Covid-19, pouvoir d'achat... Comment les Républicains comptent se positionner face à Élisabeth Borne

Le groupe LR à l'Assemblée nationale le 22 juin 2022 - Alain JOCARD / AFP
Le groupe LR à l'Assemblée nationale le 22 juin 2022 - Alain JOCARD / AFP

Rentrer dans le dur. Après avoir refusé de participer à un accord de coalition ou au nouveau gouvernement d'Élisabeth Borne, Les Républicains vont devoir désormais se positionner face à la coalition présidentielle à l'Assemblée nationale. Avec des stratégies à géométrie variable suivant les textes et le profil des députés.

"Notre méthode est simple. On présentera en amont des propositions pour faire évoluer les textes et les améliorer. On votera les textes s'ils nous semblent aller dans le bon sens en reprenant au moins une partie de nos apports", explique Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais et figure montante de la droite auprès de BFMTV.com.

Poser des lignes rouges

La coalition présidentielle devra avoir le cuir souple, en l'absence de majorité absolue, pour parvenir à convaincre les 64 députés LR, désormais indispensables pour faire adopter des textes.

La technique sera éprouvée pour le projet de loi pouvoir d'achat qui arrivera le 18 juillet à l'Assemblée nationale. La droite a déjà posé ses prérequis dans une lettre adressée à Matignon: pour être voté par ce camp, ce texte devrait comprendre la baisse des taxes sur les carburants pour garantir un prix maximum à 1,50 euro le litre. Les LR souhaitent également une baisse des cotisations sociales sur les salaires et l’annulation de la hausse de la CSG pour l’intégralité des retraités.

"On n'acceptera pas les miettes. On veut des avancées significatives et substantielles", promet Véronique Louwagie, députée LR de l'Orne.

En guise de ligne rouge, la réduction de la TVA sur l'essence. "Si le gouvernement ne fait pas de geste là-dessus, on rejettera ce texte, c'est certain", assure un cadre du groupe LR du Palais-Bourbon.

Une opposition toute relative

Avec un vrai risque sur le terrain: celui de susciter une incompréhension alors que l'inflation est au plus haut depuis 1987. L'équation est d'autant plus difficile à résoudre que le projet de loi contient des avancées comme la revalorisation des retraites et des minimas sociaux.

"La difficulté n'est pas nouvelle. Dans la plupart des textes, il y a des choses positives et d'autres moins. C'est à nous de faire la part des choses et de fixer des limites sur ce qu'on veut accepter ou non", reconnaît encore Véronique Louwagie, membre de la commission des Finances.

La précédente mandature fait d'ailleurs relativiser la posture d'opposant. La moitié des textes ont été votés par les députés LR entre 2017 et 2022. 30% ont été rejetés et 20% ont fait l'objet d'une abstention, d'après le décompte du Journal du dimanche.

"C'est ça une opposition responsable", rit jaune un ancien député LR, en citant les mots de Christian Jacob, le patron du parti, quelques jours après le second tour des législatives.

Une posture qui dépend de l'atmosphère locale

C'est que le groupe est divisé à l'Assemblée nationale entre ceux qui se projettent dans les prochaines années et veulent incarner une alternative à Emmanuel Macron et d'autres qui préfèrent arrondir les angles avec la macronie.

"Deux choses se jouent sur le positionnement des députés face à l'exécutif. Quand vous avez été élu ricrac face à un macroniste, vous avez tendance à être plus coulant que si vous l'avez battu à plate couture. Et on ne voit pas les choses de la même façon quand on est en fin de carrière et qu'on se dit qu'on peut bien voter comme on veut et quand on se voit ministre en 2027", décrypte un cadre du groupe LR.

En guise d'exemple, Philippe Juvin qui veut "travailler en bonne intelligence" avec l'exécutif. L'ancien candidat à la primaire LR, approché pour être ministre de la Santé d'après lui, a été élu au second tour dans les Hauts-de-Seine avec à peine 300 voix d'avance contre la candidate Ensemble. Christelle d'Intorni qui a, elle, battu la députée sortante Marine Brenier de la coalition présidentielle avec 15 points d'avance, multiplie les piques contre la macronisme.

La clarification pourrait bien avoir lieu autour du projet de loi sanitaire permettant le maintien de "mesures de freinage" du Covid-19, débattu à partir du 11 juillet dans l'hémicycle.

Des LR gênés sur le Covid-19

Olivier Véran, le nouveau porte-parole du gouvernement, a déjà prévenu: ce texte contiendra la possibilité de réactiver le pass sanitaire aux frontières ou entre la métropole et l'Outre-mer "si la situation l'exigeait".

"On n'est pas loin de la punition pour les territoires ultramarins. On ne peut pas institutionnaliser ce type de fonctionnement et voter ce texte en l'état", avance Pierre-Henri Dumont.

Face à la hausse des contaminations et une remontée des hospitalisations, la ligne ne semble pas si évidente à tenir.

"Il faut qu'on soit responsable sur la santé des Français. Je ne vois pas comment on dit qu'on est contre ce genre de mesures avec 200.000 cas par jour", répond, lui, un député LR, membre de la commission des Affaires sociales.

De quoi permettre à Emmanuel Macron d'enfoncer un coin dans l'unité jusqu'ici sans faille des LR depuis sa réélection.

Article original publié sur BFMTV.com