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Claire Geronimi, victime d’un viol à Paris : “Vingt minutes c’est très long. Normalement, un viol, c’est entre 2 et 3 minutes”

Victime d’un viol le 11 novembre dernier à Paris, Claire Geronimi tente difficilement de se reconstruire depuis l'agression. Pour Yahoo, la jeune femme de 26 ans s’est livrée sur ce drame commis par un homme en situation irrégulière. Elle a également tenu à dénoncer la non-exécution des OQTF (obligation de quitter le territoire) en France.

Viols, agressions, deuils insurmontables, accidents de la vie : dans "Trauma", anonymes et célébrités reviennent pour Yahoo sur un traumatisme qui a bouleversé leur vie.

C’est une trace indélébile. Celle du viol. Le 11 novembre dernier, Claire Geronimi a vécu un véritable calvaire. Pour son plus grand malheur, la jeune femme de 26 ans a été victime d’un viol dans le hall d’entrée de son immeuble. Le drame s’est produit aux alentours de 16h30 dans le VIIIe arrondissement de la Paris. Ce jour-là, Claire rentre chez elle après avoir fait quelques courses au supermarché du coin. Elle pousse la porte d’entrée, une grande porte cochère, fait quelques pas avant de se retrouver plaquée au sol. Violemment agressée, elle crie, se débat comme elle peut mais personne ne vient.

“À un moment, l’agresseur me somme d’arrêter de crier et me fait part de son intention de me violer”, explique-t-elle tout en se rappelant du choc éprouvé à cet instant précis. Mais pas question pour Claire de se laisser faire. Elle se débat au point qu’il a du mal à la maîtriser. Seulement voilà : plus le temps passe et plus la jeune femme s’épuise. “J’ai le choix entre me faire tuer ou me faire violer. Donc, je me dis que pour gagner du temps, la chose la plus simple, c'est justement de faire ce qu'il me dit de faire”.

Pendant 20 minutes, Claire vit l’enfer et craint de mourir. “Vingt minutes c’est très long. Normalement, un viol c’est entre deux et trois minutes”. Mais par chance, une voisine descend et la jeune femme parvient à se défaire de l’emprise de son agresseur. “Il tourne la tête et à ce moment-là, je cours derrière elle et lui en profite pour partir”. Dénudée et ensanglantée, Claire voit enfin le bout du tunnel. Enfin, c’est ce qu’elle croit. À son grand désarroi, elle n’obtient pas du tout le soutien dont elle a besoin à ce moment précis. “Elle croyait que c’était une scène d’amour et elle devait partir en vacances. Du coup, elle m’a laissée toute seule”, explique-t-elle tout en avouant avoir tout de même pu récupérer son numéro de téléphone. “C’est le seul geste citoyen qu’elle ait fait”.

"Savoir que mon violeur était sous OQTF depuis 2021, ça fait froid dans le dos"

Quelques heures plus tard, Claire apprend par la police que son agresseur s’est fait arrêter. Mais aussi qu’il a violé une autre femme une heure seulement avant elle. Elle découvre également que cet individu de nationalité centrafricaine et sans domicile fixe est visé par une OQTF depuis 2021, une obligation de quitter le territoire français. Le choc est violent. “Ça fait froid dans le dos car cette personne n’aurait pas dû être là. Donc, il aurait pas dû me violer ni violer l’autre femme”. Une femme avec laquelle elle finit par nouer un lien. “Quand je suis arrivée au commissariat, nos regards se sont croisés et nous sommes allées prendre des cafés ensemble. Je pense qu’il faut se soutenir et dans le malheur, il y a quand même une certaine forme de réconfort. Il est important de savoir que l’on est pas seule”.

Aujourd’hui, Claire souhaite que justice soit faite, et ce, rapidement. Ébranlée par les délais abusifs dans les tribunaux, la jeune femme explique que le procès se tiendra dans deux ans seulement. “C’est très long et ça ne permet pas de pouvoir se reconstruire à 100% et de passer à autre chose”. Elle se dit également en colère de la non-exécution des OQTF en France. “Je ne comprends pas pourquoi cette mesure n’a pas été appliquée alors qu’il a fait de la prison avant”, explique-t-elle tout en racontant ce qui serait, selon elle, le pire scénario possible. “Le pire, c'est qu'il soit vraiment expulsé de France, qu’il rentre dans son pays et qu’il ne soit jamais jugé”.

La jeune femme explique ressentir aujourd’hui une grande haine envers cette personne. Depuis cette agression sordide, son traumatisme psychologique est profond. “C'est assez compliqué dans la vie de tous les jours”. Comme elle le confie, elle ne peut désormais plus prendre les transports en commun, ne peut plus sortir en boîte de nuit comme une jeune femme de son âge, et a souvent de longs moments d’absence. “Actuellement, j’ai des phases de dissociation et de réappropriation de mon corps et je ne peux toujours pas me regarder devant un miroir”.

Malgré tout, Claire souhaite aller de l’avant et fait tout pour se reconstruire. Elle suit notamment une thérapie, l’EMDR, qui consiste à guérir les traumatismes et les événements douloureux par des mouvements oculaires de droite à gauche. Et pour que son expérience traumatisante puisse servir, elle souhaiterait déclencher un fonds qui permettent d’aider les femmes victimes de ce type d’agressions afin qu’elles aient un vrai suivi psychologique. Enfin, elle a tenu à adresser un mot aux victimes pour qu’elles ne tombent pas dans le mutisme. “Avant, j’associais le viol à la pénétration anale et vaginale mais pas forcément à la fellation. Ce n’est pas quelque chose à minimiser” car la fellation forcée relève effectivement de l'infraction criminelle de viol.

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