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Avec sa déclaration de politique générale, Gabriel Attal achève sa mue à droite devant l’Assemblée

POLITIQUE - Si près de trois kilomètres séparent le bureau de Nicolas Sarkozy, rue de Miromesnil, à l’Assemblée nationale, l’ombre de l’ancien chef de l’État semblait se projeter derrière Gabriel Attal lors de sa déclaration de politique générale ce mardi 30 janvier.

Durant plus d’une heure de discours prononcé avec un débit parfois mitraillette, le chef du gouvernement a multiplié les vocables chers à la droite, confirmant l’orientation privilégiée par Emmanuel Macron durant sa conférence de presse et par la composition de son gouvernement.

Souhaitant « affronter pour avancer », et après avoir longuement vanté le bilan d’Emmanuel Macron depuis 2017 sur le front du chômage, de la réindustrialisation ou de la sécurité, le Premier ministre a placé son action sous le signe du travail qui « doit toujours payer mieux que l’inactivité ».

Un discours adressé aux « Français qui ont le sentiment d’avoir tous les devoirs, quand d’autres ont tous les droits », a assumé Gabriel Attal, qui a annoncé la généralisation du dispositif de conditionnement du RSA à « 15 heures d’activité pour l’insertion » dans tous les départements d’ici 2025, une (nouvelle) réforme de l’assurance chômage, la suppression de l’allocation de solidarité spécifique en autres mesures censées « déverrouiller le travail ».

Lutte contre « le fardeau des normes »

Martelant les termes « produire », « alléger » ou « débureaucratiser », Gabriel Attal promet une « simplification drastique » contre « le fardeau des normes », et confirme la volonté de l’exécutif d’instaurer des primes au mérite dans la fonction publique. « Personne ne réclame le droit à la paresse », a-t-il lancé devant la députée EELV Sandrine Rousseau, alors que son arsenal de mesures droitières faisait bondir sur les bancs de la gauche.

Difficile de ne pas voir une forme de filiation avec « la France qui se lève tôt » de Nicolas Sarkozy, qui promettait en son temps de « travailler plus pour gagner plus ».

« Nous engagerons après l’été une nouvelle étape de la réforme du droit du travail. Avec un objectif clair : libérer les énergies de nos TPE et PME, simplifier considérablement leur quotidien et leur permettre de négocier certaines règles directement, entreprise par entreprise », a insisté Gabriel Attal, reprenant à son compte des propositions défendues de longue date par Les Républicains, tout comme la baisse d’impôts déjà annoncée de deux milliards d’euros à l’égard des classes moyennes.

« Libérer les énergies »

Mêmes inspirations lorsqu’il s’agit d’évoquer la dette, se fixant pour objectif de « repasser sous les 3 % de déficit public d’ici 2027, grâce à plus de croissance, plus d’activité et à la maîtrise de nos dépenses ; pas grâce à trop d’impôts ». Reprenant la promesse faite par Élisabeth Borne sur la réforme de l’aide médicale d’État (réclamée à cor et à cri par la droite et l’extrême droite), Gabriel Attal a annoncé que ce chantier sera ouvert « avant l’été » par voie réglementaire.

Dans la lignée du « réarmement civique » promis par Emmanuel Macron, le chef du gouvernement a annoncé la création de « travaux d’intérêt éducatif » et confirmé la volonté de généraliser le port de l’uniforme à l’école. Et de piocher dans le catalogue des lieux communs pour résumer son état d’esprit au sujet de la délinquance : « Tu casses, tu répares. Tu salis, tu nettoies. Tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter ». À deux doigts de sortir le Kärcher.

« Les mots sont enfin de droite »

Autant de référentiels qui clarifient un virage à droite, comme s’en réjouit le député Renaissance de l’Ain, Damien Abad, ex-président du groupe LR à l’Assemblée nationale. « Si certains doutaient encore du cap clairement à droite du Premier ministre, il suffit d’écouter sa déclaration de politique générale. La ligne politique est claire : travail, autorité, défense des classes moyennes et civisme », s’est félicité sur le réseau social X (ex-Twitter) l’éphémère ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.

Même l’opposition de droite semble touchée par ces appels du pied assumés. « Les mots sont enfin de droite. Les actes le seront-ils ? Offrons à ce discours le bénéfice du doute », estime sur le même réseau social le député LR de la Loire, Antoine Vermorel-Marques. La gauche ne s’y trompe pas, en le dépeignant immédiatement en Margaret Thatcher version 2024. De quoi envisager une convergence avec la droite qui dégagera le barrage politique instauré par la majorité relative à l’Assemblée nationale ?

Durant ce grand oral, Gabriel Attal a utilisé une métaphore maritime pour résumer sa situation. « À ceux qui veulent y voir notre triangle des Bermudes, j’y vois notre Cap Horn », a lancé le Premier ministre. Sait-il que la zone est considérée comme l’une des plus dangereuses à naviguer ? Reste à savoir si, en période de gros temps et de majorité relative, les coups de barre à droite lui suffiront à maintenir son projet politique à flot.

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