Covid-19 : que sait-on de cette mine chinoise désaffectée qui pourrait expliquer l'origine du virus ?

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Photo d'illustration

En avril 2012, six mineurs qui y travaillaient sont tombés malades d'une mystérieuse maladie après être entrés dans la mine. Trois d'entre eux sont morts.

Une mine de cuivre désaffectée au cœur des interrogations sur l'origine du SARS-COV-2. Située à Mojiang, à 1 500 km au sud-ouest de Wuhan, la mine attire tous les regards depuis plusieurs semaines. Une caméra de surveillance filme en permanence l'entrée du site.

Au point que de nombreux médias internationaux se sont lancés dans une course à celui qui arriverait à avoir la première image de cette mine, qui pourrait lever le voile sur le mystère de l'origine du covid. France 2, NBC, CBS ou encore Associated Press s'y sont cassés les dents, malgré l'utilisation d'un drone, arrêtés par les autorités avant de parvenir à la mine.

Une ancienne mine très protégée

Un journaliste du Wall Street Journal est finalement parvenu, en vélo, à l'entrée de la mine, avant d'être arrêté et interrogé durant cinq heures par la police, qui a supprimé de son téléphone une photo du site. Un tel mystère autour d'une mine désaffecté qui intrigue.

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Une mystérieuse pneumonie en 2012

Premier épisode en avril 2012, soit bien avant la pandémie de Covid-19, six mineurs qui travaillent au nettoyage d'excréments de chauve-souris tombent malades et sont hospitalisés, trois d'entre eux décèdent, en raison d'un syndrome respiratoire aigu sévère. Les symptômes décrits sont très proches du covid : toux, gêne respiratoire, fièvre. Différents échantillons sanguins sont prélevés sur les malades, l'institut ne voit aucun signe d'infection à un coronavirus et penche pour l'hypothèse d'un champignon pathogène.

Vidéo. Une nouvelle enquête sur les origines du Covid-19 commandée par l'OMS

Des scientifiques de l'Institut de virologie de Wuhan investissent la mine en 2013 et font des prélèvements sur des chauve-souris et leurs excréments. La moitié des échantillons sont alors testés positifs pour les coronavirus, dont une souche non identifiée qu'ils appellent RaBtCoV / 4991.

Le virus trouvé dans la mine très proche du Covid-19

Deuxième épisode en février 2020. Dans la revue Nature, des scientifiques chinois révèlent l'existence d'un virus appelé RaTG13, sans préciser d'où il vient. Un virus qui sera plus tard défini comme "le plus proche parent du Covid-19", avec un séquençage similaire à 96,2%. 

Des scientifiques étrangers remarquent des similitudes frappantes entre les dates d'échantillonnage et les séquences génétiques partielles du virus RaTG13 et celui appelé RaBtCoV / 4991, qui avait été découvert dans la mine de Mojiang suite aux analyses de 2013 sur les chauve-souris.

Des travaux "dangereux" étaient en cours

En juillet 2020, la patronne de l’institut de Wuhan affirme que ces deux appellations correspondaient en réalité au même virus, qui aurait simplement changé de nom. Sauf qu'une étude récente démontre que les deux virus divergent de 1% à 1,5%, principalement au niveau de la fameuse protéine Spike, qui permet d'infecter un individu.

Or, un scientifique qui a travaillé au laboratoire de Wuhan et exerce aujourd'hui en Caroline du Nord, Ralph Baric, écrivait en 2016 dans un article publié dans la revue PNAS "que des travaux étaient en cours sur des virus recombinants et qu’ils représentaient un grand danger. Des expériences de recombinaison génétique ont été menées à Wuhan et en Caroline du Nord. L’idée était d’adapter ce virus à l’homme pour mieux comprendre la transmissibilité. On peut affirmer désormais que les Chinois détenaient dans leurs frigos des virus capables de contaminer l’homme et de générer une épidémie", explique au Parisien Hervé Fleury, virologue, professeur émérite au CNRS et à l’université de Bordeaux.

Des mensonges du laboratoire de Wuhan ?

L’institut de Wuhan affirmait avoir conservé 13 échantillons sanguins de quatre des six mineurs tombés malades. Sauf que selon des études rendues publiques ces derniers jours par différents médias dont Le Monde, ce ne sont pas 13 mais 30 échantillons sanguins des malades qui étaient conservés par le laboratoire de Wuhan.

En novembre 2020, l'institut de Wuhan affirme qu'il avait identifié en 2013 dans la mine huit autres coronavirus. Sauf que là aussi, la réalité semble différente. Les derniers documents rendus publics par plusieurs médias montrent qu'au moins un autre coronavirus y a été prélevé, dont personne n’avait jusqu'à présent eu connaissance. Pourquoi ? le mystère reste entier et alimente les doutes.

L'enquête de l'OMS critiquée

Selon le Wall Street Journal qui cite une note des renseignements américains, plusieurs employés du laboratoire de Wuhan auraient eu des symptômes graves du Covid-19 dès novembre 2019 et se seraient présentés à l’hôpital.

Officiellement, les autorités chinoises maintiennent que le virus a été transmis de l’animal à l’homme, de façon "naturelle" dans un marché. Une piste que privilégie également l’Organisation mondiale de la santé selon qui il est peu probable que le virus se soit échappé du laboratoire. Mais l’enquête de l’OMS a été fortement critiquée, en raison du manque de coopération de la Chine qui n’aurait pas accepté toutes les demandes des experts. La Chine aurait notamment refusé de fournir des données brutes concernant les premiers cas de covid-19 à l'équipe de l’OMS, qui n'a pas eu accès à la mine de Mojiang.

Des données nouvelles publiées

Depuis ces révélations, le 14 mai, Science a publié une tribune d'une vingtaine de scientifiques, dont Ralph Baric, qui a travaillé avec les équipes de Wuhan. Ils appellent à ne surtout pas négliger cette théorie d’une fuite depuis un laboratoire, et regrette une enquête trop superficielle de l'OMS sur le sujet.

Depuis, les chercheurs de l’institut de virologie de Wuhan ont publié les séquences génétiques de huit nouveaux coronavirus prélevés dans la mine désaffectée de Mojiang. Si la communauté scientifique avait connaissance de ces huit virus depuis novembre 2020, elle n'avait jamais pu analyser leur génome et leur éventuel lien avec le Sars-CoV-2.

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