"Les crimes du futur" de David Cronenberg est-il vraiment le film à scandale qu'on imaginait?

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FESTIVAL DE CANNES - À chaque Festival de Cannes, son film scandale. Alors, depuis l’annonce de la sélection de cette 75e édition, beaucoup misaient sur le retour du cinéaste David Cronenberg pour marquer les esprits. Son thriller gore Les crimes du futur a été présenté en compétition ce lundi, et sort au cinéma ce mercredi 25 mai. Mais est-il aussi choc qu’on l’attendait?

Le film, dans un futur indéterminé “post-catastrophe”, un monde en ruine où la douleur a été abolie, met en scène l’acteur fétiche du réalisateur, Viggo Mortensen (A History of Violence, 2005; Les Promesses de l’ombre; 2007, A Dangerous Method, 2011). Cette fois dans la peau de Saul, un artiste performeur très particulier.

Ses créations? Des tatouages réalisés à vif sur ses organes internes, au cours d’opérations chirurgicales menées en public. Mot d’ordre: “la chirurgie, c’est le nouveau sexe”. Le scalpel est manié par Caprice, interprétée par une Léa Seydoux au visage de cire, tandis qu’un nébuleux service de police, le Bureau du Registre National des Organes, représenté par Kristen Stewart, les surveille à distance.

“Je suis sûr que des gens quitteront la salle dans les cinq premières minutes du film. J’en suis sûr. Certains ont vu le film et pensent que les vingt dernières minutes seront très dures, et que des gens partiront. Un mec a dit qu’il avait presque fait une crise de panique”, promettait David Cronenberg lui-même dans une interview à Deadline.

“Pas aussi dégoûtant qu’on nous l’avait vendu”

Pourtant en lisant les avis des festivaliers qui ont vu le film (nous n’en faisons malheureusement pas partie), il semble que le scandale attendu n’est pas tout à fait là. Ni huées, ni malaises, ni désertions massives dans les salles du Palais des Festival. “Les Crimes du futur de Cronenberg n’est pas le choc annoncé”, titre le média en ligne Slate. Il n’est “de loin pas aussi dégoûtant qu’on nous l’avait vendu, mais tellement plus doux qu’attendu”, commente un journaliste du site spécialisé IndieWire. Et un critique de La Tribune de Genève qui se dit “très fan” de résumer: “Il n’y aura pas scandale, mais juste déroute”.

Interrogé par Le HuffPost, l’écrivain et spécialiste de cinéma Guillaume Evin avance que souvent les films trop “calibrés” comme scandaleux peuvent “faire flop”. “Les plus gros scandales sont en fait ceux auxquels on ne s’attendait pas”, explique celui qui vient de publier l’ouvrage C’est un scandale: Ces films qui ont choqué leur époque.

Un film à scandale, c’est “un produit artistique hautement inflammable qui vient percuter l’opinion publique qui le reçoit. Et de cette confrontation jaillit la controverse”, décrit l’auteur. Et il se pourrait bien que pour Les crimes du futur de David Cronenberg, la controverse ne jaillisse pas cette fois.

C’est pourtant au cinéaste canadien de bientôt 80 ans qu’on doit l’un des films choc de l’histoire du Festival de Cannes. En 1996, les protagonistes de Crash, “bardés de cicatrices et harnachés de prothèses métalliques”, assouvissent leurs pulsions sexuelles “au milieu des tôles froissées et des chairs déchiquetées” d’accidents de voiture.

“On n’avait encore jamais vu ça sur la Croisette... Les ‘anciens’ sont au bord de la nausée quand les ‘modernes’ ne jurent que par l’audace et la nouveauté. Les huées répondent aux applaudissements”, rappelle Guillaume Evin dans son livre. David Cronenberg en repartira avec le prix spécial du jury. Et 25 ans plus tard, Julia Ducournau le cite comme une source d’inspiration pour Titane, lauréat de la Palme d’or 2021.

“Les gens avaient été complètement surpris par son concept de l’homme-machine. Son œuvre était atypique, profondément dérangeante mais tout à fait surprenante”, évoque le spécialiste qui rappelle que la notion de scandale fluctue beaucoup selon l’époque. “26 ans plus tard, c’est largement digéré et peut-être que les spectateurs attendent autre chose.”

75 ans de scandales

La liste des “films à scandale” qui ont marqué les 75 ans d’histoire du Festival de Cannes est déjà bien longue. On pourrait citer Irréversible de Gaspard Noé (2002), La vie d’Adèle (2013) et plus tard Mektoub my love: Intermezzo (2019) d’Abdellatif Kechiche ou Antichrist (2009) de Lars Von Trier. Sans oublier de remonter au plus retentissant d’entre eux: La grande bouffe, de Marco Ferreri.

En 1973, le cinéaste italien filme quatre quadras, rejoint par des prostituées, décident de s’enfermer dans une villa pour “se livrer à une sorte de suicide collectif en mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive” dans des monticules de vomis et d’excréments. “Le Festival a connu sa journée la plus dégradante et la France, sa plus grande humiliation”, assure un critique sur les ondes d’Europe 1. Tandis que les acteurs (parmi lesquels Marcello Mastroianni, Michel Piccoli ou Andréa Férréol) seront sifflés, hués et même insultés aux abords des marches.

“Les années 1960 et 1970 étaient fortement idéologisées et prenaient à bras le corps les questions sociétales. C’est l’âge d’or des films à scandale”, souffle Guillaume Evin. Quand aujourd’hui une “forme d’autocensure des producteurs, réalisateurs, scénaristes” liée au modèle de financement des films aurait réduit le champ des possibles selon l’expert.

Si Les crimes du futur de David Cronenberg n’a pas été le scandale du Festival de Cannes que beaucoup imaginait, le sera-t-il auprès du grand public? Réponse dans les jours qui viennent auprès de ceux qui oseront s’aventurer dans les salles obscures.

À voir également sur Le HuffPost: “Trop tôt” ou “le bon moment”? À Cannes, les avis divergent sur le timing de ce film sur le 13-Novembre

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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