Coronavirus : le port du masque plus efficace que la distanciation ?

Matthieu Brandely
·3 min de lecture
Port du masque et distanciation sur les quais de gare.

La règle de distanciation de 1 mètre prônée en France et dans plusieurs pays serait basée sur des études datant de 1930, et ne serait pas adaptée au Covid-19, alertent des scientifiques dans une lettre publiée dans Science.

Le port du masque, plus efficace que la distanciation sociale pour limiter la propagation du Covid-19 dans les lieux fermés ? C’est ce que suggère une publication de scientifique, publiée dans Science. Selon eux, la recommandation de l’OMS sur la distance à respecter est fondée sur des études datant de 1930, et n’est pas adaptée aux caractéristiques du Covid-19. À l’époque, la technologie ne permettait de prendre en compte que de grosse gouttelettes, et non pas les aérosols.

Or, de plus en plus d’études montrent que le Covid-19 se transmet en espace clos via des aérosols qui restent en suspension dans l’air bien plus longtemps que les grosses gouttelettes, qui tombent rapidement au sol et entrainent la contamination par contact.

Une distanciation “probablement pas suffisante”

Dans leur étude, les chercheurs expliquent que la distanciation sociale recommandée par l’OMS (6 pieds, soit 1,8 mètre, et réduite à 1 mètre en France) n’est efficace que dans le cas où les gouttelettes, propagées par les porteurs du virus lorsqu’ils parlent par exemple, tombent au sol rapidement. Ce qui est le cas des grosses gouttelettes.

Les auteurs de l’étude écrivent que la recommandation de l’OMS concernant la distanciation “n'est probablement pas suffisante dans de nombreuses conditions intérieures où les aérosols peuvent rester dans l'air pendant des heures, s'accumuler au fil du temps et suivre les flux d'air sur des distances supérieures à 6 pieds (soit 1,8 mètre)”.

Le port du masque, un élément clé en lieu clos

S’ils reconnaissent qu’il est difficile, en raison du manque d’études sur le sujet, de définir une distanciation efficace, les chercheurs préconisent de se baser sur la distance que l’on respecte vis-à-vis d’un fumeur lorsqu’on souhaite éviter la fumée expirée. La fumée expirée représentant ainsi les micro-particules qu’un individu expire lorsqu’il parle dans un lieu clos.

Les chercheurs concluent donc qu’en lieu clos, peu importe la distance entre deux personnes, le port du masque est un élément clé pour éviter la contamination. Ils mettent également en avant certains facteurs aggravant le risque de contamination : une faible ventilation, un nombre élevé de personnes et la durée de présente dans l’espace clos.

Dans un lieu clos, les gouttelettes peuvent résister 14 minutes

Un constat sur l’importance du masque confirmé par deux études rapportées par Le Monde. La première, de l’université du Maryland, démontre qu’un individu qui parle peut émettre jusqu’à 10 000 gouttelettes par seconde, qui peuvent subsister dans un lieu clos jusqu’à 14 minutes.

La deuxième étude, de chercheurs de l’université de Nicosie, s’intéresse à la propagation des gouttelettes en extérieur : sans vent, elles ne dépassent pas les 2 mètres. Mais jusqu’à 6 mètres, avec une concentration importante, dès la moindre bise.

Dans ces deux cas, à l’intérieur comme à l’extérieur, les auteurs estiment qu’une distanciation physique de 2 mètres dans ces conditions est insuffisante. Et insistent sur l’importance du port du masque comme rempart à la contamination.