Coupe de France: Fekir, Cherki, Djorkaeff, Cascarino... comment le Petit Poucet Saint Priest brille par sa formation

Pour tromper l’ennui de l’interruption des compétitions dans les mois covidés, Sulyvan Manfroi, alors community manageur du club de Saint-Priest, lance à l’automne 2020 un sondage grandeur nature sur la toile. La question, simple, s’adresse aux internautes fans d’un club largement présent sur les réseaux sociaux (70.000 abonnés, un record pour un club de N3): "Elisez l’équipe type des joueurs passés au club dans leur cursus de formation, de 2000 à 2019 et toujours en activité". Quelques milliers de votes et de clics plus tard, elle se dévoile et a de clairement de l’allure: Cherki, Mikautadze, Kalulu (Gédeon et Pierre), Del Castillo, Fekir, Bafounta, B. Sarr, Duparchy ou encore les sœurs Cascarino! En intégrant d’autres générations, on pourrait y ajouter Luis Fernandez ou Youri Djorkaeff.

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Un vivier incroyable qui donne des lettres de noblesse à la formation: "C’est un club très structuré", explique Michael Napoletano, l’entraîneur de la N3, lui aussi passé au club dans sa carrière de joueur et… d’éducateur. "Ici, les bases sont solides et depuis longtemps. Cette forme de stabilité et de continuité amène de la renommée : tout le monde sait que nous formons bien et cela attire." Un historique local que prolonge, depuis neuf ans qu’il dirige le club, Patrick Gonzalez. Pour cela, le président remet sur les rails, en septembre 2021 une section sportive endormie, réservée aux lycéens de la seconde à la terminale. C’est son directeur sportif, Robert Mouangué qui bataille de longs mois pour défendre le dossier auprès des proviseurs et professeurs de cinq lycées différents de l’agglomération: "J’y suis allé avec des powerpoint et un argumentaire bien travaillé afin de montrer que les 'fouteux' savaient aussi faire des phrases et construire des projets", se rappelle, avec une pointe d’humour le dirigeant san-priot.

L'école d'abord, le foot ensuite

Point fort du projet, et clef de persuasion du monde éducatif: l’ordre des priorités. D’abord les études, et ensuite le foot: "Le deal avec le monde enseignant fut cette promesse: ce qui se passe (mal) au lycée se répercute dans le foot", détaille Robert Mouangué. "Ainsi, un comportement puni à l’école induit son absence au match. La carotte, c’est le foot." En somme, l’ASSP ne souhaite pas séparer le jeune élève de l’apprenti footballeur: "Nous partons du principe que le comportement au lycée sera le même au foot", insiste le DS du club lyonnais. "Si le jeune répond au professeur, bavarde ou a toujours raison, nous considérons qu’il aura le même comportement avec son entraîneur : il n’aura jamais tort, répliquera sur des remarques, trouvera facilement des excuses." De la théorie à la pratique, le plan se déroule sans accroc: récemment, trois éléments des U18 aux comportements répréhensibles en cours ne reçoivent plus de convocations pour les matchs pour deux semaines.

Autre illustration de ce "pont" entre le scolaire et le sportif, la logistique mise en place par le club: "Quatre minibus font les navettes entre établissements scolaires et les installations sur stade Joly", décrit Patrick Gonzalez. "Cela permet une meilleure canalisation, les enfants ne perdent pas de temps dans les transports en commun, métro ou bus. Cela signifie aussi que nous nous en occupons bien, et parfois peut-être mieux que des parents qui pourraient les 'lâcher', nous apportons une forme de sécurité pour des enfants entre 15 et 17 ans."

Car même au stade, les études restent au cœur des préoccupations: "Les 'gamins' finissent les cours à 15h30, ils arrivent au club à 16h et débutent les séances jusqu’à 18h", détaille Patrick Gonzalez. "Ensuite, nous organisons aussi un système d’aide aux devoirs dans une organisation du périscolaire, certains soirs ou le samedi matin." Le club se sert ainsi des salons VIP des soirs de match, nouvellement aménagés dans la nouvelle tribune de 3000 places pour installer tables et chaises pour des cours presque particuliers. Témoin de cette mécanique savamment orchestrée, Michael Napoletano insiste sur cette donnée: "Il y a un accompagnement tous les jours pour les 16, 17 et 18 ans. Ils sont suivis à l’école et les parents peuvent être rassurés. Ils ne sont pas laissés sur le carreau."

"Nous avons professionnalisé notre amateurisme"

Et le ballon rond dans tout cela? Robert Mouangué détaille: "Il y a deux entraînements, par semaine en salle de musculation ; plus des séances de la vidéo, sans oublier bien évidemment, les entraînements traditionnels. C’est simple, nous proposons l’équivalent de ce qu’il y a en centre de formation." "Il y a très peu de clubs organisés ainsi pour offrir toutes ces séances hebdomadaires, surtout à un âge où le jeune a des facultés à progresser vite", ajoute Patrick Gonzalez. Résultat: toutes les équipes de U 16 à U 18, évoluent au plus haut niveau régional, souvent classées devant les 'gros' de la Rhône-Alpes (St Etienne et Lyon). Les deux hommes se rejoignent sur la devise écrite noir sur blanc sur la feuille de route: "Nous avons professionnalisé notre amateurisme." De quoi rassurer les parents: "Nous faisons beaucoup de social et d’humain pour que les enfants grandissent dans la sérénité", explique encore Patrick Gonzalez. "Nous faisons en sorte que le jeune devienne un 'bon' enfant."

Tout cela a logiquement un coût: 350.000 euros sur le 1,4 million d’euros d’un budget en baisse générale cette année, après la rétrogradation en N3 en juin dernier: "Pour encadrer les 83 élèves (garçons et filles) au total, Daniel Jaccard, le patron de cette section gère 15 éducateurs, plus les chauffeurs, décrypte Robert Mouangué. Il faut aussi compter le matériel de musculation, les installations, les intervenants pour la préparation physique et la vidéo." Le prix peut s’oublier mais la qualité, elle, reste: "Tous les intervenants sont diplômés", insistent en chœur le président (Gonzalez) et le directeur sportif (Mouangué) qui se retrouvent sur leur maxime: "Nous avons professionnalisé notre amateurisme." Leur entraîneur de l’équipe fanion affine: "Cela demande beaucoup d’énergie et de moyens, dit Michael Napoletano. Dans l’accompagnement, nous ne comptons pas nos heures. Et cela nous plait. On se forme pour progresser et faire progresser les jeunes."

De quoi expliquer, une licence au tarif élevé (420 euros pour un "simple" licencié, somme qui grimpe à 750 euros quand le jeune est pris en charge par la section sportive), mais la contrepartie est substantielle: "Une gamme complète de tenues d’entraînement avec plusieurs pièces de belle qualité", insiste Patrick Gonzalez. Son DS souligne lui les dépenses de fonctionnement au quotidien: "Il y a une grosse logistique avec les mini-bus, le matériel de musculation, les éducateurs diplômés", précise-t-il. "Nous gardons ainsi un train d’avance pour les enfants entre 15 et 18 ans. Tout ce que nous mettons en place nous permet d’avoir ce train d’avance. Nous avons réussi à le mettre en place avant les autres." Ce prix ne dissuade d’ailleurs pas les candidats: "Nous avons 1200 demandes pour entrer dans cette section sportive, chiffre Robert Mouangué. Quand on ouvre les inscriptions, ma boîte mail explose."

Sportivement, tout le monde s’y retrouve: des U 16 au U 18, les équipes grimpent régulièrement sur les podiums de leurs championnats régionaux ; les U17 sont même en championnat de France et sont classés devant l’OL cette année! Et les U18 de… Michael Napoletano se sont hissés en 16e de finale de Gambardella contre Lille il y a deux ans. Et en juin dernier, trois joueurs du milieu de terrain des U14 ont rejoint un centre de formation professionnel. "Et très souvent, nos équipes en pré-formation sont "décimées" certaines semaines, car l’essentiel des éléments est convoqué en équipe de Ligue!"

"C’est une fierté de voir partir les joueurs dans les clubs professionnels"

Reste un bémol: former, ne veut pas dire en "profiter". "Sur les cinq dernières saisons, 15 "san-priots" (principalement dans les petites catégories) rejoignent ainsi un centre de formation (prioritairement à l’OL, club partenaire), chiffre presque record de France pour un club classé dans le top 10 en termes de formation par la FFF. Robert Mouangué s’en remet facilement. En son temps, il "récupère" Nabil Fékir alors que l’OL ne le conserve pas dans un premier temps. Le futur champion du monde 2018 passe une année (en U19) en 2010-2011 dans le sud-est de l’agglomération: "C’est une fierté de voir partir les joueurs dans les clubs professionnels. C’est gratifiant. Cela boucle les choses", résume Mouangué.

Et Michael Napoletano, qui rêve de mettre plus de joueurs passés sous sa direction dans les étages du club qu’il a dirigés (R3, R2 et U 18) dans l’équipe première qu’il manage depuis avril dernier, de conclure, alors que rode un peu partout, cette petite musique de parents accrochés à leur "projet Mbappé": "Dans cette tranche d’âge – 18 ans - il y a très peu de joueurs partis en pro et il faut leur dire qu’un Mbappé, il y en a un dans le monde. Il faut accompagner dans le scolaire. Il faut accompagner, travailler et ne pas s’enflammer. Après, il y a une loterie."

Article original publié sur RMC Sport