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TOUT COMPRENDRE - Aux États-Unis, les républicains s'écharpent sur le vote du prochain "speaker"

La Chambre des représentants aux Etats-Unis, ici le 4 janvier 2023 à Washington D.C. - Olivier Douliery
La Chambre des représentants aux Etats-Unis, ici le 4 janvier 2023 à Washington D.C. - Olivier Douliery

Et de quatre. La Chambre américaine des représentants, désormais aux mains du Parti républicain depuis les élections de mi-mandat, est toujours sans "speaker" après l'échec d'un quatrième vote ce mercredi, une situation inédite en 100 ans.

La raison: une dissension dans les rangs républicains empêche pour le moment le favori Kevin McCarthy d'accéder au perchoir et entraîne une paralysie du Congrès. Un épisode politique embarrassant pour le "GOP" ("Grand Old Party", le "Grand vieux parti" en français, NDLR) à moins de deux ans de la prochaine présidentielle.

• Que vote-t-on en ce moment aux États-Unis?

Les républicains ont promis d'user de leur nouveau contre-pouvoir en ouvrant une série d'enquêtes sur le président américain, centrées par exemple sur sa gestion de la pandémie. Mais avant de lancer de telles hostilités, ils doivent à tout prix s'accorder pour élire le président de la Chambre des représentants.

L'élection du "speaker", le troisième personnage le plus important de la politique américaine après le président et le vice-président, nécessite une majorité de 218 voix. Lors des quatre premiers tours, Kevin McCarthy, représentant de la Californie, n'a pas réussi à dépasser les 203.

• Pourquoi les républicains ne parviennent pas à élire leur représentant?

La candidature de Kevin McCarthy est pourtant largement soutenue au sein de son parti: l'annonce de sa nomination dans l'hémicycle a été reçue par une grande ovation debout dans les rangs républicains. Mais l'élu républicain est fragilisé par la contre-performance des républicains aux élections de mi-mandat.

Des élus issus de son propre parti mais membres de la frange la plus conservatrice profitent donc de la très fine majorité républicaine pour poser leurs conditions: changement de règles parlementaires, sièges à la tête de certaines commissions... Et sans leur soutien, Kevin McCarthy ne peut pas être élu.

Chez les élus républicains non-réfractaires et largement majoritaires, un agacement commençait à se faire sentir. "Nous sommes venus ici pour accomplir des choses", a plaidé le chef du groupe républicain, Steve Scalise.

Une situation que les démocrates observent avec un certain amusement, lançant parfois rires narquois et applaudissements dans l'hémicycle. Le parti de Joe Biden fait bloc autour de la candidature de Hakeem Jeffries, mais l'élu ne dispose pas non plus d'assez de voix pour être élu au perchoir.

• Que peut-il se passer si la situation se prolonge?

Cette situation paralyse complètement le reste de l'institution: sans président, les élus ne peuvent pas prêter serment, et donc passer quelconque projet de loi. Les républicains ne peuvent pas non plus ouvrir les enquêtes qu'ils avaient promises contre Joe Biden.

Les représentants de la Chambre continueront à voter jusqu'à ce qu'un "speaker" soit élu. L'élection d'un président de la Chambre des représentants pourrait être l'affaire de quelques heures... ou de plusieurs semaines: en 1856, les élus du Congrès ne s'étaient accordés qu'au bout de deux mois et 133 tours.

• Quelles sont les réactions politiques à cette paralysie?

Le président démocrate Joe Biden a qualifié cette situation d'"embarrassante", assurant que "le reste du monde" suivait cette pagaille de près.

Mercredi matin, l'ancien président Donald Trump est sorti du bois, appelant sur son réseau social son parti à tout faire pour "éviter une défaite embarrassante". "Il est désormais temps pour nos grands élus républicains à la Chambre de voter pour Kevin" McCarthy, qui fera "un bon boulot, et peut-être même un super boulot".

Mais l'ancien président, dont la réputation de faiseur de rois a sérieusement été mise en doute, n'est pas non plus parvenu à convaincre ce groupe conservateur à rentrer dans le rang.

Article original publié sur BFMTV.com