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En conférence de presse, Emmanuel Macron a fait moins d’annonces que de clins d’œil à la droite

Face aux journalistes, le chef de l’État a confirmé (sans le dire) son virage droitier, comme l’annonçait le remaniement et les ministres autour de Gabriel Attal.

Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse organisée à l’Élysée ce mardi 16 janvier (Photo by LOIC VENANCE / AFP)
LOIC VENANCE / AFP Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse organisée à l’Élysée ce mardi 16 janvier (Photo by LOIC VENANCE / AFP)

POLITIQUE - L’événement a duré plus de deux heures. Mais il est probable qu’il a semblé plus long aux membres de l’aile gauche de la Macronie. Ce mardi 16 janvier en conférence de presse, Emmanuel Macron avait à cœur de renouer avec la Nation, en fixant un cap politique pour la nouvelle équipe ministérielle fraîchement nommée autour de Gabriel Attal.

Un exercice durant lequel le chef de l’État a (surtout) confirmé le virage à droite pris par l’exécutif, dans le sillage de la nomination de plusieurs personnalités issues des Républicains, de Rachida Dati à la Culture à Catherine Vautrin à la Santé et au Travail. Dès l’entame, le ton était donné. Vantant sur un ton quasi sarkozyste l’idéal d’une « France forte », Emmanuel Macron a pioché sans complexe dans le vocabulaire de la droite, jusqu’à reprendre une expression utilisée comme slogan électoral par Éric Ciotti et Éric Zemmour.

Uniforme, morale, natalité…

Au-delà du champ lexical, les priorités affichées confirment le hold-up que le locataire de l’Élysée entend achever sur l’électorat de droite. Uniforme à l’école, choc de simplification, apprentissage de la morale et la Marseillaise à l’école… Autant de promesses qui avaient été faites en leurs temps par Nicolas Sarkozy et l’UMP, et qui se retrouvent désormais dans la bouche du chef de l’État. Ce que ne manque de pas de souligner la gauche, à l’image du député PS Arthur Delaporte qui ironise sur « Macronzy » sur le réseau social X.

« Dès la rentrée 2024, l’instruction civique sera refondée. Son volume horaire sera doublé — une heure par semaine dès la cinquième — avec en appui les grands textes fondateurs de la nation », a promis Emmanuel Macron, évoquant également le retour de l’histoire de l’art, du théâtre ou encore des cérémonies de remise des diplômes « dès cette année » au collège, « un rite républicain d’unité, de fierté et de reconnaissance ».

Dans cette même optique de « régénération », Emmanuel Macron a aussi souhaité un « réarmement démographique ». Une terminologie qui a notamment fait bondir la gauche. Cheffe du parti Les Écologistes, Marine Tondelier y a carrément vu un parallèle avec la dystopie La Servante Écarlate, écrite par Margaret Atwood en 1985. Dans cette même optique visant au « réarmement civique » de la France, Emmanuel Macron a annoncé vouloir agir sur le temps d’écran des enfants et a confirmé la généralisation du SNU dès la seconde.

« Analyse 100 % conservatrice »

Sans réelle nouveauté à annoncer (la plupart des annonces relevant de chantier déjà entrepris), le locataire de l’Élysée a mis l’accent sur une certaine vision de la France. « Il adopte un discours axé principalement sur l’encadrement de la jeunesse et son éducation. Avec une analyse à 100 % conservatrice : les jeunes sont rivés à leurs écrans, déscolarisés ou mal scolarisés, appartiennent à une « génération complotiste » et n’obéissent plus à leurs parents », analyse pour Le HuffPost Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communication politique à Sciences Po, qui voit dans l’exercice « un show en prime time pour remobiliser les électeurs séniors avant les Européennes ».

Sur France 2, le sondeur Jérôme Fourquet perçoit également ce virage droitier, entre baisse de l’impôt sur le revenu de 2 milliards d’euros en 2025 et ouverture d’une rémunération « au mérite » dans la fonction publique. « La France du bon sens, la France de l’ordre qui va avec le progrès, la France du mérite… Le tournant à droite, sémantiquement, il est assumé », juge le politologue, décelant cette même filiation sarkozyste dans le discours du chef de l’État. « En parlant des classes moyennes, on est dans un retour aux années Nicolas Sarkozy. Rachida Dati en est l’icône vintage », a-t-il ajouté.

Sans surprise, ces appels du pied n’ont pas manqué d’agacer chez Les Républicains. À l’image d’Éric Ciotti, qui interroge sur le réseau social X : « Une nouvelle fois, il promet monts et merveilles. Une seule question se pose : qui est Président depuis 2017 ? ». Au regard du discours de ce soir, et de son gouvernement, on serait tenté de lui répondre : un président qui compte bien finir ce qu’il entreprend depuis six ans et demi, conquérir l’électorat de droite.

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