Publicité

La colocation entre séniors, la piste inattendue contre l’artificialisation des sols

84 % des 65 à 74 ans et 85 % des plus de 75 ans vivent dans des logements avec plus de pièces habitables que d’habitants
10'000 Hours / Getty Images 84 % des 65 à 74 ans et 85 % des plus de 75 ans vivent dans des logements avec plus de pièces habitables que d’habitants

LOGEMENT - Comment concilier l’objectif de « zéro artificialisation nette » des sols en France tout en luttant contre le mal-logement ? C’est la question que ce sont posé la Fondation abbé Pierre et la Fondation pour la nature et l’homme dans un rapport conjoint : « Réussir le ZAN en réduisant le mal-logement, c’est possible ! »

L’artificialisation des sols, ce danger pour la nature qu’une loi promet de réduire d’ici 2031

Car depuis juin 2023, la loi prévoit de limiter l’étalement des villes, qui s’approprient peu à peu des espaces naturels, agricoles et forestiers et abîment la biodiversité. Dans le même temps, la fondation abbé Pierre compte 4,2 millions de personnes mal logées ou non logées en France, et estime qu’il faudrait construire 400 000 logements par an, pendant dix ans, pour résoudre ce problème de société. Pour allier justice sociale et protection de l’environnement, le rapport des deux fondations formule plusieurs leviers d’action pour « produire de nouveaux logements sans consommer de nouveaux espaces »... Et repenser notre manière de vivre ensemble.

L’habitat pour nerfs de la guerre

En France, l’habitat est le premier facteur d’artificialisation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers - et, en grande majorité, l’habitat individuel. Pour atteindre une « sobriété foncière », soit une manière de loger la population sans heurter la biodiversité, le rapport appelle à plusieurs types d’action.

En premier lieu, utiliser le bâti déjà existant et vacant. Les fondations soulignent ainsi qu’en 2023 3,1 millions de logements étaient vacants, un chiffre en augmentation depuis 1990. Une situation « préoccupante » en matière de lutte contre l’artificialisation des sols, puisqu’elle contribue à « accroître les besoins en matière de construction neuve ». Elles proposent alors un système de taxe des propriétaires de logement vacants distinguant les multipropriétaires et les propriétaires plus modestes, n’ayant pas les moyens de faire des travaux dans des biens dont ils ont hérité, par exemple. La publication distingue les logements vacants des résidences secondaires, dont le nombre doit baisser pour pouvoir atteindre les objectifs de zéro artificialisation nette.

Des colocations intergénérationnelles ou entre séniors

Le bâti déjà existant peut aussi être optimisé par ce que le rapport nomme une « densification douce verticale », soit la surélévation de certains bâtiments. Toujours pour éviter l’étalement des villes, et donc la consommation d’espaces naturels, la fondation abbé Pierre et la fondation pour la Nature et l’Homme invitent à penser les constructions neuves sous la forme d’habitations collectives plutôt qu’individuelles - en gros, plutôt des immeubles que des pavillons.

Mais pour repenser ces espaces de vie collective, la publication souligne la nécessité de repenser nos liens sociaux. Elle propose ainsi un zoom sur la sous-occupation des logements des personnes âgées, un fait qui concerne 84 % des 65 à 74 ans et 85 % des plus de 75 ans dont les logements comprennent plus de pièces habitables que d’habitants. « Un sujet délicat », précisent les auteurs, mais qui représente un enjeu d’importance pour les collectivités. Pour répondre aux besoins pratiques et sociaux des seniors, les deux fondations proposent la création de projets d’habitats partagés, participatifs ou intergénérationnels ou encore de béguinage. Des logements qui feraient la part belle aux séniors pour lutter contre l’isolement et améliorer leur qualité de vie, tout en permettant de libérer des habitations sous-occupées.

Transformer des espaces comme des bureaux en logements, développer l’habitat léger… Les leviers d’actions sont multiples, mais se heurtent à un frein majeur : le financement. « Sans un Fonds vert ambitieux, on n’y arrivera pas » a déploré Thomas Uthayakumar, directeur des programmes de la Fondation pour la nature et l’homme, interviewé par Libération. « Il va falloir remettre ce sujet sur la table pour avoir une politique ambitieuse en matière de lutte contre l’artificialisation des sols et puis évidemment, en matière de lutte pour l’accès au logement », a-t-il conclu auprès de nos confrères.

À voir également sur Le HuffPost :

Zéro artificialisation nette : Wauquiez ne veut plus entendre parler de ce dispositif écolo pour sa région

Fin du modèle du pavillon avec jardin: l’écologie ne doit pas oublier le social