Couvre-feu, bars fermés et fêtes interdites: les célibataires ont le cafard

Céline Hussonnois-Alaya
·7 min de lecture

Pour tous ceux et toutes celles à la recherche de l'amour, l'annonce du couvre-feu et l'interdiction des fêtes ajoutées à la fermeture des bars douchent leurs espoirs de vie à deux.

Les temps sont durs pour les célibataires. Boîtes de nuit et bars fermés - uniquement dans les zones d'alerte maximale pour ces derniers - couvre-feu dès 21h - en Île-de-France et dans huit métropoles - fêtes interdites, règle des six personnes à table maximum au restaurant comme à la maison et port du masque généralisé: les obstacles s'additionnent pour celles et ceux qui cherchent l'amour. Certains commencent même à avoir le blues.

"Il y a moyen de draguer au supermarché ?"

C'est le cas de Raphaëlle*, 34 ans, qui a accueilli froidement l'annonce du couvre-feu. "J'étais avec une copine au moment de l'interview d'Emmanuel Macron, ça nous a un peu désespérées", raconte à BFMTV.com cette Parisienne pour qui rien n'égale la saveur des rencontres spontanées. Pas adepte des applications et sites pour célibataires, cette jeune femme dont le dernier flirt remonte à la veille du confinement se demande ainsi "comment (elle) va faire pour rencontrer quelqu'un".

"Entre 30 et 40 ans, on devrait être en train de constuire nos vies, d'essayer de fonder un foyer. C'est en train de nous gâcher nos plus belles années. Et pour les femmes, c'est encore plus difficile, le temps devant soi n'est pas illimité si on veut avoir des enfants. J'ai une amie qui approche de la quarantaine, elle est en train de se dire que c'est maintenant qu'il faut qu'elle rencontre quelqu'un et que dans un an ou deux, il sera trop tard."

La veille de l'entrée en vigueur du couvre-feu, la jeune femme est sortie avec une amie célibataire. "On sentait que les gens était en mode 'pour choper en 2020, c'est ce soir ou jamais'. Tout le monde se regardait. C'était un peu la dernière chance pour rencontrer quelqu'un." Elle a d'ailleurs échangé de nombreux sourires avec un voisin de table. Si, pour Raphaëlle, l'humeur n'est pas à la fête, elle tente néanmoins de prendre les choses avec humour.

"Le lendemain, on en parlait avec plusieurs amies célibataires et certaines m'ont dit qu'elles avaient passé la nuit à pleurer! Mais avec l'une d'entre elle, on a fini par se demander s'il y avait moyen de draguer au supermarché, genre devant le rayon des fromages. Mais bon, on ne peut même pas lui proposer d'aller boire un verre et avec le masque, c'est quitte ou double, on peut avoir une bonne ou une mauvaise surprise!"

Au-delà des inquiétudes sur sa vie sentimentale, Raphaëlle craint que la disparition de sa vie sociale ne lui soit difficile à vivre. "Quand on est célibataire, on sort souvent. Ça rend le fait d'être seul plus supportable." Retrouver des amis après le travail, aller au restaurant: un sas de décompression, considère-t-elle, qui contribue à son équilibre psychologique. "Là, mes contacts vont se limiter à mes collègues au travail. J'ai peur de me sentir très seule."

"Rencontrer quelqu'un, c'est prendre mille précautions"

"Mauvais temps pour les célibataires", observe pour BFMTV.com Pascal Lardellier, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Bourgogne. Selon ce sociologue du couple et du célibat, il n'y jamais eu autant "de difficultés, d'écueils et de chicanes" dans la rencontre de l'autre.

"Les injonctions à faire couple et au romantisme sont partout. Dans les films, les séries ou encore les émissions autour de la rencontre. Mais beaucoup de célibataires ne vivent pas dans des grandes villes et ne sont pas entourés de nombreux amis, comme dans "Sex and the city". Pour eux, le célibat est lourd à vivre et à porter."

D'autant plus dans un contexte sanitaire inédit. "Aujourd'hui, rencontrer autrui, c'est une série de choses à ne pas faire", pointe encore Pascal Lardellier, auteur de l'ouvrage à paraître "S'aimer à l'ère de Tinder et du Covid". Difficile en effet de se rapprocher à l'heure de la distanciation, du gel hydroalcoolique et du masque.

"Rencontrer quelqu'un, c'est prendre mille précautions avec de la distance, de la méfiance et l'attente d'une validation de la part de l'autre. Peut-on enlever le masque? Peut-on se toucher, s'effleurer? Le Canada a même recommandé le port du masque lors des relations sexuelles. Sans compter la fermeture des lieux de sociabilité, comme les bars ou les clubs de sport. Avant, la rencontre, c'était faire, aujourd'hui c'est ne pas faire."

Et si le couvre-feu, mis en place dans certaines zones, limite les possibilités de rencontre, il peut aussi représenter un risque: qu'un rendez-vous ne s'attarde et dépasse les 21 heures, obligeant les deux à passer la nuit ensemble. "Ça peut faire peur", ajoute le sociologue.

"Ça casse un peu le charme"

Gaëtan*, 31 ans, reste philosophe dans l'adversité. "Les choses sont un peu plus compliquées mais pas non plus impossibles", témoigne pour BFMTV.com ce Parisien célibataire depuis trois mois. Selon lui, les nombreuses contraintes sanitaires "poussent à faire preuve d'un peu plus de flexibilité et de créativité" dans sa recherche de l'âme sœur.

"C'est vrai que dans une optique de séduction, le masque est un frein. Le premier contact est distant. On voit pour la première fois la personne en vrai mais on ne peut pas se faire la bise. C'est assez bizarre. Heureusement, l'humour permet de rendre les choses plus simples et de dédramatiser. Et puis, après le premier verre, lorsque l'on va dîner, là les masques tombent et la séduction peut commencer."

Le jeune homme, qui travaille dans le secteur bancaire, reconnaît également que la distanciation sociale, imposée par la pandémie, entrave les contacts physiques qui font le charme des premiers rendez-vous. "Mais quand on sent que l'attirance est réciproque, on retrouve nos habitudes de toucher." Quant au premier baiser - un moment délicat, pandémie ou non - le contexte actuel nécessite quelques ajustements. Gaëtan évoque une récente expérience.

"Je raccompagnais la personne au métro, c'était le moment de se dire au revoir. Évidemment, on portait un masque mais je sentais qu'on avait tous les deux envie de s'embrasser. On ne savait pas trop comment faire. On s'est dit: 'Bon, on se fait la bise quand même?' On a retiré nos masques et puis, en fait, on s'est embrassé. C'est sûr que c'est beaucoup moins naturel et spontané et ça casse un peu le charme."

Gaëtan a récemment rencontré quelqu'un grâce aux applications de rencontre sur lesquelles il est inscrit. Ils se sont vus deux fois mais il n'est pas certain qu'il y ait un troisième rendez-vous. Quoi qu'il en soit, le jeune homme reste optimiste et a bon espoir pour l'avenir de sa vie sentimentale. Mais avec l'instauration du couvre-feu à Paris les prochaines rencontres vont nécessiter une certaine logistique.

"J'y ai réfléchi et je me dis que pour la toute première rencontre, on pourra se retrouver pour une balade en fin de journée. Ensuite, si ça se passe bien, on pourra se programmer un déjeuner le week-end. On va devoir découper ça en plusieurs étapes. Mais forcément, il va y avoir quelque chose de plus engageant assez vite avec une proposition de dîner à la maison. C'est sûr qu'avec le couvre-feu, ça oblige de passer la nuit ensemble. Peut-être que je préciserai un peu sur le ton de l'humour, sans pour autant en faire un argument de vente, que j'ai un canapé!"

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Article original publié sur BFMTV.com

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