Fusillades à Brazzaville, quinze jours après la présidentielle

par Christian Elion
Barricades à Brazzaville érigées par des partisans de l'opposition. Des coups de feu ont également été échangés lundi entre des policiers et des tireurs non identifiés, première flambée de violence significative depuis la réélection fin mars du président Denis Sassou Nguesso. /Photo prise le 4 avril 2016/REUTERS/Roch Bouka

par Christian Elion BRAZZAVILLE (Reuters) - Des fusillades et des tirs d'armes lourdes ont éclaté lundi à Brazzaville, brisant le calme relatif prévalant en République du Congo depuis la réélection contestée du président Denis Sassou-Nguesso le 20 mars dernier. Le gouvernement a accusé d'anciens membres d'une milice ayant combattu les forces favorables au chef de l'Etat lors de la guerre civile de 1997 d'avoir attaqué et incendié des bâtiments de l'armée, de la police et de l'administration. L'attaque de ces miliciens "ninja", anciens partisans du défunt Premier ministre Bernard Kolélas, père de l'opposant Guy-Brice Parfait Kolélas, a été contenue, a déclaré le porte-parole du gouvernement Thierry Moungalla. Bernard Kolélas dirigeait les "ninjas" durant la guerre civile. La milice a signé un accord de paix en 2003 avec le gouvernement après des années d'affrontements sporadiques mais des rivalités régionales et ethniques perdurent entre les deux camps. Guy-Brice Parfait Kolélas est arrivé deuxième lors de l'élection présidentielle du 20 mars. Un de ses conseillers a déclaré qu'il n'était nullement impliqué dans les violences. Le gouvernement n'a pas de preuve de l'implication de candidats de l'opposition ou de leurs partisans dans ces incidents mais les investigations se poursuivent, a pour sa part indiqué Thierry Moungalla. Des coups de feu ont été échangés à Makélékélé, un quartier sud de Brazzaville, fief de l'opposition, entre des policiers et des tireurs non identifiés, ont rapporté des témoins. Dans cet arrondissement du sud de la capitale, des jeunes, partisans de l'opposition, ont érigé des barricades, aux cris de "Sassou, va-t-en !" Ils ont mis le feu aux bureaux de la mairie d'arrondissement et au commissariat de police, ajoutent ces témoins. Les tirs, qui ont également eu lieu à Bacongo, autre place forte de l'opposition, ont commencé à trois heures du matin (02h00 GMT) et ont duré jusqu'à 06h00. Ils ont repris autour de 08h00 et se sont intensifiés en fin de matinée, alors que des hélicoptères de l'armée survolaient le sud de la capitale. Des centaines d'habitants des quartiers sud, certains portant quelques biens sur leur tête, ont fui à pied en direction du nord de la ville. LE QUAI D'ORSAY PRÉOCCUPÉ Denis Sassou-Nguesso, qui a 72 ans, a été président de la République du Congo entre 1979 et 1992 et l'est à nouveau depuis 1997. Il a été réélu le 20 mars après avoir fait adopter, par référendum en octobre 2015, des réformes supprimant les diverses limitations aux mandats présidentiels qui l'auraient empêché de se représenter. Les candidats de l'opposition ont estimé que le scrutin de fin mars était frauduleux et ont appelé à une campagne de désobéissance civile. La grève générale a été très suivie la semaine dernière dans les quartiers sud de Brazzaville, mais ignorée dans le nord de la capitale où le président est populaire. A Paris, le Quai d'Orsay a fait part de son inquiétude et lancé un appel à la retenue. "Notre ambassade a immédiatement adressé des consignes de sécurité et des appels à la prudence à nos ressortissants sur place, qui ont été invités à rester chez eux. Le lycée français est fermé aujourd’hui", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. "Nous continuerons de suivre la situation avec beaucoup d’attention. Nous appelons à la retenue." Après le scrutin présidentiel, le département d'Etat américain avait dit avoir été informé de nombreuses irrégularités et avait critiqué la décision du gouvernement de couper toutes les télécommunications durant le vote. Au moins 18 personnes ont été tuées par les forces de sécurité lors de manifestations de l'opposition organisées avant la tenue du référendum du mois d'octobre. (Aaron Ross, avec John Irish à Paris,; Danielle Rouquié et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)