Confinés reconvertis, ces Français ont décidé de changer de vie après la crise

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Changer de job ou quitter la ville pour la campagne : de nombreux français ont franchi le pas depuis la fin du confinement.

Le confinement lié à la crise du Covid-19 a provoqué des envies de changement chez de nombreux Français. Certains ont franchi le pas et ont décidé de démarrer une nouvelle vie. Témoignages de reconvertis.

"Le concept d'embouteillages-boulot-embouteillages-dodo, c'est terminé pour moi". À 29 ans, Guillaume a eu le déclic pendant le confinement : sa vie d'agent immobilier à Bordeaux lui a semblé vaine, et il a pris une décision radicale. Après 5 ans de bons et loyaux services dans une agence girondine réputée, il va se lancer dans la musique, en tant que compositeur-arrangeur. "Pendant les 3 mois de confinement, j'ai travaillé la musique comme un dingue, 15 heures par jour, et j'ai adoré ça, confie-t-il. Je ne me vois plus faire autre chose".

En attendant de se lancer totalement et de voler de ses propres ailes, "sûrement en janvier 2021", Guillaume continue de travailler "à mi-temps" dans son agence. Il a déjà commencé à signer des BO de courts-métrages, vient de finir les arrangements d'une chanson d'un artiste en plein essor et devrait même sortir ses propres morceaux d'ici la fin de l'année. L'objectif est clair : réussir à "vivre de ses sons" et en finir avec les heures gâchées dans les embouteillages et la pollution, à enchaîner les rendez-vous à un rythme effréné. "Au pire, si je galère, je trouverai des petits jobs qui ont du sens, comme vendeur chez un primeur bio. On l'a vu pendant la crise, ils ont été utiles pour faire tourner le pays".

Elle quitte son poste de juriste à Paris pour devenir infirmière dans les Hautes-Alpes

L'envie d'être utile, Gaëlle l'a eu aussi, comme une évidence, avant, pendant et après le confinement. Elle aussi a pris une décision irrévocable. A presque 40 ans, elle va quitter son poste de juriste dans une ONG parisienne pour devenir...infirmière, dans les Hautes-Alpes, près de "son coin de paradis", la Vallée de l'Ubaye, là où l'air est "respirable". "Quand j'étais enfant, je rêvais d'être médecin ou vétérinaire, car j'adorais prendre soin des autres, mais j'avais finalement opté pour des études de droit, poussée par mes parents. Le confinement m'a conforté dans l'idée de franchir le pas et d'être enfin là où on aura besoin de moi".

Durant la crise, Gaëlle s'est rendue compte que la France "manquait cruellement de soignants" et qu'il fallait agir vite : une fois acceptée dans une IFSI à Gap, elle a annoncé à ses employeurs fin mai qu'elle allait changer de vie. "Ils ne s'y attendaient pas du tout et sont tombés de haut", se souvient-elle. Elle quittera donc Paris début août et démarrera sa formation de 3 ans (en alternance) dès le 7 septembre, loin du centre de la capitale, loin du bitume, "du bruit et de la pollution", qu'elle a connus pendant 12 ans.

Si pour Guillaume et Gaëlle, le confinement a réveillé des envies de reconversions professionnelles, pour d'autres, la reconversion sera surtout géographique. C'est le cas de Sandra, professeure de Français dans un collège à Marseille, qui souhaite désormais absolument quitter la ville, avec sa compagne Marie et leur enfant de 4 ans, pour se rapprocher de la nature. "Je ne supporte plus la pollution, et mes poumons ne sont pas en super état, confie-t-elle. Du coup, l'envie de quitter Marseille était latente depuis 2 ans, mais elle est devenue carrément plus urgente depuis le confinement".

”Moi qui me suis toujours considérée comme une urbaine, je me suis rendue compte que c'était possible de vivre un quotidien épanoui loin de la ville”

Si Sandra et sa famille ont décidé de franchir le pas et commencé à chercher des maisons à la campagne, c'est parce qu'elles ont vécu une expérience de confinement qui a "tout changé". "Nous sommes parties nous confiner plusieurs semaines dans un gite près de Valensole, qu'on avait repéré sur le site accueil-paysans.com, rembobine-t-elle. On s'est retrouvée chez un paysan boulanger, dans un endroit magique, très calme, entouré de nature et d'animaux. On a vu le printemps arriver et tout s'est mis à verdir, c'était euphorisant d'assister à cette transformation. En échange de notre présence sur place, on s'occupait des animaux (poules, canards, oies, ânes, chats, chiens,...) en les nourrissant tous les soirs, tout en continuant à exercer nos métiers respectifs pendant la journée. Moi qui me suis toujours considérée comme une urbaine, je me suis rendue compte que c'était possible de vivre un quotidien épanoui loin de la ville".

L'idée, désormais, c'est de s'installer au plus vite à Forcalquier, petite ville de 5000 âmes située en Provence, non sans quelques angoisses. "Vivre à la campagne, c'est aussi accepter de prendre plus souvent sa voiture, fait remarquer Sandra qui ne se déplace qu'à vélo. Et puis, c'est aussi s'exposer à une baisse de l'offre culturelle. On veut être sûre qu'on pourra facilement assister à des spectacles vivants (musique, danse, théâtre)".

"J'ai peur de m'ennuyer à Gap, concède de son côté Gaëlle. J'ai peur de déprimer loin de mes amis parisiens, peur de les perdre, mais je sens qu'il faut que je me lance pour ne pas avoir de regret. Ma sœur vit toujours à Paris, donc elle pourra m'héberger de temps à autre, si l'envie de respirer à nouveau du carburant devient trop forte (rires)".