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Coupe du monde 2023: comment le projet de faire chanter des milliers d'enfants dans les stades... est en partie tombé à l'eau

"Pour que la Mêlée des chœurs ne deviennent pas un malaise", voilà l’intitulé de la pétition lancée par des parents et enseignants d’enfants concernés par le programme. Une pétition qui recueille plus de 5500 signataires et réclame un retour au projet initial.

Coordonnée par France 2023, le ministère de l’Education nationale, et l’Opéra Comique, "La Mêlée des Choeurs" était composée de différents groupes de 300 enfants. Ils avaient pour mission d’apprendre de nombreux hymnes nationaux, pour les chanter avant les rencontres de la Coupe du monde de rugby 2023.

Un projet qui reposait sur des enseignants d’école primaire et de collège, qui ont dû s’engager pleinement, dès le mois de septembre. "Ça nous a demandé beaucoup, beaucoup de travail, explique Catherine Dura, institutrice en classe de CM1 à Carnoux en Provence, près de Marseille. A la fois pour la partie musicale, pour apprendre les hymnes de l’Afrique du Sud, du pays de Galles, de l’Argentine par exemple. Mais aussi tout ce qu’il y a autour, la découverte d’un sport, et de toutes les civilisations."

Investissement sur toute l’année

Tout au long de l’année, les enfants ont appris les hymnes, se sont investis pleinement dans cette Coupe du monde. Mais alors que le projet avait été annoncé en grande pompe par l’ancien ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer en février 2022, voilà qu’au mois d’avril dernier, les établissements ont reçu un courrier leur indiquant quelques modifications.

Fini l’idée de chanter dans tous les stades, seuls le Vélodrome de Marseille et le Stade de France à Saint-Denis accueilleront les enfants sur la pelouse. Et seulement 150 à 170 par match, au lieu des 300 prévus initialement. Pour les autres, place à des sessions d’enregistrement des hymnes qui seront ensuite diffusés lors des matchs.

Catherine Dura ne se remet pas de cette décision : "J’étais à une répétition avec les élèves et l’inspecteur nous a réuni pour nous annoncer le nouveau projet. Comme nous sommes à Marseille, nous avons quand même la chance de chanter au stade. Mais on a dû tirer au sort avec un dé les classes qui iraient sur la pelouse, et celles qui enregistreraient. C’est d’un cynisme assez incroyable."

Des parents en colère

Ce revers s’explique d’abord par le fait que le projet, lancé initialement en juin 2022 par Claude Atcher, depuis mis à pied pour cause de management brutal présumé, n’avait selon France 2023 pas été transmis à World Rugby. Plusieurs problèmes sont apparus après sa mise en route, entre les risques d’abîmer la pelouse, le problème de qualité de sonorisation des stades, ou encore les contraintes opérationnelles pour accueillir les enfants dans des espaces dédiés.

Des justifications qui ne passent pas auprès des parents d’élèves. "Les organisateurs avaient demandé à ce qu’on s’engage, surtout les enfants et les enseignants, explique Christophe, père d’un enfant concerné à l’école Jean-Pierre Vernant de Toulouse. Je veux bien comprendre qu’ils aient changé de gouvernance, mais on ne peut pas raboter ce projet sur des prétextes comme ça."

Même son de cloche chez Solenne, représentante de parents d’élèves à La Chapelle-Sur-Erdre, à côté de Nantes: "Ça nous semble évident que ce ne sont pas les vraies raisons. Le risque d’abîmer la pelouse est l’argument le plus incroyable avant un match de rugby."

"Coller aux contraintes opérationnelles de l’événement"

De son côté, France 2023 assure comprendre la déception des principaux concernés, mais rappelle qu’il n’a jamais été prévu de tout annuler : "Les changements permettront de maintenir la viabilité de ce magnifique projet tout en évitant de prendre des risques qui pourraient impacter le projet et l’aspect sportif du tournoi. Nous avons dû réduire le nombre d’enfants par match afin de coller aux contraintes opérationnelles de l’évènement. La solution était donc de diviser les choeurs en deux, ce qui contraignait le nombre de match par enfant. Nous rappelons néanmoins que tous les enfants assisteront à un match."

Un match, au lieu des deux prévus donc. Car au-delà des hymnes, chaque enfant devait recevoir deux billets pour assister à des rencontres. France 2023 assure que les autres tickets seront "redistribués à la famille du rugby, pourront être destinés à d’autres enfants, licenciés dans les clubs français, et ne seront pas destinés à la revente grand public."

La nouvelle version du projet semble en tout cas entérinée, les enregistrements des hymnes sont prévus d’ici aux vacances d’été. Mais les parents et enseignants comptent bien ramener le projet aux promesses initiales. Ils tentent de coordonner leurs actions, et appellent dans leur pétition, à "se mobiliser pour faire connaître l’injustice faites à leurs enfants."

Article original publié sur RMC Sport