Coronavirus : à Mayotte, la crainte d'un "tsunami"

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Le 101e département français dispose de très peu de matériel médical. Un médecin nous témoigne de son inquiétude.

“On appréhende énormément les jours qui arrivent”. Mayotte, département le plus pauvre de France, l’épidémie de Covid-19 inquiète fortement le personnel soignant. Un médecin qui exerce sur l’île témoigne du manque de moyens pour faire face au coronavirus.

“Nous ne sommes qu’une vingtaine de médecins libéraux. En moyenne, on a plus de 50 patients par jour. Et pour se protéger, uniquement des masques FFP1, pas de FFP2”, s’indigne ce médecin, qui nous confie que deux de ces confrères ont été testés positifs au Covid-19.

“On fera face comme on peut”

C’est le cas du docteur Roussin, représentant de l’Union Régionale des Professionnels de Santé, confiné chez lui depuis qu’il a été testé positif, il y a cinq jours. “Le virus est certainement venu avec de nombreux retours de métropole il y a 15 jours, après les vacances. On a peur de ce qui va arriver. On fera face comme on peut”, nous explique le docteur Roussin par téléphone. Un autre soignant est actuellement en réanimation à Mayotte.

Selon le dernier bilan des autorités sanitaires, 42 cas de COVID-19 ont été identifiés à Mayotte, qui compte officiellement 279 000 habitants. Des chiffres qui pourraient être plus élevés, selon des médecins sur place, qui déplorent le manque de tests. Si le coronavirus est arrivé sur l’île il y a à environ deux semaines, l’inquiétude est pour les semaines à venir.

Un système de santé “sous-équipé”

Une situation qui inquiète Mansour Kamardine, député LR de Mayotte. “Le système de santé est extrêmement sous-développé et sous-équipé, qu’il s’agisse de la médecine de ville ou de la médecine hospitalière, toutes deux étant, hors crise, déjà en sur activité et leur personnel en sur mobilisation. S’ajoute à cela l’indigence des équipements de protection individuelle des personnels de santé et des équipements lourds de réanimation-respiration. Ce n’est pas une vague qu’attend Mayotte mais un tsunami”, déplore-t-il dans un courrier adressé à Emmanuel Macron le 20 mars.

Un confinement peu respecté

“Ça risque d’être très chaud d’ici trois semaines. Le confinement n’est pas respecté, et la situation est aggravée par la promiscuité dans les bidonvilles”, nous précise un médecin. Un couvre-feu a été mis en place mardi, entre 20h et 5h du matin.

À Mayotte, 84 % de la population vit sous le seuil de pauvreté contre 16 % dans l’Hexagone, selon l’Insee, et 40 % des résidences principales sont des cases en tôle. La directrice de l'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, Dominique Voynet craint que le virus pénètre dans les bidonvilles, où la promiscuité pourrait aggraver la situation et favoriser la propagation du virus.

20 fois moins de médecins de ville que la moyenne

“On appréhende que ça dégénère, car on est sous-équipés en tout”, nous confie un médecin. “Le sentiment, c’est que la politique de santé à appliquer a été décidée à Paris, et appliquée ensuite ici. Mais on ne gère pas Mayotte comme la Creuse. Il faudrait déjà qu’on ait les mêmes moyens”.

Mayotte compte 16 lits de réanimation pour une population de 279 000 habitants. Le nombre de médecins de ville est 20 fois inférieur à la moyenne nationale, et quatre fois inférieur en ce qui concerne les médecins hospitaliers.

Une épidémie de dengue

Une situation sanitaire qui pourrait s’aggraver avec l’épidémie de dengue, qui touche actuellement l’île. “On a moins de patients depuis quelques jours, car ils ont peur de consulter et de contracter le Covid-19. Il y a le risque que des pathologies qui devraient être prises en charge tôt ne le soient pas, et que l’état de santé du patient ne s’aggrave”, nous confie un médecin.

Aux risques sanitaires pourraient s’agréger des risques sociaux, alors que Mayotte, qui compte officiellement 279 000 habitants, en compte 400 000 selon d’autres sources, dont la moitié de nationalité étrangère, et fait face à une forte pression migratoire.

Un député réclame des renforts de forces de l’ordre

Dans son courrier à Emmanuel Macron, le député Mansour Kamardine réclame “l’envoi de renfort de force de l’ordre pour prévenir une vague migratoire et prévenir les troubles prévisibles à l’ordre public”.

“Notre seul espoir, ajoute un médecin présent sur place, c’est que la population étant très jeune, le virus ne se propage que très peu. Mais les familles vivent beaucoup entre générations sous le même toit, et la crainte est que les jeunes le transmettent aux plus âgés”.

Lors de son allocution mercredi 25 mars, Emmanuel Macron a annoncé, dans le cadre de l’opération militaire “Résilience”, le déploiement du porte-hélicoptères Le Mistral dans l’océan indien qui apportera 69 lits médicalisés supplémentaires.