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Créteil : une femme juive accuse des policiers de violences antisémites et sexistes

Interpellée après un contrôle routier, la retraitée affirme à Mediapart avoir été frappée, mais aussi avoir été la cible d'humiliations liées à son appartenance religieuse.

Les faits se sont produits en juin 2023 au commissariat de Créteil (Photo : Geoffroy Van der Hasselt / AFP)

De graves accusations contre des représentants de la loi. Une femme de confession juive âgée de 67 ans affirme avoir fait l'objet de violences et d'humiliations à caractère antisémite et sexiste de la part d'agents de la police nationale, alors qu'elle avait été arrêtée et emmenée au commissariat de Créteil (Val-de-Marne) à la suite d'un contrôle routier.

Comme le révèle Mediapart, les faits se sont produits le 8 juin 2023. Selon leur procès-verbal, les policiers ont contrôlé le véhicule de la sexagénaire alors qu'il roulait "à une vitesse excessive". Au cours du contrôle, la retraitée aurait heurté l'une des motos des policiers, qui se trouvait derrière son véhicule. Les trois fonctionnaires auraient alors dégainé leurs armes et mis en joue la conductrice.

Un "coup de genou dans le dos"

Cette dernière a ensuite été conduite au commissariat, où elle aurait été violentée par l'un des agents dans la salle de garde à vue. Mediapart évoque notamment "un coup de genou dans le dos" pour redresser la sexagénaire qui était "tombée dans les pommes". La retraitée aurait alors "heurté le banc de garde à vue et le mur", avec pour effet de déplacer légèrement la perruque qu'elle porte sur la tête en raison de ses croyances religieuses.

Conformément aux règles de la communauté Loubavitch (judaïsme orthodoxe) à laquelle elle appartient, cette mère de six enfants porte en effet des perruques pour cacher ses cheveux "depuis ses 18 ans, l’année de son mariage". "M’arracher ma perruque est une des pires choses que l’on puisse me faire, souligne-t-elle, citée par le média indépendant. À la maison, j’ai la tête couverte. Même la nuit."

Plusieurs malaises et pertes de connaissance

Le 8 juin dernier, les représentants de la loi, loin de respecter la dignité et les croyances de la sexagénaire, lui ont donc retiré sa perruque et ont refusé de la lui rendre. La retraitée se serait alors énervée. Alors qu'elle était au sol, menottée au pied d'un banc, elle aurait hurlé aux policiers de lui rendre sa perruque et aurait tenté de se débattre pour se libérer, en vain.

Selon Mediapart, elle aurait également "fait plusieurs malaises", perdant connaissance à plusieurs reprises. Des images filmées au cours de la garde à vue et relayées par Mediapart montrent ainsi la retraitée rester au sol "plusieurs minutes, sans réaction, la tête ballante, le corps raide". Son état a d'ailleurs fini par nécessiter l'intervention des pompiers, qui l'ont amenée aux urgences de l'hôpital de Créteil, où elle n'a finalement pas été examinée.

Une plainte déposée à l'IGPN

La sexagénaire a donc dû attendre le lendemain pour être auscultée par son médecin traitant. Comme l'énumère son certificat médical, ce dernier a constaté "des contusions et hématomes aux poignets, à la face interne des bras, sur les genoux, à la fosse lombaire droite, à la cuisse droite, au niveau des fesses et un état de choc psychologique".

À la suite de cet épisode particulièrement éprouvant, la retraitée a porté plainte auprès de l'IGPN pour "violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique" et "violences commises en raison d’une appartenance religieuse et du sexe". D'après son avocat, les policiers ne pouvaient pas ignorer le caractère religieux de la perruque qu'ils ont retirée à la sexagénaire, puis refusé de lui rendre.

"Arracher la perruque d’une femme juive est un acte antisémite, une atteinte à sa dignité"

"C’est une scène ignominieuse, s’indigne Arié Alimi, l'avocat de la plaignante, cité par Mediapart. Il faut qu’on sache comment a été traitée une femme juive dans un commissariat de la République française. (...) Arracher la perruque d’une femme juive est un acte antisémite, une atteinte à sa dignité, à sa pudeur, de la même manière qu’arracher le foulard d’une femme musulmane serait un acte islamophobe."

De leur côté, les policiers mis en cause ont également porté plainte contre la sexagénaire pour "mise en danger de la vie d’autrui avec risque immédiat de mort" et "dégradation de bien public" dans le cadre du contrôle routier dont elle a fait l'objet. Au sujet de l'incident avec la perruque survenu ensuite au commissariat, les forces de l'ordre affirment qu'elle a été enlevée car elle empêchait la retraitée de "respirer correctement".

Deux procédures judiciaires en cours

Après le classement sans suite de sa plainte en septembre dernier (le parquet de Créteil ayant jugé que "l’infraction n’est pas caractérisée"), la retraitée fait donc l'objet d'une procédure judiciaire qui a, elle, été validée. Sommée de rembourser les 2 390,15 euros correspondant à la réparation de la moto endommagée, elle s'est vue proposer "une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité" qu'elle a refusé. Elle sera donc jugée pour ces faits le 4 mars prochain.

Déterminée à faire reconnaître l'agression dont elle a été victime, la sexagénaire n'a cependant pas dit son dernier mot. Le 1er février dernier, elle a ainsi déposé une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile, contre les policiers responsables de son interpellation. "Que ce soit une femme juive, arabe ou toute femme qui tient à un vêtement ou à une attitude liée à sa religion, tout le monde a droit au respect", clame-t-elle, toujours citée par Mediapart.

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