Christiane Taubira à la primaire populaire: quel avenir pour la gauche?

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Taubira candidate, les trois scénarios qui attendent la gauche (et ceux qu'on oublie) (Photo: AFP/Reuters)
Taubira candidate, les trois scénarios qui attendent la gauche (et ceux qu'on oublie) (Photo: AFP/Reuters)

POLITIQUE - “Ah surtout ne me parlez pas de la primaire populaire”, entend-on depuis plusieurs semaines dans les camps Jadot et Mélenchon. Quant à Anne Hidalgo, après avoir refusé toute primaire, elle a changé de pied le 8 décembre, appelant ses concurrents à la rejoindre dans un tel processus... pour finalement revenir sur sa position cette semaine, laissant le PS dans l’embarras.

Chacun veut avancer dans son couloir, parler de fond, d’initiatives de campagne à l’image du meeting olfactif du leader insoumis dimanche 16 janvier à Nantes, mais surtout pas de ce processus citoyen né en 2020, qui prend de plus en plus d’importance à gauche. Pour le moment, seule Christiane Taubira, tout juste déclarée à la présidentielle, a accepté de se “plier au verdict”. Trois autres candidats aussi, mais à part Pierre Larrouturou, ils sont peu connus du grand public.

Ce 15 janvier, les organisateurs de ce vote qui se déroulera en ligne “au jugement majoritaire à un tour” (c’est-à-dire avec une mention allant de “très bien” à “insuffisant”), du 27 au 30 janvier, ont dévoilé les sept candidats finalistes que les 120.000 électeurs déjà inscrits pourront départager. Originalité: il n’est pas nécessaire d’accepter le résultat pour être en lice.

120.000 votants inscrits à la primaire populaire

Qu’est-ce qui peut changer à gauche après cette nouveauté dans la campagne? Le HuffPost vous projette dans trois scénarios possibles, en sachant que d’autres pourraient très bien s’ajouter au cours des 85 jours qui nous séparent précisément du premier tour.

Tout dépendra, avant tout, du nombre de participants. À ce stade, plus de 120.000 citoyens de plus de 16 ans sont inscrits au vote. Et ils pourraient être bien plus nombreux d’ici le 23 janvier, date limite de l’inscription. Leur objectif est d’atteindre le plus de personnes possible afin de dépasser le nombre de votants à la primaire écolo de septembre, et surtout de donner une légitimité populaire au vainqueur. Sauf qu’avec l’arrivée de Christiane Taubira et les refus de ses concurrents, la tâche se complique alors que cette dernière a promis de “ne pas ajouter une candidature supplémentaire” dans son camp.

1. Le moins probable: l’union

Tout dépend aussi de qui remporte cette élection à l’issue incertaine. Lors d’un premier départage en septembre, Christiane Taubira -pas encore déclarée- était arrivée en tête, mais le corps électoral s’élargit et les différents partis -LFI, EELV, PS- pourraient être tentés d’appeler leurs militants à participer en masse, afin de la remporter sans la soutenir. Se jouerait alors un coup de billard à plusieurs bandes, afin de récupérer la légitimité populaire de la primaire, sans se désister et tout en continuant à la critiquer en façade. Si Jadot, Mélenchon ou Hidalgo la remporte, c’est ce qui pourrait se dérouler. Sauf qu’ils leur serait plus difficile d’appeler les autres à les soutenir alors même qu’ils n’ont pas accepté la donne de départ.

Si Taubira remporte la primaire, la tâche se complique pour elle, car elle ferait face à un dilemme: aller au bout, pour respecter le vote de potentiellement plusieurs centaines de milliers de citoyens qui croient en elle, ou renoncer pour ne pas ajouter de candidature de plus, conformément à ce qu’elle avait dit.

2. Une candidature de plus? Hidalgo “aspirée”?

Ce scénario ne peut se produire que si Taubira remporte la primaire populaire. Dans ce cas et si la campagne d’Anne Hidalgo ne passe toujours pas la barre des 5% dans les sondages, le parti socialiste, conscient des difficultés financières d’une telle déroute, pourrait être tenté de se ranger derrière l’ex-garde des Sceaux de François Hollande. Une opération pas simple, car il s’agirait de “débrancher” une candidate qu’ils soutiennent depuis plusieurs mois. “Cette primaire ne regarde que le parti socialiste qui règle ses histoires de courants”, soufflait un cadre écolo ce 15 janvier alors que Jadot a déjà dit qu’il n’y participerait pas, comme Mélenchon. Le PS pourrait aussi choisir de conserver sa candidate et si Taubira se maintient, la gauche aura simplement gagné... une candidature de plus.

A moins, et c’est une possibilité qui semble infime, que Christiane Taubira arrive à dégager de ce vote un élan tel qu’elle surplomberait Jadot et Mélenchon dans les sondages au point qu’ils se rallient à elle au dernier moment. Jadot étant déjà passé par la case primaire et par le désistement malheureux en 2017, il y a très peu de chance. Mélenchon met en avant des divisions programmatiques telles qu’il y en a aussi peu. Cela ne pourrait de toute façon arriver qu’avant le 4 mars, date officielle du dépôt des candidatures pour le premier tour. Ce serait en tout cas une immense victoire pour le collectif citoyen.

3. Un jeu à somme nulle

Si Taubira n’est pas choisie, on se retrouverait alors dans une sorte de jeu à somme nulle. Car en promettant de respecter le vote de la primaire, Christiane Taubira devrait logiquement en accepter le ou la gagnant(e) et donc le ou la soutenir. On se retrouverait donc au même point de départ qu’avant sa candidature de décembre: Jadot, Mélenchon, Hidalgo, Roussel. Et Taubira en soutien de l’un d’entre eux.

Si c’est l’un des trois candidats issus de la société civile proposé par la primaire populaire (Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise et Anna Agueb-Porterie) qui l’emporte, ce serait une immense surprise et cela poserait un problème de fond à la primaire populaire qui ajouterait un candidat ou une candidate alors qu’ils voulaient tout faire pour rassembler. Les co-organisateurs eux-mêmes attendent le résultat du 30 janvier avant de prendre un quelconque nouveau positionnement politique, à part celui de “tout faire pour réunir la gauche”.

Enfin, si Jadot ou Mélenchon remporte la primaire, ils devraient s’en féliciter et dire que cela confirme leur stratégie initiale. Anne Hidalgo ne pourra pas employer le même argument, car elle a un temps soutenu l’union, mais en profiterait forcément. Ce résultat, souvent caricaturé par ses opposants en “sondage géant”, sera quoiqu’il arrive un indicateur pour les électeurs de gauche en vue de la présidentielle qui pourrait faire basculer leur vote.

À voir également sur Le HuffPost: Présidentielle: ce que Taubira peut apporter de plus à gauche selon ses sympathisants

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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