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Colère des agriculteurs : l’extrême droite capitalise sur le malaise agricole partout en Europe

La colère des agriculteurs contre l’Union européenne ou les normes environnementales trop strictes est utilisée par l’extrême droite à l’approche des élections européennes.

INTERNATIONAL - Une démarche intéressée. De l’AfD en Allemagne à Droit et justice en Pologne en passant par l’extrême droite néerlandaise, de nombreuses formations populistes à travers le Vieux Continent affichent leur soutien, ces dernières semaines, à la grogne des agriculteurs.

En France aussi, le RN s’est également positionné. Sentant la colère prendre de l’ampleur chez les exploitants, Jordan Bardella, président du RN, a enfilé ses bottes le 20 janvier pour aller sur le terrain écouter les revendications des agriculteurs en Gironde, à savoir une réponse sur l’exonération de la taxe gazole, l’arrêt des restrictions d’irrigation ou encore la fin des normes environnementales contraignantes imposées par l’Union européenne.

« Climatoscepticisme » et « euroscepticisme »

Pourquoi un tel empressement ? En premier lieu, pour le politiste Gilles Ivaldi, les doléances des agriculteurs résonnent parfaitement avec les thématiques qui sont chères à l’extrême droite. D’abord, le RN joue sur la peur des agriculteurs de l’« écologie punitive ». Parti « climatosceptique, même s’il a un peu revu sa position ces dernières années », la formation de Marine Le Pen « reste fermement opposée à toute politique de transition écologique », explicite auprès du HuffPost le chercheur au CNRS et au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), qui note que « ce rapport très critique à l’écologie se retrouve aujourd’hui dans les contestations agricoles ».

L’opposition aux normes environnementales a payé aux Pays-Bas, où l’ire contre le plan du Premier ministre Mark Rutte pour limiter l’agriculture intensive a permis au BBB (BoerBurgerBeweging), parti agricole citoyen créé en 2019, de remporter les élections provinciales en mars 2023. En Espagne également, le parti d’extrême droite Vox, fervent défenseur de l’agriculture intensive, soutient les fermiers espagnols à bout de souffle face à une sécheresse qui dure depuis trois ans.

Défense des traditions

Ensuite, « il y a un deuxième élément plus profond » au soutien appuyé des partis ultra-conservateurs aux agriculteurs : « Dans le nationalisme d’extrême droite, il existe cette idéologie très romantique de l’enracinement, du terroir, et des traditions. Il se trouve que les agriculteurs représentent bien cette image-là, de quelqu’un qui est proche de la terre », argumente l’expert.

Enfin et surtout, les agriculteurs se révoltent contre une Union européenne qu’ils perçoivent comme « bureaucratique », « anti-peuple » et dont les normes écologiques sont beaucoup trop contraignantes. Une colère que l’extrême droite, « profondément eurosceptique », enveloppe et attise, développe Gilles Ivaldi. Un sentiment antieuropéen qui s’est encore accentué avec la guerre en Ukraine et la levée des droits de douane sur les produits ukrainiens.

En Allemagne, l’AfD « s’infiltre » dans les manifestations

Pour Gilles Ivaldi, ce front « anti-Europe » est d’ailleurs le principal dénominateur commun de l’embrasement du monde agricole en Europe. En Pologne par exemple, des exploitants ont annoncé ce mercredi avoir bloqué plus de 160 routes à travers le pays pour dénoncer les importations « incontrôlées » de produits agroalimentaires ukrainiens et demander une révision de la politique agricole commune (PAC).

En Allemagne, c’est un parti d’extrême droite eurosceptique, l’AfD, qui surfe sur la colère agricole. Outre-Rhin, la suppression d’un coup de pouce fiscal sur le diesel agricole a en effet mis le feu aux poudres et, depuis mi-janvier, les agriculteurs organisent des convois de tracteurs bloquant les routes dans tout le pays.

« Depuis le début des contestations allemandes, l’objectif de l’AfD est de fragiliser le chancelier allemand Olaf Scholz », observe le politiste au CNRS, qui ajoute que la stratégie revendiquée du parti d’extrême droite est de « s’infiltrer dans les manifestations pour faire monter la colère afin de faire tomber le gouvernement ».

Les européennes en ligne de mire

En s’affichant au chevet des agriculteurs, l’objectif des formations d’extrême droite n’est pas seulement de s’attirer les suffrages de ces derniers, souligne toutefois Gilles Ivaldi. « Avant les européennes, cette protestation est du pain béni pour réactiver un discours anti-européen et capitaliser sur l’euroscepticisme plus généralement », souligne le chercheur.

Tous les partis d’extrême droite ont en effet dans le viseur le scrutin qui a lieu dans moins de cinq mois. En France, la liste RN, conduite par Jordan Bardella, se place déjà en tête des sondages avec 30 % d’intentions de vote, selon un sondage YouGov pour Le HuffPost publié le 18 janvier dernier. Pour convaincre le précieux électorat agricole, le président du RN a promis d’être leur « porte-voix » et a appelé mercredi au Parlement européen à « décréter l’état d’urgence agricole ».

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