Covid-19 : faut-il s'inquiéter de la vague de froid qui touche la moitié Nord de la France ?

Matthieu Brandely
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Plusieurs études montrent qu’un temps froid et sec favorise la propagation du SARS-COV-2.

Quatre départements en alerte “grand froid”, - 8 degrés attendus à Lille, - 6 à Rennes, - 5 à Paris et Reims et des températures ressenties pouvant atteindre -10 à -15 degrés, la France va faire face à une vague de froid qui devrait durer plusieurs jours.

Ce qui pourrait avoir un impact sur la circulation du Covid. Car plusieurs études montrent un lien entre température, humidité et transmission du Covid.

Les températures ressenties en France, les 10 et 11 février.
Les températures ressenties en France, les 10 et 11 février.

Selon une étude menée par des chercheurs de l’institut Pasteur, de l’Inserm et du CNRS qui n’a pas encore été publiée, un temps froid et/ou sec est favorable à la reproduction du virus. L’étude est basée sur la propagation du virus et les conditions météo dans 63 régions d'Espagne, d'Italie, de France, du Portugal, du Canada et des États-Unis lors de la première vague, au printemps dernier.

Chaque degré perdu augmente le niveau de reproduction du virus

L’étude montre que lorsque les températures sont inférieures à 10 degrés, chaque degré perdu augmente le R0 (le niveau de reproduction du virus) de 0,16 point. Autre élément, quand l’humidité absolue (la part de vapeur d’eau dans l’air, ndlr) diminue de 1g/m3 d’air, le niveau de reproduction du virus augmente de 0,15 point. Autrement dit, un air sec et froid favorise grandement la transmission du virus. Ce qui correspond aux conditions météorologiques qui vont toucher la moitié Nord du pays.

Pour expliquer ce phénomène, plusieurs pistes sont avancées : un temps froid va davantage inciter à vivre en intérieur, où les contaminations sont plus importantes. Autre piste, un air sec permet au virus de vivre plus longtemps qu’un air humide. Or, en intérieur, l’air connaît sensiblement le même taux d’humidité qu’à l’extérieur. Un air sec à l’extérieur le sera également en intérieur et favorisera donc la survie du virus.

Une “forte corrélation entre température froide, humidité et hospitalisation”

Cette étude, qui fait le lien entre un temps froid et sec et une hausse des contaminations, a de quoi inquiéter alors que les températures chutent fortement sur la moitié nord de la France. Rémi Salomon, président de la Commission médicale d’Établissement de l’APHP, a partagé son inquiétude, soulignant la “forte corrélation entre température froide, humidité et taux d'hospitalisation des patients covid à J+8”.

Rémi Salomon, président de la Commission Médicale d'Etablissement de l'APHP.
Rémi Salomon, président de la Commission Médicale d'Etablissement de l'APHP.

L’inconnu en-dessous de 2,5 degrés

Mais les auteurs de l’étude précisent que “le nombre d'observations avec une température moyenne inférieure à 2,5°C ou supérieure à 15°C était faible” dans les données observées. Autrement dit, bien que les données de l’étude n’incitent pas à l’optimisme, elles ne permettent pas de dire si la vague de froid qui touche la moitié Nord, avec des températures inférieures à 2,5 degrés, peut entraîner une hausse de la transmission du virus.

Une autre étude, publiée en décembre dernier par la société Predict Services, faisait le lien entre humidité, température et propagation aérienne du virus. Les conclusions de l’étude de cette filiale de Météo France ont notamment été relayées par Olivier Véran et Jean-François Delfraissy.

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La société s’est d’abord basée sur les observations du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui montrait que ”90% des infections se produisent dans des régions où la température se situe entre 3 et 17 degrés, et où l'humidité absolue est de 4 à 9 grammes par mètre cube”.

Et si le grand froid était un avantage ?

Partant de cette étude, la société a crée un index : l’IPTCC (Index Predict de Transmissivité Climatique de la COVID-19), basé sur la température et le taux d’humidité relative dans l’air. La société Predict services a ensuite appliqué cet outil en fonction des données d’humidité et de températures relevées dans les différentes stations météos.

En se basant sur cet index, le grand froid pourrait finalement être un avantage. “Les régions qui vont être touchées par cette vague de grand froid apparaissent en vert sur notre index, ce qui signifie que les conditions limitent la circulation aérienne du virus”, nous indique Alix Roumagnac, président de Predict Services, estimant que “les températures très froides pourrait avoir un effet bénéfique, en ne permettant pas aux gouttelettes de rester en suspension dans l’air”.

L'index de transmission du virus selon les conditions météo.
L'index de transmission du virus selon les conditions météo.

En revanche, prévient-il “les régions en bordure de cette vague de froid, comme le sud-ouest de la France, font face à des conditions favorables à la transmission du virus, et apparaissent en orange. Il faudra aussi être vigilant lors du redoux dans la moitié nord, où les conditions devraient être de nouveau favorables à la transmission du virus, avec des températures légèrement positives”.

Reste à vérifier la fiabilité de cet index à l’épreuve de températures si froides. Si la vague de froid qui touche la France entraîne une hausse des contaminations, l’effet sur les contaminations qutodiene sera visible qu’au moins une semaine plus tard.

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