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TOUT COMPRENDRE - Réduction du nombre de visas: pourquoi la décision de la France crispe le Maghreb?

Un passeport marocain (Photo d'illustration) - Montage photo - Fadel Senna
Un passeport marocain (Photo d'illustration) - Montage photo - Fadel Senna

Alger et Rabat répondent à Paris. L'annonce du gouvernement de vouloir durcir les conditions d'obtention de visas pour les ressortissants maghrébins a fait réagir de l'autre côté de la Méditerranée.

Après le Maroc qui a déploré une décision "injustifiée", c'est au tour de l'Algérie de répliquer en convoquant ce mercredi l'ambassadeur de France. Retour sur ces restrictions qui pourraient potentiellement entraîner une crise diplomatique entre la France et le Maghreb.

· Qu'est-ce qui a été annoncé par la France?

La France a décidé, mardi, de diviser par deux le nombre de visas accordés aux citoyens algériens, marocains et de réduire d'un tiers ceux des Tunisiens. La décision, dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, a été annoncée par Gabriel Attal. Le porte-parole du gouvernement a motivé celle-ci "par le fait que ces pays n'acceptent pas de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France".

"On va diminuer très fortement le nombre de visas", a confirmé mercredi matin le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin chez Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV/RMC, "une partie des compatriotes algériens, marocains, tunisiens qui sont sur le sol français ne sont plus acceptés par ces pays [...] que vous ne reprenez pas vos compatriotes, on n'accepte pas vos compatriotes".

· Pourquoi la France a pris cette décision?

La principale pomme de discorde concerne les laissez-passer consulaires (LPC) qui ne sont délivrés qu'au compte-goutte, selon Paris, freinant des expulsions vers les trois pays déjà rendues compliquées par la crise sanitaire et les fermetures des frontières.

L'objectif de cette baisse drastique des visas est de "pousser les pays concernés à changer de politique et accepter de délivrer ces laisser-passer consulaires", a estimé Gabriel Attal.

L'attitude de ces pays "freine l'efficacité des reconduites effectives" à la frontière une fois les obligations de quitter le territoire français (OQTF) délivrées, a ajouté le porte-parole du gouvernement.

· Que disent les chiffres en matière d'expulsion?

S'agissant de l'Algérie, 7731 obligations de quitter le territoire français (OQTF) ont été prononcées entre janvier et juillet 2021. 22 expulsions ont par ailleurs eu lieu, ce qui représente 0,2% des OQTF. Des données qu'a pu se procurer BFMTV d'une source proche de l'exécutif, il en est de même pour les deux autres pays du Maghreb.

Pour le Maroc, ce sont 3301 OQTF qui ont été délivrées au cours de cette même période. 80 expulsions ont eu lieu, soit 2,4%. En outre, sur les 24.191 visas demandés, 18.579 ont été accordés (77%). Des chiffres bien inférieurs à ceux relevés en 2019 mais qui s'expliquent par le contexte de la crise sanitaire.

Concernant enfin la Tunisie, le taux d'expulsion vers le pays y est un peu plus élevé: sur 131 ont effectivement eu lieu sur les 9424 OQTF prononcées au premier semestre 2021 (4%). Concernant les visas, 12.921 ont été demandés et 9140 délivrés (71%). Là encore des chiffres bas par rapport aux précédentes années et qui s'expliquent par la pandémie.

· Comment les trois pays concernés ont réagi?

Les autorités tunisiennes n'ont pour l'heure pas réagi à l'annonce de Paris. Si les deux pays entretiennent des relations pour le moins difficiles, l'Algérie et le Maroc semblent s'entendre sur cette décision française qu'ils dénoncent tous deux.

À Alger, l'ambassadeur François Gouyette s'est vu notifier "une protestation formelle du gouvernement algérien suite à une décision unilatérale du gouvernement français affectant la qualité et la fluidité de la circulation des ressortissants algériens à destination de la France", a précisé le ministère algérien des Affaires étrangères.

Du côté du Maroc, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita a déclaré avoir "pris acte de cette décision", la considérant comme "injustifiée".

"Le Maroc a toujours géré la question migratoire et le flux des personnes, avec une logique de responsabilité et d'équilibre entre la facilitation des déplacements des personnes (...) et la lutte contre la migration clandestine", a affirmé le ministre des Affaires étrangères marocain.

Article original publié sur BFMTV.com