La coalition menée par les Saoudiens frappe la capitale du Yémen en représailles

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ADEN (Reuters) - Les avions de la coalition menée par l'Arabie saoudite ont frappé jeudi plusieurs cibles à Sanaa, la capitale du Yémen tenue par les Houthis, en représailles aux attaques de la veille sur Aden, ville portuaire du sud du pays.

La coalition a accusé le mouvement Houthi, qu'elle combat depuis près de six ans, d'avoir organisé une attaque contre l'aéroport d'Aden peu après l'atterrissage d'un avion transportant le gouvernement d'union, et une seconde près du palais présidentiel.

Les frappes aériennes de la coalition ont touché l'aéroport de Sanaa et plusieurs autres sites dans et autour de la ville, ont déclaré des habitants. De fortes explosions ont été entendues et des avions de guerre ont survolé la ville pendant plusieurs heures, ont-ils ajouté.

Selon la chaîne de télévision Masirah, détenue par les Houthis, les avions ont frappé au moins 15 endroits dans différents quartiers de la capitale. Aucune victime n'a été signalée dans l'immédiat.

Depuis le début du conflit contre les rebelles yéménites chiites Houthis en mars 2015, la coalition de pays arabes menée par l'Arabie saoudite a lancé des frappes aériennes qui ont tué des milliers de personnes, dont de nombreux civils.

Ces attaques étaient moins fréquentes ces dernières années depuis qu'une lutte de pouvoir a éclaté à Aden entre le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi et le Conseil de transition du Sud (STC), qui cherche à obtenir l'indépendance du Yémen du Sud.

DES BOULONS EN ACIER

Au moins 22 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées lors de l'attaque de mercredi sur l'aéroport d'Aden.

Quelques heures après l'attaque, une deuxième explosion a été entendue près du palais présidentiel d'Aden où les membres du cabinet, dont le Premier ministre Maïn Abdelmalek Saïd, ainsi que l'ambassadeur saoudien au Yémen Mohammad al-Jaber, avaient été mis à l'abri.

La coalition a déclaré avoir abattu un drone Houthi chargé d'explosifs qui visait le palais présidentiel. "L'attaque terroriste désespérée visant le palais Maasheq confirme la responsabilité de la milice terroriste Houthi, soutenue par l'Iran, dans l'attaque de l'aéroport international d'Aden", ajoute-t-elle dans un communiqué.

Il n'y a pas eu de réaction immédiate des Houthis, qui avaient auparavant nié toute responsabilité dans l'attaque de l'aéroport.

Le Premier ministre yéménite Maïn Abdelmalek Saïd a déclaré que tous les membres du cabinet se portaient "bien" et qu'ils resteraient à Aden malgré l'attaque.

Des fonctionnaires du gouvernement font cependant partie des victimes de l'attaque de l'aéroport.

"Le missile a frappé la porte du terminal et nous étions à quelques mètres seulement (...) Nous avons sorti les gens en criant, puis j'ai réalisé que j'étais moi-même blessé", a déclaré Nasser Moubarak, l'un des survivants de l'attaque de mercredi.

D'autres personnes ont été blessées, principalement par des éclats d'obus. Le personnel médical a montré des boulons en acier qui ont été retirés de certaines des victimes.

Trois membres du personnel du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont également été tués, selon l'organisation.

Sara al-Zawqari, porte-parole du CICR pour le Proche- et le Moyen-Orient, a déclaré qu'une douzaine de membres du personnel se rendaient de Sanaa à Djibouti et transitaient pour une courte période par l'aéroport d'Aden lorsque l'attaque a eu lieu.

"Nous sommes toujours sous le choc et nous essayons de digérer tout ce qui s'est passé depuis hier", a-t-elle dit.

(Mohammed Mukhasaf avec le bureau d'Aden; version française Kate Entringer, édité par Henri-Pierre André)