"Des conséquences très lourdes": Eric Zemmour jugé pour avoir qualifié d'"insulte à la France" le prénom d'Hapsatou Sy

"Des conséquences très lourdes": Eric Zemmour jugé pour avoir qualifié d'"insulte à la France" le prénom d'Hapsatou Sy
Hapsatou Sy, en 2019 - Ludovic Marin
Hapsatou Sy, en 2019 - Ludovic Marin

L'audience tenue ce vendredi au sein de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris à partir de 13h30 doit solder une affaire née il y a déjà quatre ans. Le 13 septembre 2018, Eric Zemmour, alors simple polémiste médiatique doublé d'un intellectuel égérie de la droite dure, était l'invité de l'enregistrement des Terriens du dimanche, animée à l'époque par Thierry Ardisson sur C8.

Il y faisait notamment face à la chroniqueuse Hapsatou Sy. Lors d'un échange tendu, il avait alors qualifié le prénom de cette dernière d'"insulte à la France", proposant de lui substituer celui de "Corinne".

Diffusée seulement partiellement à la télévision après le montage, la séquence avait toutefois été relayée dans son intégralité sur les réseaux sociaux. Et le succès de la vidéo a eu des effets déplorables sur la vie de Hapsatou Sy, comme elle l'a expliqué ce vendredi au Parisien, en levé de rideau de ce procès instruit pour injure raciste.

"L'anesthésiste m'a appelée Corinne le jour de mon accouchement"

Si l'ex-chroniqueuse souligne au début de cet entretien qu'elle espère avant tout une condamnation d'Eric Zemmour, elle ajoute: "J’attends aussi que le tribunal entende les conséquences des actes de monsieur Zemmour. On pourrait se dire que ce ne sont que des paroles injurieuses, mais elles ont engendré des conséquences extrêmement lourdes pour moi."

"Ce 'Corinne' m’a poursuivi chaque jour de ma vie depuis 2018, y compris au cours de sa campagne présidentielle où j’étais prise en exemple dès qu’il était question des prénoms chrétiens, et jusque dans les moments les plus intimes", poursuit-elle. Elle livre alors cet exemple:

"Le jour où j’accouche de mon deuxième enfant, en novembre 2019, l’anesthésiste s’est permis de me faire une blague en m’appelant Corinne. Il avait l’air de trouver ça marrant. J’ai coupé court et demandé qu’il ne s’occupe plus de moi".

Elle dénonce un harcèlement des partisans d'Eric Zemmour

Et il ne s'agit pas d'un cas isolé, loin de là, développe encore Hapsatou Sy auprès du journal francilien:

"Ces plaisanteries, je les ai aussi entendues à de multiples reprises dans des réunions de travail, dans la rue, sur les réseaux sociaux et même sur une fiche Wikipédia. En fait, c’est l’extrême droite et la horde des sympathisants d’Éric Zemmour qui m’ont rebaptisé Corinne pendant ces quatre années, sous l’impulsion de leur 'gourou'."

"J’ai aussi reçu de leur part des messages de haine, des enveloppes contenant des excréments, etc. C’est d’une violence inouïe", achève-t-elle.

Hapsatou Sy a confirmé sa présence à l'audience de ce vendredi. Eric Zemmour, lui, devrait faire l'impasse. Celui qui a été le candidat de son parti Reconquête à la dernière présidentielle a déjà été condamné trois fois pour provocation à la haine et discrimination raciale.

Article original publié sur BFMTV.com