant que « l’IVG n’est pas menacée dans notre pays ».

Ce à quoi Éric Dupond-Moretti a indirectement répondu, en citant celle qui a fait inscrire dans la loi le droit à l’avortement, Simone Veil. Le Garde des Sceaux a plus particulièrement cité le discours de la ministre de la Santé alors qu’elle se trouvait à la même place le 26 novembre 1974. Face à des députés partagés, elle déclarait : « Mesdames, messieurs les députés, je ne suis pas de ceux, de celles, qui redoutent l’avenir ».

« Presque 50 ans après la légalisation de l’avortement, j’aimerais tant vous dire que moi non plus, je ne redoute pas l’avenir (...) et les incertitudes qu’il charrie parfois » a déclaré Éric Dupond-Moretti. Mais « qui peut aujourd’hui garantir que ce qui s’est produit outre-Atlantique ne pourrait pas se produire en France ? Le pire n’est jamais certain, le meilleur non plus », a ajouté le ministre, justifiant ainsi la nécessité de graver dans le marbre l’IVG.

Éric Dupond-Moretti veut rassurer Gérard Larcher

Par la suite, il s’est directement adressé au sénateur des Yvelines. « J’ai entendu aussi la crainte du président Gérard Larcher que la Constitution ne devienne “un catalogue de droits sociaux et sociétaux”. Je partage sa crainte », a affirmé le ministre. « Oui, la Constitution doit demeurer (...) le recueil de nos libertés fondamentales. La liberté de recourir à l’IVG y a toute sa place », a-t-il poursuivi.

Il a aussi tenu à « rassurer » les parlementaires échaudés par le calendrier prévu qui supposerait un passage sans modification du texte au Sénat. Car, pour réviser la Constitution, il faut que les deux chambres s’accordent sur un texte commun – ici la « liberté garantie » de recourir à l’IVG et non « le droit » comme l’avaient voté les députés – avant qu’un Congrès les réunissant l’adopte à une majorité qualifiée de 3/5e des voix.

Or, le gouvernement s’était empressé mi-décembre de proposer un Congrès à Versailles le 5 mars, heurtant certains parlementaires, notamment au Sénat, où la droite y a vu une pression pour qu’elle se range à la formulation proposée par le gouvernement. « Nous prendrons le temps qu’il faut pour aller au bout de cette révision », a insisté Éric Dupond-Moretti, répétant que cette dernière ne créerait pas de « droit absolu et sans limite ».

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